Accueil du chantier
Politiques néolibérales et alternatives syndicales

Politiques néolibérales et alternatives syndicales

Depuis 2010 notre chantier a orienté son activité vers l’examen des résistances et des alternatives au néolibéralisme particulièrement sur le terrain scolaire et universitaire. Aujourd’hui notre réflexion s’attache à recenser et interroger les expérimentations et des luttes du présent propres à nourrir une « politique de l’espérance ». Il s’agit en particulier de mettre en lumière l’existence de points de passage possibles entre pratiques utopiques et alternative. L’année 2016-2017 se consacrera aux propositions et alternatives actuellement en discussion dans le mouvement social et qui concernent le salariat et le travail.

Séminaire 2012-2013 « Jalons pour penser et construire l’alternative »

La première séance aura pour thème :

Formation et rapport au travail
Quelles alternatives en matière de formation continue ?

La formation des salariés a constitué un terrain privilégié d’application des politiques néolibérales européennes d’adaptation des « ressources humaines » à « la nouvelle économie de la connaissance ». Comment les dispositifs tels que la « Formation tout au long de la vie » ont été subordonnés aux exigences de l’économie néolibérale ? Comment les finalités de la formation ont-elles été réduites et ordonnées à la fabrique, dans et par les normes de l’entreprise promue au rang de modèle éducatif universel, d’un nouveau rapport au travail ?

Comment le salariat dans sa diversité peut-il collectivement reprendre la main en matière de formation, s’approprier et se construire des modalités et des contenus de formation émancipateurs qui relèvent d’une toute autre logique que celle de l’entretien de l’employabilité ? De quelles propositions les organisations syndicales peuvent-elles être porteuses ?

Les intervenants seront Jean Marie Canu Snes Sup FSU et Louis Marie Barnier de la CGT, sociologue du Travail (Laboratoire Genre, Travail et Mobilité, CNRS-université Paris Ouest-Nanterre-La Défense)

Cette séance se tiendra le Mercredi 17 Octobre dans les locaux du Snesup (78 rue du Faubourg St Denis 75010 Paris ) de 18H à 20 H 30 .

Entrée libre.

Contextes et intentions

La poursuite, pour la cinquième année consécutive de notre chantier, consacré aux rapports entre les politiques néolibérales et l’action syndicale, conduit assez naturellement à s’interroger sur le moment particulier où nous nous trouvons : moment d’appréciation du contexte politique, social et éducatif général bien sûr mais aussi moment pour nous d’indiquer le point d’aboutissement provisoire de notre réflexion et nos intentions.

Tout au long des quelque dix ans de travail menés dans ce cadre de l’Institut de recherche de la FSU, nous avons pu voir combien les avancées du néolibéralisme dans le champ éducatif ont été considérables. La Nouvelle école capitaliste qui constitue une étape importante de notre réflexion a voulu donner, en lien avec nos travaux et notre séminaire public, une caractérisation précise de cette colonisation néolibérale d’autant plus déroutante et cruelle que nous avons assisté, en parallèle, à l’érosion pour ne pas dire à l’effondrement des grands projets émancipateurs et progressistes, le terrain scolaire n’étant pas le seul concerné loin s’en faut.

Il nous semble également assez peu contestable que ces deux phénomènes conjugués ont engendré une régression qui va jusqu’à susciter une intériorisation des effets de domination du paradigme néolibéral sur fond de normalisation des esprits. En quelques années, le recul de la sociologie critique de l’école au profit d’une prolifération de considérations assez uniformes sur le management et l’économie de l’école est révélateur. Pour le dire d’une formule ramassée, le néolibéralisme éducatif, dans ses habits modernisateurs, semblait jusqu’à il y a peu encore être devenu un horizon indépassable.

Cette évolution n’aura pas été sans effets sur ceux-là même qui ont voulu résister et maintenir des points de vue et des pratiques en opposition au modèle dominant. Reconnaissons, même si ce n’est pas là l’objet central de notre séminaire, un éclatement des positions à l’intérieur même du camp progressiste, traduisant parfois un ralliement plus ou moins honteux au projet réformateur néolibéral mais plus souvent l’embarras et la confusion. Au-delà de la réactivation médiatisée d’oppositions factices - pédagoques versus défenseurs du savoir, modernisateurs contre républicains, etc..- , pendant plusieurs années les seuls « choix » furent largement piégés : accepter la ligne générale du néolibéralisme quitte à espérer l’infléchir de l’intérieur ou se réfugier dans le retour nostalgique à un passé idéalisé. Cela peut au moins pour partie expliquer l’auto limitation d’un certain nombre de points de vue critiques qui se sont cantonnés à des problématiques partielles, fragmentées ou exagérément technicisées. Une part importante de notre travail a consisté au contraire à relier des éclairages jusque-là trop partiels et des critiques encore trop éclatées.

