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24-01-2023

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A ceux qui prédisent la fin du syndicalisme…

En France, l’unité syndicale a permis, le 19 janvier dernier, une très forte mobilisation capable de réunir sous les banderoles, aux dires même du ministère de l’Intérieur, plus d’un million de manifestant.es. Le Royaume-Uni connaît une vague de grèves d’ampleur dont une mobilisation exceptionnelle des infirmières. En Belgique, après une grève générale en novembre dernier sur les salaires, un front syndical commun santé-sociaux prépare une journée nationale le 31 janvier. Cette semaine, en Catalogne, enseignant.es et soignant.es sont en grève…

Pourtant, nombreux sont ceux qui ne cessent de nous annoncer la fin du syndicalisme en mêlant leurs prophéties à des discours qui cherchent à nous décrédibiliser en imposant le récit réactionnaire d’un syndicalisme dépassé par les évolutions et incapable de comprendre les enjeux. Et depuis Thatcher dans les années 1970, cette volonté d’imposer un modèle idéologique d’incurie du syndicalisme se mêle de stratégies répressives et de réformes qui réduisent le dialogue social au prétexte de le simplifier. Il s’agit d’imposer le modèle néolibéral comme une nécessité incontournable et de convaincre les travailleuses et les travailleurs que n’ayant pas le choix de l’employabilité, le mieux pour eux serait de s’y adapter. Et c’est une véritable entreprise d’acculturation qui veut imposer la vision prétendument rationnelle du néo-management, de la flexibilité ou de la mise en marché des services publics.

Gardons-nous bien, au prétexte d’un doute sur l’efficacité syndicale face à cette pression idéologique, de sombrer dans un rejet de l’action qui servirait l’imposition néolibérale d’un renoncement. Bien au contraire, face à cette doxa, poursuivons une bataille des idées patiente qui contre-argumente, défait les fausses informations et affirme la possibilité et la crédibilité des alternatives pour lesquelles nous militons.

Car si la précarisation de l’emploi et la déréglementation du travail desservent le syndicalisme, leurs conséquences sur le pouvoir d’achat, sur les conditions de travail et sur la croissance des inégalités doivent constituer autant de motivations à l’action.

Au cynisme d’un gouvernement qui, avec son projet de réforme des retraites, assume d’augmenter le nombre de celles et ceux qui n’auront plus un revenu suffisant pour vivre dignement, accepte de renforcer les inégalités aux dépens des femmes et dégrade la vie future d’une grande majorité de la population, répondons par les espérances de la lutte syndicale.

Ne nous laissons pas gagner par un doute produit par l’idéologie de ceux-là même qui veulent nous spolier pour permettre de poursuivre une politique de cadeau fiscal permanent aux plus riches.

A ceux qui prédisent la fin du syndicalisme, qui veulent administrer la preuve qu’il est désormais une forme archaïque d’action, nous répondrons, par la mobilisation, qu’au contraire, dans ces temps où l’avidité des profits ne cesse de nous mépriser et de vouloir nous assujettir aux normes d’une croissance inégalitaire, le syndicalisme reste une absolue nécessité pour les travailleuses et les travailleurs.

Le 31 janvier, nous serons plus nombreuses et nombreux encore, en grève et dans la rue.

Paul Devin, président de l’Institut de recherches de la FSU

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