05-11-2018

 | ON A VU

Économie. On n’a pas tout essayé

Gérard Grosse nous livre une note de lecture de ce dernier ouvrage de Gilles Raveaud.
Après avoir été l’un des initiateur et animateur du premier mouvement en France de contestation étudiante de l’enseignement universitaire de l’économie, au tournant des années 2000, le Mouvement des étudiants pour la réforme de l’enseignement de l’économie, appelé “Autisme-économie”, il est lui-même devenu enseignant-chercheur en économie (à l’Université Paris VIII).

Gilles Raveaud est économiste – nobody’s perfect – mais du genre critique.

Il s’est fait une spécialité de rendre accessible le savoir parfois abscons des économistes et, surtout, les critiques des politiques économiques « orthodoxes » et du discours dominant qui les justifie, comme dans le La dispute des économistes (Le Bord de l’eau 2013) ou J’ai jamais rien compris à l’économie, mais ça je comprends (Tana 2015). Comme son ami Bernard Maris, à qui il aussi consacré un livre en 2017 - Bernard Maris expliqué à ceux qui ne comprennent rien à l’économie – il est adepte d’une économie joyeuse, tâchant de faire mentir l’historien Carlyle qui, au milieu du XIXème siècle, voyait dans l’économie une « science lugubre ».

Avec son dernier livre, Économie : on n’a pas tout essayé (Le Seuil 2018), il continue dans cette voie pédagogique et optimiste.

Pédagogique car le livre est clair dans ses formulations alors même que ses réflexions s’alimentent certes dans de très nombreux articles de presse, mais aussi dans des publications savantes, notamment en anglais, comme le savent ceux qui lisent son blog dans le mensuel Alternatives économiques (https://blogs.alternatives-economiques.fr/gilles-raveaud). Il est aussi clair dans sa démarche d’exposition : conclusions partielles, annonces de ce qui va suivre, etc., bref scolaire. Et ce n’est pas une critique !

Optimiste, son titre en témoigne et je ne résiste pas à reproduire la première phrase de l’introduction : « Ce livre est porteur de trois bonnes nouvelles. Tout d’abord, de plus en plus d’économistes, y compris parmi les plus reconnus, remettent désormais en question le modèle libéral. Ensuite, sur des points essentiels, ce modèle a échoué. Enfin, nous pouvons, en France, mener une politique progressiste et écologique. »

L’optimisme réside en ce que, dressant un constat très alarmiste de l’économie et de la société telles qu’elles (ne) vont (pas), désespérant de l’Europe (très en-deçà du FMI et de l’OCDE c’est dire !), Gilles Raveaud n’en estime pas moins qu’une politique économique plus respectueuse de l’environnement et des êtres humains, plus soucieuse d’égalité et d’autonomie est possible sans attendre le « grand soir ».

Le projet de l’auteur est donc franchement réformiste, se réclamant d’un Keynésianisme reverdi par la préoccupation écologique ; social-démocrate, donc bien loin des politiques menées par le Président actuel … ou le précédent. On peut estimer que le tableau documenté qu’il trace du rôle de la finance, des renoncements de l’Europe, des dégâts des politiques d’austérité, etc., rendent un peu fragile son optimisme. Qu’importe ! La lecture est stimulante et j’ajouterais que le membre du chantier travail que je suis ne peut que se féliciter de voir l’ouvrage se clore par un appel à changer le travail, rejoignant ici les analyses de Thomas Coutrot (Liberer le travail. Pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer, Seuil 2018).

Gérard Grosse IR-FSU

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