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L’école et ses critiques

De la maternelle à la FAC : faut-il payer pour réussir ? »

- IDENTIFICATION
Titre : De la maternelle à la FAC : faut-il payer pour réussir ? »
Auteur : présentation Guy LAGACHE
Editeur : « CAPITAL » / M6
Date : 1ère diffusion le dimanche 16 novembre 2008, 20 h 50.
Genre : Magazine TV documentaire
Durée : 1 h 50
FICHE REALISEE PAR MICHEL DESCHAMPS

II – CONTENU

Télérama (n° 3070 – Semaine du 15 au 21 novembre 2008) présente ainsi l’émission : « Face aux éternels débats suscités à chaque rentrée scolaire par l’Education nationale –suppression de postes, lutte contre l’échec, enseignants démotivés– et l’impuissance des réformes qui se succèdent, « CAPITAL » se pose une question : et si c’était l’argent, la solution ? »

L’émission s’organise autour des quatre reportages ainsi titrés :

1.« Sous les préaux du privé ? » 2.« Faut-il payer les profs au mérite ? » 3.« Cours de langue. Bilingue dès l’école maternelle ? » 4.« Enquête sur le bisness des petites écoles de commerce ». L’émission est explicitement dirigée vers les parents et les enfants. Elle entend rompre avec les « éternels débats » et aborder les questions scolaires sous un angle singulier : l’argent et l’Ecole. Les reportages sont complétés par les propos du présentateur et par de brèves interviews : DARCOS ; le recteur de l’académie de Créteil ; l’économiste libéral Jacques Marseille, tous en adhésion avec les reportages.

Ni les associations de parents d’élèves, ni les syndicats de personnels, ni les partis d’opposition, ne sont invités dans une émission qui fonctionne sur le mode de la démonstration et de l’évidence.

•La démonstration empreinte principalement au thème de l’école inefficace, dans sa conception la plus managériale et marchande, (dénonciation de la bureaucratie et, retour sur investissement) ainsi que, mais plus implicitement, au thème de l’école inégalitaire. •L’argent ici traité n’est ni celui du budget global de l’Education ni celui des dépenses sociales en faveur des familles en difficulté : il s’agit du « choix » que font « de plus en plus de parents de payer pour la scolarité de leurs enfants » : ◦choix d’un établissement privé dont on attend qu’il préserve « son enfant des carences de l’enseignement public (précisément montrées) : relâchement de la discipline ; hétérogénéité des classes ; absentéisme des enseignants… ◦recours aux cours particuliers (en langue vivante principalement) ; ◦préférence aux établissements proches des réseaux d’entreprise et dont le fonctionnement même calque celui des entreprises (école de commerce) ; ◦enfin, la gratification salariale au mérite apparaît le moyen privilégié de mobilisation des enseignants (dont on souligne qu’ils sont recrutés et gérés directement par le « chef d’établissement » dans le privé, et noyés dans une bureaucratie syndicalo-étatique dans le public). De cet effort financier parfois lourd (1/3 des revenus d’un ménage dans un des témoignages filmés), les familles attendent moins une compensation des faiblesses du public qu’un plus, un différentiel de réussite scolaire, clairement recherché et voulu dans une optique d’insertion professionnelle et sociale de qualité (et ce dès l’école maternelle). Ce n’est plus seulement l’affaire des familles aisées des quartiers chics mais de plus en plus de familles populaires qui ont choisi de « donner la priorité à l’éducation de leurs enfants ». (Le reportage montre une carte de la Seine-Saint-Denis avec l’implantation serrée de collèges privés).

Démarche et investissement légitimes, souligne J. Marseille, puisque c’est bien le jeune et, indirectement, sa famille qui seront les bénéficiaires de cet investissement différé.

Certes, il existe des cours particuliers et des établissements privés de moins bonne qualité : le reportage en montre, sans complaisance, des exemples mais cette présentation semble suffire, comme appel implicite à la vigilance des consommateurs d’école sans que soit évoquée la nécessité éventuelle d’une régularité globale de ce marché scolaire.

Ce marché scolaire n’est jamais interrogé du point de vue des valeurs fondamentales du projet scolaire républicain sauf une fois, dans le reportage consacré au collège privé J.B. de la Salle de Seine-Saint-Denis. Honnêtement, le reportage souligne qu’une des raisons du succès de cet établissement (taux de réussite au brevet, supérieur de 20 points à celui moyen des collège public du département réside dans la possibilité, donnée au privé et refusée au public, de sélectionner leurs élèves à l’entrée dans l’établissement (une demande sur trois seulement retenues). Le journaliste semble s’émouvoir de cette situation et interroge la directrice de l’établissement : « Mais vous, directrice d’un établissement catholique, cette sélection ne vous pose pas de problème de conscience ? C’est une école ici, pas de l’action sociale ».

III - COMMENTAIRE

L’émission est conforme au standard habituel de CAPITAL. Elle fonctionne selon les canons du « journalisme d’évidence » : c’est une réalité, ça existe et donc je le montre. Puisque ça existe ça ne se discute pas. La seule contrainte, c’est que ce soit vivant – le rythme ! (que casseraient les discussions, les prises de position, les « éternels débats »). En d’autres mots : ce qui est montré est le réel. Le réel est la vérité.
Sur ce mode de l’évidence, l’émission entérine explicitement et implicitement un certain nombre de prises de position :

•L’Ecole continue d’être une des voies de la réussite sociale ; •Elle n’est pas le lieu où se socialise collectivement une génération, mais un lieu de différenciation des compétences, de survalorisation des potentialités des uns et pas des autres. •Cette différenciation implique un comportement individuel des familles décidant de leur niveau propre d’investissement. •A cet investissement répond une offre scolaire marchande proposant soit une prestation complète : les établissements privés dont le réseau va s’accroître (mais aussi la concurrence au sein du réseau) ou, et sans doute de plus en plus, des prestations ciblées, qui correspondent, à la fois, à une attente d’individualisation de la prestation de formation et aux possibilités offertes par les nouvelles technologies. Ce qui fait l’intérêt de cette prestation c’est moins sa nouveauté : ces éléments sont dans le paysage depuis plusieurs années que le fait qu’ils atteignent un degré de généralisation qui tend à faire système. Ce système n’est jamais présenté comme le résultat d’une politique –volonté étatique nationale ou supranationale mondialisée- mais d’un processus quasi naturel, fait de micro - décisions d’acteurs qui semblent guidés moins par le poids des contraintes que par l’exercice de leur libre choix (refusé par les machineries de l’Etat-éducateur). En ceci, l’émission me paraît précieuse pour notre réflexion collective.

J’aurais aimé que l’émission, même sans sortir de son parti pris initial, interroge au moins la relation entre l’offreur de formation et l’acheteur ; l’argent, lien directe, change-t-il le rapport Ecole - parents et en quoi ? _ L’émission ne traite pas vraiment cette question. Elle semble plutôt suggérer que le lien de dépendance ne change pas. Cela mériterait d’être creusé.

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