01-12-2020

 | GRAPHIQUE

Dette : la facture de la crise.

"Du chômage partiel aux reports de cotisations et d’impôts, l’Etat est venu massivement en soutien de l’économie pendant le confinement, que ce soit pour limiter la baisse de revenu des ménages et le risque de manque de liquidités des entreprises. Autant de milliards déployés qu’il a financé principalement par la dette. Cet endettement a été grandement facilité par la politique de la Banque centrale européenne (BCE), qui est intervenue depuis le début de la crise en injectant massivement des liquidités pour permettre aux Etats de s’endetter à des taux très réduits."

Par Justin Delépine 28/09/2020 in Alternatives Economiques

L’Insee vient de publier l’augmentation de la dette au deuxième trimestre 2020, une photographie de ce qu’a coûté les milliards injectés par la puissance publique pendant le confinement.

L’addition de la crise et du confinement commence à se voir. L’Insee a publié publié vendredi dernier les chiffres de la dette publique française, qui a connu sa plus forte augmentation depuis plus de vingt ans.

Le seuil des 100 % largement dépassé

Les chiffres dévoilés par l’Insee portent justement sur le deuxième trimestre (avril-juin), c’est-à-dire la période de confinement, et présente ainsi en quelque sorte une première estimation de la facture de la crise. Ainsi, au deuxième trimestre 2020, la dette a bondi de près de 200 milliards d’euros, pour s’établir à 2 638 milliards, soit 114 % du produit intérieur brut (PIB), contre environ 100 % avant la pandémie. Le seuil symbolique des 100 % est ainsi largement franchi et le niveau d’endettement public atteint des niveaux inédits depuis la période d’après-guerre.

Est-ce nécessairement grave ? S’il faut surveiller toute hausse du niveau de dette, le coût de l’endettement est aujourd’hui très faible. Surtout, la structure de nos créanciers a été largement modifié ces dernières années, avec un acteur prenant une place prépondérante : la Banque centrale européenne. Alors que celle-ci ne possédait que 2 % de la dette publique française en 2010, sa part était de 20 % fin 2019, avant même la pandémie, et devrait encore progresser avec la crise du Covid-19.

Le fait que notre principal créancier soit une institution publique relance donc le débat sur l’annulation de la dette détenue par cette dernière. Une annulation que jugent « possible juridiquement et comptablement, en même temps que nécessaire moralement et économiquement », l’économiste Alain Grandjean et le haut-fonctionnaire Nicolas Dufrêne.

Un autre endettement est cependant source d’inquiétude : celui des entreprises. En effet, la dette des entreprises ne cesse de progresser depuis des années et s’établissait déjà à plus de 150 % du PIB avant la pandémie.

Avec la baisse d’activité de cette année et le besoin de liquidités des entreprises pour faire face aux coûts fixes, ce chiffre va très certainement encore augmenter. Une dette à surveiller de près donc.

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