03-03-2020

 | A LA UNE

Fin du mois fin du monde... même combat !

Ce dossier, du dernier Regards Croisés, est né d’un besoin urgent, celui de réaffirmer le lien entre justice sociale et écologie et donc entre action syndicale et défense du vivant.
Le signal d’alarme n’est pas récent et il revient à Patricia Gibert en ouverture du dossier de nous donner le cadre dans lequel nous devons placer nos réflexions sur la place du syndicalisme dans l’écologie, celui de l’anthropocène.
La catastrophe de Lubrizol n’est qu’une triste piqûre de rappel du besoin de réinscrire pleinement la question environnementale au cœur de la lutte pour la protection des travailleurs.

L’article de Louis-Marie Barnier démontre en effet que la défense de la santé des travailleurs, les premiers au contact des matières toxiques, s’inscrit parfaitement dans une lutte plus globale de défense du vivant et constitue donc un enjeu écologique majeur.

Plus fondamentalement cet accident nous oblige à nous interroger sur le sens même de nos productions et sur leur finalité. C’est à ces questions on ne peut plus concrètes et d’actualité que s’attaque l’entretien croisé entre Gérald Le Corre, inspecteur du travail syndiqué CGT et Enora Choppard militante Alternatiba qui travaille à la métropole de Rouen.

Comment dès lors sauvegarder les emplois de secteurs qui dans leur essence même participent à la destruction du vivant ? Qui est responsable ?

Ne serait-ce pas l’État qui dans un système néolibéral est depuis longtemps l’allié du capitalisme et lui confère un blanc seing de plus en plus intenable ? L’article de Jean-Jacques Maynard, militant de la première heure au sein du Syndicat National de l’Environnement nous aide à démasquer cette hypocrisie. Il dévoile comment l’inaction fait système à grand renfort d’effets d’annonce et de la création de coquilles vides institutionnelles. Mais heureusement, la lutte s’organise, une lutte difficile qui passe là encore par la défense des statuts des travailleurs car sans statut protecteur, difficile de se battre. Cette lutte devra évidemment s’appuyer sur la transmission des savoirs et savoir-faire syndicaux liés aux enjeux écologiques auprès des nouvelles générations de travailleurs et de travailleuses. L’enseignement demeure cette courroie de transmission fondamentale et c’est tout le sens de l’action menée par le Syndicat National de l’Enseignement Technique Agricole Public qui a pris à bras le corps cette idée que pour changer l’agriculture de demain, il faut changer l’école et les programmes d’aujourd’hui. Jean-Marie Le Boiteux nous donne à lire l’histoire de cet engagement.

Si les dirigeants de Lubrizol sont coupables, si l’État est complice, qu’en est-il des consommateurs ?

L’article de Anne de Rugy invite justement à penser la repolitisation de la consommation et à sortir des écueils entre sauvegarde collective de la planète et pratiques égologiques et individualistes de distinction sociale teintées de vert. Elle nous rappelle aussi qu’il faut se méfier de l’écologie de la culpabilisation à destination des plus pauvres quand la destruction de la planète est clairement le fait des classes dominantes.

Dès lors que faire ? Que devrait être un écosyndicalisme combatif et réparateur ? Il revient à Maxime Combes et à Francis Vergne d’en esquisser les contours. Ils nous permettent de réaffirmer le lien indissociable entre discours et pratiques, entre petits gestes du quotidien et grandes luttes collectives, entre force de structuration des syndicats et aspirations individuelles à un mieux vivre, entre enjeux locaux et problématique mondiale, entre travailleurs du Sud et travailleurs du Nord, entre jeunes et vieux.

C’est à ce prix que chacun.e pourra de nouveau sentir au fond de lui, d’elle, qu’au-delà des fausses barrières érigées par le capitalisme et son régime de la concurrence de tous contre tous prévaut au contraire la nécessaire solidarité de toutes avec tous que ce n’est que par l’intelligence collective que nous pourrons répondre au plus grand défi jamais lancé à l’humanité, celui qui se cache derrière toute fin du mois…à savoir la fin du monde. C’est peut-être en effet aujourd’hui que les questions fondamentales de la production de richesse et du partage de la valeur ajoutée rejoignent de manière aussi criante la question de la sauvegarde du vivant. Saurons-nous réencastrer l’économie dans le social et le social dans le vivant et nous départir de toute forme de domination et de prédation ?

C’est toute l’ambition de ce dossier que d’esquisser ce que pourrait-être l’apport du syndicalisme à un combat qui devra mêler étroitement le droit des personnes et celui de l’environnement.

Godefroy GUIBERT

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