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Vie syndicale dans la fonction publique

Vie syndicale dans la fonction publique

Le chantier a pour objectif d’interroger les cultures syndicales en œuvre dans la fonction publique, et notamment l’enseignement, de les replacer dans leur profondeur historique pour mieux répondre aux défis du présent.
En effet, les enseignants sont l’une des seules corporations françaises à avoir construit dans la durée des organisations puissantes, qui se sont ensuite ouvertes à bien d’autres professions, dans la recherche, la culture, l’administration... Leur sur-syndicalisation se conjugue au développement, avec la FSU, d’une culture contestataire affirmée. La FSU et ses organisations s’inscrivent dans les traditions les plus fécondes du syndicalisme enseignant, dont la modernité provient notamment de la prise en compte précoce de l’individu. Toutefois elles sont confrontées aujourd’hui à des questions cruciales : place des syndiqués dans les structures, efficacité des actions syndicales, renouvellement du corps militant, identité de la fédération…
Ce chantier n’entend pas seulement analyser les organisations en soi, mais aussi étudier la mise en mouvement du milieu enseignant (à travers les traditions de lutte, les pratiques militantes et la structuration des professions).

Syndicalisme enseignant (histoire et actualité)

Les recherches sur le syndicalisme des personnels de l’enseignement, tant en histoire qu’en sociologie, sont aussi importantes que celles concernant la CGT et la CFDT, et bien plus que celles analysant les autres confédérations ou les grandes fédérations qui ont structuré le syndicalisme ouvrier (métallurgistes, mineurs ou encore électriciens). Pourtant ce potentiel s’effrite du fait de la marginalisation des problématiques syndicales dans le monde académique.

Le chantier vise à leur donner un nouvel élan en favorisant les rencontres entre chercheurs de diverses disciplines, en aidant à donner de la visibilité à leurs travaux et en soutenant des jeunes chercheurs. Dans une démarche de recherche participative, il s’agit aussi de favoriser la coopération entre chercheurs et acteurs, notamment les anciens militants, afin de stimuler la réflexivité syndicale.

Le syndicalisme ne sera pas évoqué seulement en soi, mais replacé dans un ensemble plus vaste de questionnements : la professionnalisation, la crise de l’engagement, la réception du discours pédagogique etc… Les organisations syndicales constituent en effet un excellent prisme pour comprendre les enjeux sociaux et éducatifs au sens large.

Appréhender les enjeux actuels du syndicalisme enseignant grâce à la sociologie et à l’histoire

Les syndicalistes enseignants sont confrontés dans leur activité militante à de nombreuses questions qui se posaient déjà auparavant, ou qui ont été analysées par des recherches sociologiques. Ainsi, comment interpréter l’échec de la grève de 2003, qui a durablement affaibli la capacité de mobilisation enseignante ? Etait-il réaliste de lancer un mouvement de grève reconductible dans un milieu réfractaire aux grèves longues, ou bien les syndicats enseignants auraient-ils pu rééditer la grève des instituteurs parisiens de 1947 ? Naturellement, l’objectif n’est pas de donner une vérité officielle, mais d’éclairer les termes du débat.
On peut repérer d’autres enjeux, par exemple :
-  l’identité de la FSU. La Fédération, créée par les forces marginalisées par le syndicalisme réformiste dominant dans la FEN, a dû assumer sa part d’héritage en devenant très vite majoritaire dans son milieu. A quel prix ? Ses statuts confortent la place des syndicats nationaux et des courants de pensée, contrairement à ceux de l’UNSA-éducation, mais a-t-elle réussi son pari de transformer son pluralisme assumé en richesse ? Quel bilan tirer de l’articulation entre la fédération et les syndicats nationaux dans le passé ? D’autre part, le syndicalisme enseignant n’a pas toujours été autonome, cette histoire est susceptible d’instruire le questionnement actuel sur la place de la FSU dans le dispositif intersyndical.
- la place des autres personnels  : comment un syndicalisme construit sur une profession précise – les enseignants - peut-il ouvrir son champ de recrutement sans perdre son originalité ? Depuis la décision de 1946 d’accueillir les personnels ATOSS, infirmières et autres personnels administratifs, le syndicalisme enseignant peine à définir positivement les « non-enseignants ». Sa présence dans de nombreux ministères induit pourtant des hybridations intéressantes entre les cultures syndicales enseignantes et administratives.
-  les identités professionnelles en mutation. Les syndicats enseignants doivent leur puissance à leur rôle dans la construction et la pérennisation des identités professionnelles, notamment celles d’instituteur et de professeur. Or, elles ont considérablement évolué, et sont partiellement en crise. Aujourd’hui, le terme « instituteur » a cédé la place au vocable « professeur des écoles », conformément à la volonté de rapprochement avec les professeurs du second degré émanant de la majorité du Syndicat National des Instituteurs et PEGC, qui a poussé cette logique à son terme en devenant le Syndicat des enseignants-UNSA. Toutefois, le succès de la FSU, basée sur des syndicats par profession (SNUipp, SNES et SNUEP) et les difficultés des IUFM à proposer une formation réellement commune ont contredit l’idée d’une unification rapide des professions enseignantes.
- une morphologie discutée. La RGPP et la réforme de l’administration territoriale de l’Etat aboutissent à la fusion de nombreux services. Si l’homologie traditionnelle entre les structures syndicales et administratives perdure, cela rend inévitable une réorganisation des syndicats concernés, à l’instar de la fusion de 1966 entre le SNES et le Syndicat National de l’Enseignement Technique, qui suivait la fusion des directions ministérielles de l’enseignement technique et secondaire.
- la transformation du rapport hiérarchique. Lorsque le syndicalisme enseignant a émergé de l’amicalisme au début du XXe siècle, il s’est distingué de la forme associative en s’émancipant de la tutelle des autorités administratives et politiques. Aujourd’hui, le retour en force de l’autoritarisme du pouvoir qui réinvente le devoir de réserve, la volonté ministérielle de renforcer le poids des hiérarchies de proximité imposent de se ressourcer dans ce patrimoine de luttes, souvent dures (révocation de militants, création des premiers syndicats dans l’illégalité, luttes contre la censure). Ce contexte implique-t-il de donner un rôle nouveau aux sections locales ? Mais est-ce possible, et quid de la place des syndicats nationaux ?
- un métier sur la sellette. Comment analyser la volonté constante du ministère de bouleverser le référentiel des métiers enseignants, en insistant notamment sur les nouvelles technologies, l’évaluation tous azimuts, le travail en équipe, le travail sur les compétences ? Quel impact sur les solidarités, le lien social dans les établissements, l’autonomie professionnelle ?
-  la prise en compte du processus d’individuation, de la difficulté des jeunes à adhérer, à inscrire leur action dans la durée. Or, le syndicalisme enseignant s’est accompli sur un mode particulier, en composant avec l’individualisme du milieu. Malgré la métaphore organiciste en usage (le « corps enseignant »), le groupe n’a pas été constitué au détriment des individus, mais à leur service.

