15-06-2021

 | ON A VU

Carnets Rouges

La revue du réseau école du PCF consacre son dernier numéro à " Libertés et responsabilités pour une école démocratique"
Avec les contributions de Gérard Aschieri. Sylvie Bauer. Jacques Crinon. Laurence De Cock. Paul Devin. Nicolas Go. Pierre Kahn. Adrien Martinez. Jean-Yves Mas. Christian Orange. Denis Paget. Christine Passerieux. Patrick Rayou. Patrick Singéry. Jean-Pierre Véran.
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« Libertés et responsabilités pour une école démocratique » ...

Il s’agit par ce titre de sans cesse (re)donner vie à ces mots que le néolibéralisme instrumentalise, vitrifie, assèche en les privatisant pour en tirer un profit symbolique maximum.
Mais force est aussi de constater que ces mots courent le risque d’être fétichisés
par ceux-là mêmes qui affirment une réelle volonté de transformer « l’ordre » social et scolaire dominant.
Leur (re)donner vie, c’est alors se les réapproprier non pas un par un comme des marchandises susceptibles de changer de mains, mais pour saisir en quoi ils forment la trame d’un récit à poursuivre et ré-inventer, celui d’une école de l’égalité et de l’émancipation.
Tisser, donc. Dé-fétichiser « libertés », « responsabilités », « école démocratique », en les pensant dans la dynamique de leurs rapports. En les frottant à d’autres mots, « égalité », « émancipation(s) ».

Peut-on dès lors parler d’école démocratique sans questionner les conditions pratiques dans lesquelles s’y exercent et s’y partagent les pouvoirs d’agir et les savoirs des enseignants, des élèves, sans interroger les conditions pratiques dans lesquelles s’y construisent des histoires individuelles et collectives ?

Quelles responsabilités pour des enseignants à la fois professionnels et citoyens. Peut-il s’agir de la simple exécution de consignes, ordres, injonctions à des « bonnes méthodes » émanant des services d’un ministre omniscient qui sort ainsi de ses
prérogatives en confondant le choix d’objectifs politiques avec celui de la prescription d’actions professionnelles qui ne sont pas de sa « compétence » ? Ou bien s’agit-il, pour ces enseignants, en toute connaissance de cause (programmes, nature des savoirs, réalité du travail, gestes du métier...), et en toute conscience professionnelle, celle dont ils font preuve notamment dans la situation actuelle, d’opérer des choix didactiques, de concevoir des situations pédagogiques permettant à tous les élèves de produire des savoirs nécessaires à leur émancipation
intellectuelle et sociale ?

Choix professionnel et donc politique, en ce que de lui dépend aussi l’émancipation possible des enseignants eux-mêmes, puisqu’il interroge les conditions dans lesquelles ils peuvent revendiquer une liberté pédagogique de plein droit et de plein
exercice.

Liberté pédagogique, de même que la liberté d’expression, mise à mal à tous les niveaux d’enseignements de la maternelle à l’université, par les actuels ministres de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieur dans une volonté de caporalisation et de prolétarisation des enseignants et des chercheurs.

Liberté pédagogique dont il faut rappeler - c’est l’objet d’une des contributions de ce numéro – qu’elle trouve sa garantie dans le Statut de la Fonction Publique. Ce statut qui a entre autres comme objectifs d’assurer un égal accès de tous à des services
publics (dont l’éducation) de qualité. Et qui, pour ce faire permet aux fonctionnaires (dont les enseignants) de s’émanciper des intérêts privés et des instrumentalisations politiques.

On lira donc dans ce numéro des contributions qui, dans leur diversité, proposent des pistes de réflexions, des éléments d’analyses, d’histoire, sur les mises en tensions et les possibles contradictions que génèrent ces questions.

Liberté et responsabilité « pour » une école démocratique. Ce mot « pour » désigne ce qu’est l’école démocratique aujourd’hui en tant qu’institution inscrite dans l’histoire – non linéaire – des luttes pour l’émancipation et l’égalité sociales. Institution qu’il s’agit de défendre, tout en en analysant les contradictions, face aux attaques qu’elle subit actuellement.

Il désigne aussi une dynamique possible et plus que jamais nécessaire : celle de la mise en oeuvre, pensée collectivement, de pratiques sociales, politiques, pédagogiques, visant à une transformation radicale de cette même institution.

Être partie prenante de cette dynamique est la raison d’être, éthique et politique, de Carnets Rouges... et de ce numéro.

Patrick Singéry

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