27-03-2017

 | ON A VU

CHEZ NOUS

CHEZ NOUS le film de Lucas BELVAUX nous plonge dans la réalité des villes du Nord, une région en souffrance, malmenée depuis toujours, avec ses mines sans fond, ses terrils pour seules montagnes, ses alignements de maisons en briques rouges, où il faut bien survivre, coûte que coûte, c’est-à-dire les poches vides. Et puis il y a le peuple, déclassé, en rupture, prêt à suivre toutes les colères pour exister, croire enfin aux lendemains qui chantent après avoir déchanté avec la politique, l’emploi, les trente glorieuses qui n’ont fait que passer.

Chez Nous : un film au cœur de notre actualité sociale et politique

Dans ce décor de crise, et son terreau de tous les possibles, une mauvaise graine s’est posée pour ajouter au paysage un peu plus de grisaille. Le front national surfe sur cette crise en jouant le repli sur soi, à coup de « chez nous » et aussi de gourdins quand ses groupuscules identitaires vont chasser les migrants.

Le film nous montre avec force cette réalité au quotidien bien loin de la fiction puisque l’histoire se déroule à Hénard qui pourrait s’appeler aussi Hénin …Beaumont. Pauline est infirmière libérale. Son métier lui fait partager chaque jour cette misère sociale, toujours plus marquée et sans réponse depuis la disparition des services publics. Elle doit aussi soutenir son père communiste, malade de l’amiante et tenter d’exister en tant que mère de ses deux enfants qu’elle élève seule.

Le médecin d’ Hénard ancien député européen propose à Pauline de se présenter aux élections municipales en tête de liste du Rassemblement National Populaire, un parti d’extrême droite fondé par Agnès Dorgelle, elle aussi blonde, et dont la voix nous rapproche d’une autre voix plus connue. Pauline convaincue que ses visites à domicile ne sont plus les seules thérapies à administrer à ses patients, se laisse séduire par le discours sociale de la présidente du RNP. Commence alors pour elle, un parcours semé d’embuches multiples dans ce parti où elle découvre rapidement l’envers du décor, ses ressorts racistes, ses ambitions faussement sociales. Mais aussi du côté de sa famille, ses proches, ses patients qui ne la reconnaissent plus, tellement sa nouvelle vie renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire.

Ce film est un vrai film avec ses accents chabroliens, et des acteurs d’un haut niveau pour incarner des personnages aux multiples facettes. André Dussolier et Guillaume Gouix sont les deux faces opposées du parti. Le premier est un médecin en costard-cravate qui tente de dé- diaboliser son parti, le second en blouson de cuir scandant des propos xénophobes et tabassant des immigrés. Catherine Jacob incarne la chef du parti nationaliste. Et il y a la brillante Emilie Duquesne dans le rôle de Pauline pour nous accompagner dans cette découverte du parti extrémiste. Tous ces personnages évoluent avec ou sans masque pour ne pas faire oublier que derrière le nouveau FN se cache l’ancien.

CHEZ NOUS a le mérite d’exister. Déjà pour le dérangement qu’il produit comme le montrent les nombreuses réactions du FN avant sa sortie et le refus de plusieurs salles de projeter le film par crainte des représailles. Mais aussi pour les débats qu’il suscite là où il est projeté. Dans les salles, après sa projection, il y a souvent des échanges entre spectateurs, des applaudissements, des sourires complices…
En cette période d’élection, où le FN est annoncé proche des portes du pouvoir, la sortie de ce film percute de plein fouet les discours ambiants. Le programme et les manœuvres du FN sont des sujets peu développés par les médias. Le film les représente, sans être « un film anti-FN mais sur le FN » comme le dit Lucas Belvaux .
Au-delà de son intérêt social et sociologique, ce film est un pavé dans la mare des certitudes, une invitation à porter la réflexion politique sur un autre terrain : celui de la République sociale : seule condition pour que le vivre ensemble soit enfin une réalité acceptable pour tous.

Gérard Blancheteau de l’IRFSU

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