Il est toujours hasardeux de vouloir dater l’émergence des facteurs qui ont marqué l’évolution de ce contexte et introduit des ruptures. Nous avons voulu au cours des deux années précédentes recenser, surtout dans le champ de l’éducation mais pas uniquement, les diverses formes de résistance, comprendre leur sens, leurs dynamiques et leurs limites. Avec le grand mouvement social contre la réforme néo libérale des retraites, nous avons pu nous accorder sur ce constat paradoxal : bien que massif, unitaire et intergénérationnel le mouvement n’en a pas moins échoué à faire bouger autrement qu’à la marge le projet gouvernemental. Ce qui ne vaut hélas pas seulement pour les retraites. A de rares exceptions prés, ( Décembre 1995, CPE, Traité constitutionnel européen ) les luttes et les résistances n’ont pas réussi à imposer un rapport de force et surtout une autre politique. Alors même que la légitimité et l’efficacité des politiques néolibérales sont de plus en plus contestées, les contre réformes continuent d’avancer et leurs effets économiques et sociaux n’en finissent pas de se faire sentir. Nous sommes aujourd’hui dans un moment où les résistances gagnent sans équivoque le champ éducatif et social ( manifestations grecques, londoniennes, chiliennes, américaines ) et où les manifestants et les indignés se répondent du Caire à Madrid en passant par Tunis, Athènes et New York sans attendre ni s’aligner sur des échéances électorales. Et en même temps aucune de ces expressions ne peut à elle seule préfigurer une alternative crédible. La question se pose partout de savoir comment passer du constat qu’il nous faut refonder un projet d’émancipation à l’ébauche de sa mise en œuvre.

Résister pour réorienter la pensée sur l’école.

Une réflexion sur la réinvention de la politique éducative devra affronter la crise profonde de l’école évoquée plus haut. Nous en connaissons les formes multiples que les réformes d’inspiration néolibérale, les politiques de suppression de postes, la montée des inégalités ont aggravées. Et si bien sûr le « service public d’éducation » doit être défendu, étendu et renforcé il doit également être réorienté selon un principe général qui soit cohérent et alternatif à la mise en marché néolibérale de l’école. La volonté de refonder et de reconstruire ne pourra donc évacuer la question : selon quels grands axes, avec quelles priorités, selon quelle cohérence ?

Fidèles en cela aux lignes directrices de notre chantier, nous souhaitons conserver à cette réflexion son caractère transversal et global et ne pas séparer plus que nécessaire les dimensions institutionnelles, pédagogiques, politiques ou sociales des alternatives éducatives. Ou plus précisément s’il peut être utile de les distinguer pour les étudier, il est également indispensable de les relier pour mieux souligner la logique générale qui les fonde. Cette logique est à nos yeux celle d’une révolution indissolublement scolaire et sociale ou si l’on veut d’une révolution de civilisation.

Le capitalisme néolibéral mondial, ses désastres sociaux, environnementaux et culturels ne nous laissent pas d’autre voie. La refondation d’une perspective alternative dans le champ éducatif, le renouvellement des instruments critiques, des analyses, des objectifs généraux, des formules et des dispositifs organisationnels, sont suspendus à la conscience de cette nécessité. Notre horizon doit être celui d’une civilisation radicalement différente du capitalisme total contemporain.

Qu’en sera-t-il dés lors de l’éducation ? Quelles institutions éducatives seraient requises pour favoriser des formes d’existence non capitalistes, pour susciter des formes de pensée et de culture qui rompent avec une dynamique mortifère de valorisation et d’extension sans limite de la logique du capital à tous les rapports sociaux ? L’une des premières et des plus importantes conditions recouvre l’impératif de repenser ensemble question scolaire et question sociale. Un îlot de « socialisme éducatif » au sein d’un société régie par les lois d’airain du capital et de la « cage d’acier » qu’elle impose à tous et à chacun n’aurait guère de sens ni de chance d’advenir et risquerait plutôt de fonctionner comme alibi. Nous voulons donc penser les conditions d’émergence d’alternative éducatives comme déclinaisons dans le champ scolaire d’une société démocratique débarrassée de l’exploitation de l’exploitation et de la domination de classe.

Une telle politique s’inscrit dans un projet d’émancipation du travail, de démocratie radicale, de citoyenneté sociale et économique complète.

Remettre du commun au cœur du projet de société et d’éducation.

Reconnaissons sans ambages les difficultés de l’entreprise Réfléchir ensemble aux alternatives à penser et à construire pour l’école n’ira pas :
− sans remise en cause radicale d’un paradigme néolibéral qui s’est largement imposé et diffusé et dont nous estimons qu’il faut le caractériser comme étant celui d’un capitalisme total.
− sans attention aux formes multiples de résistance et aux potentialités et virtualités dont elles peuvent être porteuses
− sans retour historique et questionnement des « traditions » et solutions progressistes d’hier et sans examen critique des propositions présentes aujourd’hui dans le champ éducatif.

