15-06-2021

 | A LA UNE

Introduction de Paul Devin président de l’IR-FSU

Chères et chers camarades,
S’il faut parler de l’avenir de l’action syndicale, il y a deux perspectives que nous ne pouvons admettre.
Celle d’un défaitisme qui voudrait lire les difficultés que nous rencontrons comme le signe désormais irréversible d’une incapacité des organisations syndicales à mobiliser et à construire les rapports de force nécessaires pour défendre les intérêts des travailleurs. Non, nous ne pouvons admettre que syndicalisme soit appelé structurellement à disparaître du fait de l’évolution des classes sociales, des formes nouvelles de l’emploi, de la place prise par les luttes sociétales, de la méfiance vis-à-vis de toute organisation institutionnelle. Nous ne pouvons souscrire à une vision postmoderniste où le syndicalisme ne pourrait apparaître que comme un vestige d’une période définitivement révolue.

Mais nous ne pouvons pas admettre non plus que face à cette remise en cause éprouvante, parfois violente et radicale, nous puissions nous réfugier dans une défense systématique, imperméable à toute remise en question, insensible au doute et parfois aveugle à l’évidence. Nous ne pouvons pas considérer avec fatalité nos difficultés à mobiliser, à inventer de nouvelles formes d’action. Nous ne pouvons pas renoncer à la volonté de remobiliser les classes populaires. Nous ne pouvons pas mépriser les perspectives de convergences qu’elles s’inscrivent dans une renaissance des volontés de rapprochements entre les syndicats ou dans des convergences et des alliances pour penser l’avenir de notre société dans d’autres perspectives que celles du néolibéralisme.

Vous l’aurez compris, à la lecture du programme de ce colloque, ce que la FSU et son Institut de recherches ont voulu initier ne procède ni du renoncement désespéré, ni de la défense systématique de l’existant.

Tout d’abord parce que face aux accusations d’une lourdeur institutionnelle qui ferait que nos organisations et nos appareils seraient devenus aveugles aux réalités de notre monde, le mouvement syndical fait, au contraire, la preuve de sa capacité à prendre en compte les évolutions.

Ainsi, si l’égalité entre les hommes et les femmes est encore loin d’être une réalité effective de nos organisations, nous affirmons désormais des intentions fermes pour y parvenir et nous nous engageons activement pour y parvenir.

Si nous sommes encore loin de pouvoir penser les nécessités environnementales et la défense de l’emploi dans une relation dialectique, nous sommes devenus capables de ne plus les percevoir comme obéissant à une seule logique contradictoire.

Si nous n’avons pas encore résolu toutes les tensions qui existent entre l’inscription de nos luttes dans un rapport de forces entre classes sociales et la nécessité de prendre en compte des discriminations particulières, des inégalités spécifiques, nous commençons néanmoins à devenir capable de les penser sans que l’un signifie l’exclusion de l’autre.

Si nous restons attachés à l’indépendance syndicale, nous n’avons pas non plus l’intention de faire de la charte d’Amiens un prétexte pour éviter le débat nécessaire pour que nous puissions nous inscrire dans les perspectives d’alternatives de transformation sociale.

C’est parce que ces questions nous semblent essentielles que l’Institut de recherches de la FSU et la FSU ont invité vingt-cinq responsables syndicaux ou associatifs et chercheuses ou chercheurs à contribuer au débat, par leurs interventions ou au sein de tables rondes. Face aux mutations de l’emploi et du salariat, aux enjeux de l’écologie, aux nécessaires articulations entre la question sociale et les luttes féministes ou antiracistes, à la capacité à peser dans la conception d’un projet de transformation sociale, comment penser l’action syndicale pour la rendre mieux capable de prendre en compte ces nouveaux enjeux ?

Nous sommes au cœur même de la mission de notre institut de recherches : permettre par le débat pluraliste, l’échange, la diffusion des travaux, la confrontation des recherches de construire un lien essentiel entre pensée et action. Dans des temps où trop souvent les oppositions s’enferment dans une vision binaire, où l’invective prétend suppléer l’argumentation, où l’habileté rhétorique est préférée à l’exigence de la raison, il faut affirmer notre attachement à construire ce lien dans les vertus de l’échange et du débat.

Nul ne pourrait aujourd’hui prétendre apporter une réponse assurée qui détiendrait les clés de la mobilisation et les certitudes du renforcement de la capacité du syndicalisme à peser sur la construction d’alternatives politiques, économiques et sociales capables d’une transformation sociale émancipatrice et égalitaire. Mais nous sentons bien qu’au milieu des débats, des résistances, parfois des crispations, des évolutions se dessinent et s’engagent. Il n’est pas tant question des stratégies d’action ou des modalités de lutte que d’une nouvelle culture de l’action syndicale.

Avant d’ouvrir nos travaux par une première intervention, je voudrais remercier toutes et tous les camarades de l’Institut qui ont porté ce projet avec l’énergie nécessaire pour le mener à terme avec collaboration du Centre de formation de la FSU. Car les circonstances sanitaires auraient pu les faire renoncer : annulations, reports, difficultés d’organisation … Mais leur conviction de la nature essentielle de ces débats aura pris le pas sur le reste. