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L’école et ses critiques

IL FAUT SAUVER SAÏD

IL FAUT SAUVER SAÏD »
REALISATEUR : DIDIER GROUSSET (D’APRES LE ROMAN DE BRIGITTE SMADJA)
PRODUCTEUR : ELZEVIR FILM
GENRE : TELEFILM SOCIAL (DUREE 95’)
DATE : 2007
DIFFUSION : FRANCE Ô (1ER SEPTEMBRE 2009 – 20

2 RESUME

La mère est au foyer, le père chauffeur de taxi, quatre enfants. Une famille d’origine maghrébine, modeste mais sans problèmes apparents, aimante mais un peu dépassée. Saïd vient de quitter une école primaire sans histoire et découvre, avec un peu d’inquiétude, son collège. « Individualisme, violence, racket… le bon élève perd vite pied, influencée par les plus grands qui prennent le chemin de la délinquance, » précise la notule de présentation du téléfilm dans « Télérama » (TRA N°3111 – 29 août au 4 septembre 200).

L’intrigue, vécue à travers les yeux de Saïd est simple et forte : Saïd va-t-il réussir comme le laisse espérer ses « aptitudes » reconnues par ses enseignants ou sombrer comme le laisse craindre ses antécédants familiaux ou sociaux de plus en plus problématiques ? Saïd assiste à la dérive du « grand » frère, peu à peu happé par la délinquance (l’économie parallèle) et bientôt en rupture avec la famille et avec l’École spectateur, meurtri et impuissant, Saïd va être lui-même impliqué, agressé, contraint de remplacer son dealer de frère, menacé par la bande dont il trahi les codes. Situation trop lourde pour Saïd qui se referme , « décroche », refuse les mains tendus de s a grand sœur, qui est à l’université mais a quitté la maison familiale ; de son ami Antoine, fidèle qui vit dans un autre univers (social) ; d’un professeur, bienveillant mais peu opérant… On évite de peu une issue dramatique : le frère est envoyé précipitamment au bled « dans la famille ». Saïd passe de « justesse » en cinquième, bénéficiant, sans doute, de l’indulgence des professeurs, séduits par « ses aptitudes » mais empêchés de peser réellement sur les conditions familiales, sociales, économiques de sa réussite. Saïd reste à « sauver », sans que l’on sache trop quels peuvent être les acteurs et les facteurs de ce sauvetage.

3 COMMENTAIRE

Ce téléfilm, bien fait mais mineur, n’a sans doute pas l’intention de témoigner ou de délivrer un message mas la prégnance de la question scolaire dans notre société empêche de le considérer tout à fait comme fiction ordinaire. La notule critique de Télérama, croquée plus haut, veut d’ailleurs y voir non pas seulement la mise en scène d’un itinéraire scolaire singulier mais une fiction « sur l’école républicaine ». École républicaine tout entière résumée à l’échec ou à la réussite. Réussite dont il est entendu qu’elle est le produit, interne des pratiques et des valeurs de cette École républicaine. Échec dont il est, une fois de plus, montré ici qu’il est le résultat des facteurs externes. Dans ce film, pourtant centré sur l’échec scolaire, il ne sera à peu près rien montré du fonctionnement proprement scolaire. Significativement, les scènes de classes sont à peu près inexistantes (la caméra s’attarde sur les couloirs, sur la cour, sur l’entrée du collège, sur le quartier) et le travail proprement scolaire invisible. (Seule exception, une visite scolaire au musée des Beaux-Arts de Lyon).

Les deux enseignants montrés le sont plutôt positivement même s’ils sont typés de façon quelque peu problématique : une jeune enseignante séduisante et fragile, régulièrement chahutée et agressée, et qui n’aura comme solution que de quitter le collège ; un prof. d’histoire qui s’impose en jouant de sa stature et de sa force physique. Ni l’un ni l’autre ne sont indifférents aux problèmes de Saïd ; ils ont manifestement l’envie de lui venir en aide ; à aucun moment, ils ne donnent l’impression de le pouvoir. Les parents (la famille plutôt soudée de Saïd, le père divorcé et plutôt absent d’Antoine) sont conscients de l’importance de la scolarité et adhérent aux règles de l’institution mais cette institution déroule ses rites parallèlement à la vie du quartier et ne semble guère offrir d’occasions de rencontre et de dialogue (la famille de Saïd ne peut qu’espérer en la réussite de ses enfants ; le père d’Antoine, plus au fait des règles non écrites du système, va déménager afin d’inscrire son fils dans un autre collège qu’on devine plus protégé). Les préados montrés ont, à l’image de Saïd, plutôt envie de respecter les règles scolaires mais il suffit de quelques (petits) caïds pour imposer, par la force physique ou par l’argent, leurs propres règles déviantes.

Le téléfilm ne propose ni ne suggère quelques solutions que ce soit à ces dysfonctionnements, distincts mais convergents. Il apparaît toutefois et, très probablement à son corps défendant, compatible avec les réformes sarkoziennes à la crise de l’École républicaine ; non pas « disperser » l’effort sur l’ensemble des classes d’âge scolarisées mais le recentrer sur les élèves ayant les aptitudes et les dispositions compatibles, accordées aux exigences de la réussite. Favoriser la réussite de ces « élèves méritants », notamment en les mettant « l’abri » de leur milieu (familial et social). Les dispositions aujourd’hui mises en avant : préparation renforcée aux concours d’entrée aux Grandes Écoles, création d’internats d’excellence… ne sont pas forcément condamnables en elles-mêmes ; elles s’inscrivent dans une logique de fabrication élargie d’élites qui tourne le dos à la promotion de tous. Il ne faut pas seulement « sauver Saïd », en inventant des parcours de dérivation protégés, mais former aussi Abdel, Tarek, Antoine et Mounir, en réinventant l’École de tous. C’est une question sociale : le quartier, les familles ; c’est une question scolaire de fonctionnement concret de l’institution : le collège, la cour, les couloirs… mais c’est aussi une question pédagogique et didactique : et pour résoudre la question scolaire, et, le projecteur ne pourra pas non plus s’éteindre à la porte de la classe.

4 septembre 2009 Michel DESCHAMPS

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