04-01-2021

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Comment les postier.es ont sauvé les élections américaines.

2021 c’est aussi le départ de Trump ! Grâce à qui ? Notamment à ces postier.es qui ont sauvé les élections américaines.
L’article de Jane Slaughter ci-dessous est paru dans Labor Notes et a été traduit par Patrick Le Tréhondat. Il décrit comment des postier·es américain.es ont fait échec à la tentative de désorganiser l’acheminement des votes par correspondance lors de l’élection présidentielle de novembre.

Lire l’article publié par Syndicolllectif

L’histoire du vote par correspondance lors de l’élection présidentielle de 2020 est l’histoire d’un syndicat de travailleurs postaux prêts à accomplir des efforts extraordinaires pour s’assurer que chaque bulletin vote par correspondance soit bien acheminé. Les travailleurs postaux l’ont fait malgré les retards délibérés créés par le nouveau ministre des Postes, Louis DeJoy surnommé « la lettre en retard », et des employé·es durement touché·es par Covid.

Plus de 65 millions de personnes ont voté par correspondance cet automne – un record. Alors que la Poste travaille en nombre réduit depuis des mois. Au mois d’août, 40 000 employés de la Poste avaient été mis en quarantaine. Roscoe Woods, président de la section locale 480-481 des travailleurs postaux (APWU) près de Detroit, a déclaré que le nombre de postie·res au travail qu’il représente a diminué de 30 %.

Comment les postie·res ont-ils réussi ce formidable exploit ? « La plupart des employés étaient très fiers », a déclaré Keith Combs, président de la section locale de Detroit de l’APWU. « Ils et elles étaient vraiment heureu·ses d’avoir pu accomplir la mission avec les bulletins de vote. Elles et ils veulent que la Poste soit vue sous un autre angle que celui que la Maison Blanche voulait donner ».

Au-delà

Woods représente les travailleurs du Michigan Metroplex à Pontiac, la plus grande installation de traitement du courrier de la région. Un jour normal, ce centre traite quelques millions de de courriers. Comment les travailleur·eusess se sont-ils assuré·es que les bulletins de vote ne se perdaient pas dans ces multiples flux ?

36 000 courriers sont triés par heure par des machines géantes qui lisent les enveloppes. Avant l’élection, les travailleurs réglaient la machine pour diriger les bulletins de vote vers un point de collecte désigné, puis les envoyaient dans une autre zone pour un tri manuel spécial. Des employés expérimentés triaient les bulletins à la main en fonction des codes postaux du comté. De là, ils étaient expédiés par camion.

Les travailleurs sont allés plus loin. « Disons qu’un bulletin de vote arrive à Flint mais qu’il était censé aller à Muskegon » raconte Woods. « Nos militants se concertaient pour le redirigé. Le jour de l’élection, j’ai vérifié auprès de mon directeur à 8 heures moins le quart [à la fermeture des bureaux de vote]. Il venait d’envoyer un superviseur avec 10 bulletins de vote à déposer au bureau de tri ». « Tout ce qui était nécessaire a été fait. Notre peuple s’est montré à la hauteur de la situation. Ce n’est pas tous les jours qu’on devient un participant actif dans une démocratie qui fonctionne ».

Woods explique qu’en raison des expériences passées avec la direction, les travailleurs qu’il a contactés pour aider à cette opération étaient sceptiques au début. « J’ai choisi des membres expérimentés que je connaissais depuis des années et dont je savais qu’ils et elles étaient concernés et que je savais qu’elles et ils n’étaient pas timides », a-t-il déclaré. « Une fois qu’ils et elles ont compris que cela allait être une entreprise sérieuse, ils et elles ont redoublé d’efforts. »

L’anti-Poste

Les postier·es étaient sceptiques parce que toute l’année, ils et elles avaient été attaqué·s par un ministre des Postes nommé par Trump (et un de ses collecteurs de fonds) qui affichait son souhait de ralentir le courrier. Des centaines de machines de tri du courrier ont été démantelées ; les heures supplémentaires ont été refusées ; les facteurs ont reçu l’ordre de ne pas trier tout leur courrier à la réception, mais d’attendre le lendemain. Ce n’est que le tollé des syndicats postaux et du public qui a forcé DeJoy a annoncé, le 18 août, qu’il reporterait ses réductions du service postal après les élections. Mais « DeJoy a été clair que les politiques qu’il avait lancées étaient juste en pause » précise Alexandra Bradbury, qui couvre les syndicats postaux pour Labor Notes.

C’est pourquoi le syndicat American Postal Workers Union a organisé une journée d’action nationale le mardi 17 novembre, pour exiger une fois de plus que le Congrès soutienne le service postal avec un financement à la hauteur – et mette fin aux pratiques qui ralentissent le courrier.

Faire sortir l’escroc

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, DeJoy et ses projets ne seront pas automatiquement balayés par la nouvelle administration Biden. Les hommes qui l’ont engagé, et qui pourraient le licencier, sont le Conseil supérieur de la Poste.

Malheureusement, les six membres actuels sont pour la plupart contre les travailleurs et pro-privatisation. Il y a trois sièges vacants que Joe Biden pourrait faire occuper immédiatement – sauf que toute nomination doit être confirmée par le Sénat [qui est républicain].

Une stratégie prometteuse consiste à faire pression sur les membres actuels du conseil d’administration, qui ne sont pas habitués à être sous les feux de la rampe. Les militants de la Nouvelle-Orléans ont lancé un mouvement en octobre avec des usagers d’un quartier « Cuisinons dehors pour sortir l’escroc », près du domicile d’un membre du conseil d’administration de la Poste. D’autres membres se trouvent à New York, Los Angeles, dans l’est du Kentucky, à Palm Beach et à Washington, pour ceux qui pourraient avoir la même idée.

10 novembre 2020

Jane Slaughter

Article publié dans Labor Notes, traduction de Patrick Le Tréhondat

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