Signalons qu’il ne s’agit pas pour nous – ce ne serait guère la vocation d’un institut de recherche – d’élaborer en vase clos des alternatives et de préparer dans les arrières cuisines de la recherche les « prêts à penser » dont l’avenir radieux aurait besoin. Il s’agira plutôt :
− de réfléchir aux conditions de possibilité d’émergence et d’expérimentation porteuses d’alternatives
− de lever un certain nombre d’obstacles épistémologiques à leur conceptualisation.
− de signaler les pistes de renouvellement les plus prometteuses.

Si l’on veut donc penser un projet d’éducation dans l’horizon d’une civilisation post-capitaliste, il convient d’aller beaucoup plus loin que les promesses encore très vagues que l’on trouve dans les plateformes et programmes des partis de gauche et notamment du parti socialiste ( « mettre l’éducation au cœur du projet politique », « faire de l’école une priorité »). Il convient en particulier de se demander en quoi pourrait consister une nouvelle politique éducative au sens où nous venons de l’évoquer.

L’hypothèse dont nous partons sur ce que l’on peut attendre d’une politique éducative alternative pourrait tenir en une formule : que dans tous les domaines, elle doit « remettre du commun au cœur de la société ». Contre la concurrence généralisée pour les meilleures filières, les meilleurs établissements, les meilleures classes, etc, il faut sans doute poser le commun comme le nouvel esprit de l’institution. Les Forums sociaux mondiaux de ces dix dernières années l’ont réaffirmé : l’éducation et la culture sont des « biens communs de l’humanité ».

La question à laquelle nous avons à répondre est donc la suivante : comment briser la constitution de cette société néolibérale et promouvoir un nouveau système de normes sociales, de formes d’existence et de modèles d’institution dans le champ éducatif ?

La déclinaison d’un projet éducatif démocratique.

Il s’agit de passer en somme de la logique de la compétition à la logique du commun.Comment décliner la production du « commun » dans l’éducation ? Quatre chantiers méritent d’être réouverts, soit quatre axes étroitement solidaires qui formeront la trame de la poursuite de notre séminaire au moins pour l’année à venir.

− Le premier concerne la relance de la démocratisation sociologique de l’école. Pas de transformation progressiste de l’école sans réduction des inégalités sociales et scolaires et reprise d’un réel mouvement de démocratisation de l’accès au savoir.
− Le second touche à la réinvention d’une culture commune, à une reformulation de ses contenus et leur articulation avec des savoirs émancipateurs
− Le troisième nous semble devoir traiter d’une nouvelle pédagogie et plus précisément du passage d’une pédagogie des la compétition et de la mobilisation du néo sujet à une pédagogie de la coopération.
− La perspective enfin d’une démocratisation de l’organisation scolaire autorisant une refondation laïque et institutionnelle de l’école, nous semble également devoir être abordée.

Enfin il n’est sans doute pas inutile de rappeler la place et la responsabilité du syndicalisme enseignant dans une telle entreprise. Pour évoquer Jaurès, c’est sans doute lui qui a vu le mieux quelle force de transformation pouvait représenter justement le syndicalisme enseignant pour peut porter l’unité essentielle à la lutte pour l’émancipation, tant il opère par lui-même la liaison entre les deux grandes forces de transformation historique qui peuvent renverser le pouvoir du capital, la « force du travail » et la « force du savoir ».

Lors de la journée inter chantier tenue l’an dernier, il nous était apparu que plusieurs parmi ceux engagés par les équipes de l’Institut pouvaient être connectés. En ce sens nous souhaitons qu’ entre autres chantiers, le « chantier histoire » et pour les raisons rappelés plus haut puisse apporter son éclairage à notre problématique.

Démocratisation de l’école et rapport au savoir

Démocratisation de l’école et rapport au savoir

Séminaire Politique néolibérale et action syndicale

<Mercredi 19 décembre 2012 de 18 heures à 20 heures
<Snesup 78, rue du Faubourg Saint Denis 75010 Paris
<Métro Strasbourg Saint Denis

Cette séance se propose de relier différentes problématiques qui permettent de comprendre la genèse et la reproduction des inégalités scolaires et de les combattre. La notion de rapport au savoir au sens que lui donne Bernard Charlot de « rapport au monde, à l’autre et à soi même d’un sujet confronté à la nécessité d’appendre » ainsi que les travaux du groupe Escol – constituent une direction de recherche et d’action particulièrement féconde.

