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L’école et ses critiques

Chagrin d’Ecole

– IDENTIFICATION
Titre : « Chagrin d’Ecole »
Auteur : Pennac Daniel
Editeur : Gallimard Date de parution – 2007
Genre : Fiction (autobiographie romancée)

II - CONTENU

La quatrième de couverture reproduit un extrait du bulletin scolaire du jeune Pennac : « Elève gai mais triste élève ». Elle dit, ainsi, à peu près tout du livre, entre nostalgie et dévoilement – nostalgie d’un âge et d’une expérience scolaire déjà révolus ; dévoilement de la violence symbolique infligée aux mauvais élèves, confrontés à la dépréciation permanente de soi.

« Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l’école ». Daniel Pennac veut écrire le livre d’un invariant ; non pas « l’école qui change dans la société qui change » mais « ce qui ne change pas : la douleur du cancre, la souffrance de ne pas comprendre, la solitude et la honte d’être perdu dans un monde « où tous les autres comprennent ».

Ce cancre n’a pas d’excuses, ni familiales, ni congénitales, ni sociales, ni comportementales, à proprement parler. La « cancrerie » est sa marque, comme une malédiction. Car échouer à l’école, c’est se condamner à la pire des sanctions : n’avoir « aucun avenir » ; faire partie des enfants « qui ne deviendront pas » (puisque les enseignants ont ce privilège suprême de prédire l’avenir des enfants (« L’avenir cette étrange menace »)

L’avenir du jeune Pennacchioni semble donc condamné. L’histoire, cependant, finira bien (« Il suffit d’un professeur – un seul ! »). En fait, il faudra aussi que les événements s’en mêlent : D. Pennac obtient sa licence… en septembre 68, s’attirant une remarque de son père : « il t’aura fallu une révolution pour la licence, doit-on craindre une guerre mondiale pour l’agrégation ? ».

Daniel Pennac –cancre reconverti- devient donc professeur, un professeur attentif à dépouiller chaque élève « des chagrins, des peurs, des envies inassouvies » qui l’enserre (La métaphore de l’oignon est très révélatrice d’une posture pédagogique), pour l’installer dans « l’indicatif présent du cours », ce présent « d’incarnation » qui met à distance aussi bien les pesanteurs du (jeune) passé de l’élève, qui la crainte d’un avenir déjà instrumentalisé : « J’y arriverai jamais, m’sieur. –où veux-tu aller ? ». Au risque, peut-être, pour l’écrivain Pennac, au terme d’une saga scolaire édifiante, de se complaire dans la posture flatteuse du professeur modèle face au cancre – type !

III - COMMENTAIRES

Le pari de Pennac : traiter la figure de l’élève en échec comme un invariant est-il tout à fait tenu ? La cancrerie, à l’heure de la violence scolaire, des bandes, du chômage massif des jeunes… est-elle toujours ce qu’elle était ? Le pari repose sur une abstraction, sur une mise à distance du social, sur un centrement sur la seule relation maître/élève : « nous avons tout à lui apprendre, à commencer par la nécessité d’apprendre ». _ Avec, pour le maître, le découragement parfois (« Avec celui-là, je n’y arriverai jamais ».), la tentation du conformisme professionnel (à « l’ombre de la bonne doctrine » ou « la caution du décret »), le refuge de la posture (« Il est malvenu de parler d’amour en matière d’enseignement »).

Paradoxalement, dans ce livre de l’invariance, ce qui touche, peut-être, d’abord, c’est ce qui change et modèle profondément la relation pédagogique. Ainsi, par exemple, ce qui est dit de la façon diamétralement opposée dont les professeurs et les élèves ont accueilli, en 1989, le film « Le cercle des poètes disparus », justement consacré à la relation pédagogique (Bon, les profs n’aiment pas. Mais c’est notre film, c’est pas le vôtre ! » ; ou bien encore cette inflexion qui résonne lourdement aujourd’hui : « Je suis un nul. Or dans la société où nous vivons, un adolescent installé dans la conviction de sa nullité… est une proie » ; ou, enfin, l’évocation de cet homme qui, dans un débat croit faire un portrait sans complaisance des adolescents d’aujourd’hui et dit, en fait, la peur de la jeunesse en lui.

Le livre de D. Pennac, au-delà de ce qui arrange (que pèse la souffrance du cancre s’il devient un écrivain à succès ?), au-delà de ce qui rassure ceux qui cherchent, dans les recettes du passé, la solution à la crise actuelle de l’école (Cf. les passages sur la dictée et la récitation), prend tout son poids parce qu’il laisse deviner de l’Ecole en chagrin d’aujourd’hui.

IV - APPRECIATION

Œuvre romanesque, l’ouvrage de D. Pennac, en interrogeant la figure de l’élève échouant, rejoint les types de discours qui nous avons retenus. Celui de « l’Ecole inégalitaire/Ecole de l’égalité », celui de « l’Ecole insipide/Ecole de la joie d’apprendre ». De façon plus implicite, il interroge aussi les finalités de l’Ecole. Mais son parti pris de mettre au centre la relation maître – élève n’élargit pas, fondamentalement, l’approche pédago-centrée des questions de l’Ecole.

M. Deschamps, mai 2009

Post-Scriptum
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