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09-12-2016

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Compte-rendu du colloque IHS-CGT

L’Institut CGT d’histoire sociale et le Centre d’histoire sociale du XXe siècle – Université Paris I organisaient un colloque les 24 et 25 novembre, avec le soutien de plusieurs laboratoires de recherches universitaires et de la région Ile-de-France.
Josiane Dragoni y a participé au titre de l’IRFSU et nous en rend compte.

La CGT à l’épreuve des crises (milieu des années 1970- 1995)

Après une année 2015 féconde - deux productions de qualité pour les 120 ans de la CGT, une exposition et un ouvrage [1]-, l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT a organisé en novembre 2016 un colloque passionnant : La CGT à l’épreuve des crises (milieu des années 1970- 1995) [2].

Avec cette problématique ambitieuse dans un champ chronologique récent, l’IHS-CGT ouvre des pistes prometteuses pour l’histoire sociale comme pour l’avenir du syndicalisme.

Problématiques

Si les temps plus anciens de l’histoire de la CGT et du mouvement ouvrier ont été largement explorés par l’IHS-CGT [3], il est plus rare qu’un sujet soit centré sur une période récente.

Le milieu des années 1970, c’est le début de la « crise », avec ses restructurations, ses transformations de l’emploi, et dans la foulée, les difficultés pour le syndicalisme. 1995 clôt une période où le mouvement syndical réussit encore à contrer les dégradations, ici celles induites par le plan Juppé, moment clé où les forces dominantes conservatrices s’approprient le mot « réforme » et la dynamique du « changement ».

Au-delà de ces bornes chronologiques, entièrement fondées d’un point de vue historique, l’ambition du colloque était de travailler des problématiques nouvelles nées à partir des années 70, au centre des difficultés qui affectent la CGT comme l’ensemble du syndicalisme jusqu’à nos jours.

Trois laboratoires ont été associés par l’IHS à la préparation et au déroulé du colloque : le CHS du XXe siècle (Paris I), Triangle (ENS-Lyon), Printemps (CNRS-UVSQ).

Les débats ont été co-animés par les responsables de l’IHS-CGT [4] et des chercheurs en nombre [5], nourris par des interventions de jeunes doctorants portant sur des sujets d’étude précis, croisées avec des communications de militants. Il fait peu de doute que la méthode a été fructueuse.

Un colloque intense

La sérénité des débats et la maturité de la réflexion collective ont été peut être les traits les plus marquants du colloque, sans que l’on ait jamais hésité à aborder les moments conflictuels au sein de l’organisation. Ces deux journées ont assurément permis d’avancer sur de nombreux thèmes, qu’ils soient généraux ou plus précis : le fonctionnement du bureau fédéral, les effectifs, le centre de formation, le rapport au politique pour n’en citer que quelques-uns.

Des désaccords se sont exprimés sans tabous, dans un climat général d’écoute réciproque et de volonté d’avancer ensemble. La question de la démocratie au sein de la CGT et des modalités de la prise de décision, a constitué une sorte d’épine dorsale du colloque. Comment organiser le débat au sein de la CGT, dès lors que les rapports au politique se modifient ? A l’évocation par Sophie Béroud d’une piste, celle de l’organisation en tendances, la réaction de la salle laisse peu de doutes : telle n’est pas la culture de la CGT. Mais alors comment créer les conditions du débat ? Si le colloque ne pouvait pas trouver de réponses à cette question autant centrale que complexe à un moment où la crise du politique ou celle de la représentation devient dominante, nul doute qu’il n’a pas hésité à tenter de prendre le problème à bras-le-corps. Bien d’autres sujets, de la féminisation aux rapports CGT/PC ont été très présents, tant les thématiques des quatre ateliers sur deux demi-journées ont bien couvert le champ des « crises » auxquelles la CGT est confrontée.

Naturellement, le colloque « n’a pas tout dit », comme l’a souligné René Mouriaux dans sa conclusion. Mais il a ouvert bien des pistes à approfondir, à travailler. Car l’historien est lui-même situé dans son époque, et son point de vue sur le passé, que celui-ci soit proche ou plus lointain, se modifie avec le temps, a rappelé le chercheur. Tant il est vrai il n’existe jamais de connaissances définitives, pas plus pour la recherche que pour le syndicalisme. L’imaginer serait en effet une « idée mortelle ».

Le secrétaire Général de la CGT, Philippe Martinez, a fait le lien entre le colloque et les questions d’actualité, qu’il s’agisse de la loi sur le travail ou de la question de l’institutionnalisation du syndicalisme qui ne rime pas spontanément avec démocratie ; ou encore de la nécessité pour la CGT d’ajuster en permanence son fonctionnement ou ses activités pour être en phase avec les évolutions sociales. Ce qui ne signifie pas une adaptation aux évolutions, mais nécessite de les prendre pleinement en compte pour mieux transformer le monde présent.

Et après…

En deux jours intenses, le colloque bien évidemment n’a pas tout dit, mais il est très prometteur dans sa dynamique, qui pour l’essentiel, est le résultat d’un croisement productif entre chercheurs et militants.
On attend avec impatience la publication des actes du colloque, et la suite des recherches impulsées par l’IHS-CGT sur cette thématique ou d’autres, complémentaires. La prochaine initiative aura lieu en 2017, en partenariat avec Triangle, et portera sur « L’institutionnalisation du syndicalisme : de quoi parle-t-on ? France, 1945-2007 [6]. A suivre.

Josiane Dragoni

[1Pour l’ouvrage : Histoire de la CGT, Bien être, liberté, solidarité, Editions de l’Atelier et IHS-CGT, 2015.

[5Stephane Sirot, Jérôme Pelisse, Sophie Béroud, Baptiste Giraud, Michel Pigenet, René Mouriaux

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