Comment articuler les dimensions épistémique et cognitive d’une part, sociale, culturelle et langagière d’autre part, identitaire et psychologique enfin pour éclairer la complexité des inter relations qui se nouent sur le terrain scolaire ? Comment déjouer les risques de malentendus qui peuvent s’y développer et favoriser l’exercice d’un dialogue réflexif qui permette aux sujets de redéfinir et de reconstruire leur rapport au savoir et à l’école ?

Intervenants. Yves Carreil, maître de conférence en sociologie à l’UIFM de Bretagne et Francis Vergne, chercheur associés à l’Institut de recherche de la FSU.

L’équipe d’animation : Christian Laval, Francis Vergne, Pierre Clément, Guy Dreux

Jalons pour penser et construire l’alternative
Quelle gestion alternative des établissements scolaires ?

Séance du 16 janvier 2013

La nouvelle gestion publique est beaucoup plus qu’un moyen de réduire les budgets et de diminuer les postes dans la fonction publique. La nouvelle « gouvernance » des établissements scolaires, selon la formule typiquement néolibérale en vigueur, prétend renouveler les styles bureaucratiques de commandement en faisant appel au « management de/par la performance ». Elle vise à refaçonner les institutions publiques pour les faire ressembler à des entreprises.
Cette « modernisation » ne fait pas l’unanimité dans l’Éducation nationale. Elle est discutée et contestée dans les syndicats de la FSU.

Nous recevons le mercredi 16 janvier deux responsables syndicaux qui feront l’analyse de cette nouvelle gestion et de ses formes et qui nous diront ce que pourrait être, selon eux, un mode d’organisation et de décision plus démocratique, dans lequel les différents acteurs de l’éducation auraient une plus large autonomie.

Intervenants :
Michel GONNET, Secrétaire général du Syndicat national des personnels d’inspection (SNPI-FSU) et Igor GARNCARZYK, Secrétaire général adjoint du Syndicat national unitaire des personnels de direction de l’Éducation nationale (Snupden-FSU)

Cette séance se tiendra le mercredi 16 janvier dans les locaux du Snesup (78, rue du Faubourg St Denis 75010 Paris, au fond de la cour à gauche) de 18H à 20 H 30.

Entrée libre

Sont associés au chantier Francis Vergne, Christian Laval, Pierre Clément, Guy Dreux,Michel Blay, Marc Delpouve, Yves Careil, Isabelle Bruno, François Castaing, Joël Koskas, Daniel Rome.

Chantier de recherche
« Politiques néolibérales et action syndicale »
de l’Institut de recherches de la FSU

Programme 2014-2015. « Le syndicalisme et les alternatives au néolibéralisme »

Membres porteurs du projet. Notre chantier a pour membres actifs Louis Marie Barnier, Jean Marie Canu, Pierre Clément, Guy Dreux, Christian Laval et Francis Vergne.

Historique et résumé du projet. Notre chantier s’est donné initialement pour objet d’étude les politiques néolibérales conçues comme un ensemble de dispositifs, discours, pratiques et stratégies qui modifient en profondeur les conditions de l’action syndicale. Il a orienté son activité à partir de 2010 vers l’examen des résistances et des alternatives au néolibéralisme sur le terrain scolaire et universitaire.

Axes de travail et d’échange.

Axe 1. Vers l’école du commun.

Cet axe recoupe pour l’essentiel la rédaction d’un ouvrage annoncé – la nouvelle école démocratique – Il constitue en quelque sorte le pendant de La nouvelle école capitaliste et paraîtra aux éditions de La Découverte dans la collection Horizons du possible.

Après les trois années passées à auditionner des militants et des chercheurs engagés dans les luttes scolaires et universitaires, nous sommes entrés dans la phase active de rédaction de l’ouvrage composé à partir des matériaux accumulés.

Il nous a semblé intéressant de mettre à disposition sur le site un certain nombre de ces matériaux sous forme de dossiers, articles ou notes qui témoignent de ce travail préparatoire.

Axe 2. Quelles alternatives à la formation professionnelle néolibérale ?

Cet axe s’inscrit dans le prolongement de La Fabrique de l’employabilité, quelle alternative à la formation professionnelle néolibérale ? Éditions Syllepse. Avril 2014 avec trois thématiques :

 l’évolution du travail salarié. Qualifications, compétences, employabilité en lien avec le laboratoire de Jean-Pierre Durand. ( Gerpisa dédié à l’industrie automobile et Centre Pierre Naville.)–
 la formation des privés d’emploi, reconversions, idéologie de la « responsabilisation » en lien avec le Snu-Tefi et des associations de chômeurs.
– la question salariale et le syndicalisme. Retour historique et nouvelles problématiques.

En ligne sur le site notre contribution - De l’usage de l’employabilité dans le champ de la formation professionnelle continue : une forme paradoxale de contrôle social au colloque sur « les usages sociaux de l’employabilité » organisé par l’Association française de sociologie avec l’appui du Largotec et du Centre Pierre Naville.