Méthodologie et problématique : quelques pistes

Les spécialistes du syndicalisme enseignant continuent de penser les organisations en lien avec leur rôle de structuration de leur milieu professionnel. Pour renouveler les recherches, dans le prolongement de cette problématique forte, trois pistes se dégagent :
-  promouvoir une histoire comparative, entre syndicats enseignants et non enseignants, entre organisations différentes (qu’est-ce qui sépare la FSU de la CGT - fonctionnaires ?). Le jeu entre les différentes échelles permet d’autres rapprochements, au moyen de monographies qui ne répètent pas la chronologie et les enjeux nationaux, mais investiguent les réalités d’un territoire donné, en lien avec les problématiques nationales.
- changer de focale, passer de l’histoire des organisations à celle des militants. Un travail sur les biographies du Maitron est engagé par l’IRHSES et des militants comme Bernard Pharisien. L’apport de l’institut se situera surtout dans l‘exploitation de cette immense banque de données, afin de reconstituer les trajectoires militantes, la part prise par les réseaux enseignants (œuvres sociales, partis politiques etc..).
- élaborer une anthropologie des cultures militantes, en s’intéressant aux assertions implicites, aux systèmes de valeurs.


Animation

Responsable du chantier : Laurent Frajerman

avec Jean-Michel Drevon

et

Eugenio Bressan

Alain Dalançon

Josiane Dragoni

Camille Giraudon

Gérard Grosse

Jean Lafontan

Igor Martinache

Georges Ortusi

Springsfields Marin

Raphaël Szajnfeld

Le chantier, visant la création de synergies, travaille avec des institutions universitaires et syndicales. Les contours de ces partenariats sont en cours d’élaboration.

Centres de recherche et d’archives

Le Centre d’Histoire Sociale de l’université Paris I, UMR 8058, représenté par son directeur, Michel Pigenet, professeur d’université en Histoire.

Le Centre de recherches historiques de l’université de Paris 8, EA 1571, représenté par Danielle Tartakowsky, professeure d’université en Histoire.

Le Centre Universitaire de Recherches sur l’Action Publique et le Politique de l’université d’Amiens, UMR 6054, représenté par Bertrand Geay, professeur d’université en Sociologie de l’éducation.

Le Centre Education, Cultures et Politiques, UMR – université de Lyon 2/IFE, représenté par son directeur, André Robert, professeur d’Université en Sociologie de l’éducation.

Le Centre Georges Chevrier, UMR CNRS 5605, représenté par Serge Wolikow, Professeur d’Histoire à l’université de Dijon.

Le collectif des centres de documentation en histoire ouvrière et sociale (CODHOS), représenté par Françoise Blum, ingénieure CNRS.

Les Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT), à Roubaix, représentées par leur directrice, Françoise Bosman, conservateur général du patrimoine.

Instituts syndicaux

L’Institut de Recherches sur l’Histoire du Syndicalisme dans les Enseignements du Second Degré (IRHSES), représenté par son président, Alain Dalançon, et par son trésorier, Gérard Réquigny

L’association pour l’histoire des militants associatifs et syndicaux de l’éducation (HIMASE).

Le centre EPS et Société, représenté par son président, Alain Becker.