Accueil du chantier  > Production  > Travaux de recherche en cours  > Notes de lecture

L’école et ses critiques

ENTRE LES MURS

I IDENTIFICATION

Titre de l’ouvrage Entre les Murs
Nom et prénom de l’auteur : François Bégaudeau
Références de l’éditeur : Folio Gallimard Date de parution 2006
Genre : chronique - témoignage d’un professeur de lettres

II - CONTENU

L’action se déroule dans une classe de 3è sans difficulté particulière, d’un collège parisien. Le récit, plus proche d’un scripte de film que d’un livre, égrène les tranches de vie de cette classe, jour après jour pendant le cours de Lettres. Le style est monocorde, sans enthousiasme aucun. Les situations d’enseignement sont restituées sous la forme de dialogue, sans analyse ni description du cadre de l’action.

III - COMMENTAIRE

Les enseignants comme les élèves ne semblent pas très passionnés par leur présence au collège. Leur centre d’intérêt ne dépasse jamais les contraintes pour les uns celles du métier, pour les autres celles de l’obligation scolaire. La présentation du métier d’enseignant limitée à une succession de confrontations ne permet pas de cerner les motivations personnelles et professionnelles portées par l’auteur. Trop d’occasions sont ratées pour donner du sens à l’engagement comme ces différentes tranches de vie : la salle des profs où rien ne se passe sauf les pannes de la photocopieuse, ce grand débat ministériel sur l’éducation qui laisse indifférent les personnels, ces rencontres trop formelles avec les parents, ce prof qui pète les plombs, ce conseil d’administration et ses faux problèmes, cette réflexion incomplète et idéologique sur l’autorité de l’enseignant…

Cette approche réductrice du métier est aussi, en creux, celle que l’auteur semble avancer sur son cadre de travail. L’absence d’ambition tant pour son métier que pour l’institution sur des registres comme l’intégration ou l’égalité scolaire donne une vision peu professionnelle des pratiques évoquées.

La lecture du livre génère de nombreuses frustrations car l’auteur ne pousse jamais la description, la théorisation de ces moments partagés avec la classe, avec les parents, avec ses collègues.. Il en effleure les contours en laissant de ces instants plus d’interrogations que de certitudes. Pourquoi telle réponse, tel emportement, telle sanction ? C’est le côté ambiguë du récit . L’auteur a délibérément choisi d’occulter sa démarche professionnelle pour faire de sa prose une démarche grand -public comme s’il avait honte de montrer qu’il exerce au quotidien un vrai métier. Il ne s’adresse pas uniquement aux professionnels de l’éducation, donc il refuse d’aller sur le terrain professionnel. Cette façon de narrer le quotidien de la classe projette une vision désincarnée du métier, où la relation prof/élèves repose sur l’équilibre fragile du compromis et de la paix sociale. La description du contexte aurait aidé à la compréhension de la décision., de la posture professionnelle. Elle aurait été une précieuse grille de lecture pour ceux qui ne comprennent pas toujours le métier d’enseignant. Elle aurait aussi été une formidable incursion pour expliquer ce monde trop souvent opaque et si souvent malmené. A travers ce témoignage de professionnel , c’est toute l’institution scolaire qui se trouve interpellée, visitée, découverte.

Entre les lignes, c’est la découverte d’un auteur qui n’a peut être pas su comprendre dans ces regards d’élèves, l’ invitation à partager le bouillonnement certes souvent volcanique de ces classes, riches en potentialités et en talents.

Cela peut expliquer pourquoi, l’auteur après quelques années d’enseignement s’est tourné vers une autre profession.

Gérard Blancheteau.

Post-Scriptum
Modifier cet article

JOINDRE UN DOCUMENT

Envoyer à un ami  Version imprimable de cet article Version imprimable