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L’école et ses critiques

ANALYSE D’UNE EMISSION DE TELEVISION:L’ECOLE D’EN FACE

1 IDENTIFICATION

TITRE : « L’ÉCOLE D’EN FACE »

AUTEURS : LAURENT SAVANIAUD SANDRINE FRENTZ

PRODUCTEUR : INJAM PRODUCTION

COLLECTION : « DOC A DOC »

GENRE : DOCUMENTAIRE (fr.) durée : 52’

DIFFUSION : L.C.P. assemblée nationale [25 septembre 2009 - 21 h]

fiche réalisée par Michel Deschamps

2 RÉSUMÉ

Ce moyen métrage est le troisième d’une série de trois, consacré par la chaîne parlementaire à l’état de l’École », aujourd’hui. Il entend montrer une expérience de « busing », menée dans la ville de Courcouronnes, dans l’Essonne, entre deux écoles primaires : l’une « Jacques Tati », située dans le quartier du Canal envoie chaque jour une partie de ses C.M.² à « Paul Bert » du centre ville. Cette expérience est présentée dans la singularité de son environnement socio urbain et de ses acteurs mais s’inscrit dans un programme d’expérimentation plus large, voulu conjointement par le ministre de l’Éducation nationale et par la secrétaire d’État à la Ville (X. Darcos et F. Amara apparaissant d’ailleurs, dans le documentaire). L’expérience est à la fois montrée directement à travers son déroulement concret : déplacement en bus, accueil et classe dans le nouvel établissement, réactions des élèves concernés enregistrées en cours de récréation… Le Conseil de classe, la visite dans des familles « typées » (populaire d’un côté, cadre moyen de l’autre), les interventions d’une inspectrice pédagogique, du maire de la commune permettent d’appréhender le déroulement global de l’expérimentation sur une année scolaire.

Les auteurs entendent informer sur un mode de scolarisation imitée des Etats-Unis mais resté, en France, au stade de l’expérimentation. Ils souhaitent aussi, à l’évidence, convaincre de l’intérêt de cette expérimentation. (Une voix off souligne les aspects les plus importants et prometteurs), par delà les difficultés rencontrées. Ces difficultés semblent tenir :
aux différences de comportements, d’habitudes des jeunes ;
aux interrogations des familles mal informées (et peut-être réticentes sur le fond devant les mesures de ce brassage scolaire et social) ;
aux atermoiements de l’administration incapable de garantir la pérennité de l’expérimentation ;
à l’opportunisme des ministres de tutelle (se félicitant de la réussite de l’expérimentation dès le premier trimestre de sa mise en œuvre !).

3 COMMENTAIRES

Comme, malheureusement, les deux autres documentaires de la série (sur la violence scolaire et sur l’ouverture des recrutements des Grandes Écoles), cette présentation du « busing » reste trop superficiel pour permettre de formuler un jugement. Les aspects proprement scolaires de la démarche sont rapidement expédiés au projet d’aspects sociétaux plus anecdotiques. On ne saura à peu près rien des critères qui ont permis de sélectionner les élèves concernés (scolaires ? comportementaux ? hasard ?) et rien des résultats scolaires enregistrés au bout de cette année d’expérimentation mise à part cette appréciation assénée sans aucun début d’argumentation : « La plupart des élèves ont progressé ». La position des acteurs concernés : élèves, parents, enseignants, élus territoriaux, administration de tutelle, État est évoquée. Elle semble partager les partisans de la réforme et ceux qui (après l’avoir installée) reculent devant son coût. Aussi la conclusion du documentaire n’apparaît guère motivante. Neuf expériences seront reconduites sur les 50 attendues : « Le bus de la montée sociale a encore beaucoup de chemin à parcourir » !

4 APPRÉCIATION

On regrettera d’autant plus de ne pas voir approfondies les problématiques essentielles que nous sommes là au cœur de la démarche sarkozienne. D’abord, dans ses aspects tactiques : il s’agit de masquer les conséquences du repli budgétaire massif de l’État en faveur de l’École par une multiplication d’expérimentations, en phase avec les aspects les plus sensibles de la crise scolaire (la violence, l’absentéisme, les décrocheurs, les inégalités sociales, l’opacité globale du système…), parfois très intéressantes dans leur projet et dans leur démarche, mais qui ont pour caractéristique, passablement paradoxale, d’être des expérimentations qui n’ont pas vocation à être généralisées (et sont conçues a priori ainsi) ! Aussi rien ne sert d’approfondir leurs fondements théoriques et, moins encore, de se préoccuper de leur évaluation. Il s’agit qu’un flux continu de micros expérimentations (répondant à l’appétit des media envers le nouveau et le concret) entretienne l’illusion d’une intense activité de réformes. Plus fondamentalement, ces expérimentations s’inscrivent dans la stratégie éducative sarkozienne de l’extraction scolaire : Busing, internat d’excellence, facilités d’accès aux grandes Écoles pour les « méritants » issus des « quartiers » … il ne s’agit plus de viser la promotion et la réussite de tous mais de sélectionner des « élus » qui, sortis de leur milieu, viendront compléter le vivier des compétences que la reproduction « naturelle » des héritiers ne suffit plus à constituer. Nous allons vers une « École choisie qui est à l’École de tous ce que « l’immigration choisie » est à la libre circulation des personnes. La démarche ressemble à la méritocratie républicaine classique (l’École du mérite »). Elle s’en distingue radicalement. Ce n’est plus : « J’ai réussi parce que j’ai travaillé, parce que je m’en suis donné les moyens » mais « j’ai réussi parce que j’ai été choisi… selon des critères plutôt mystérieux ».

20 septembre 2009

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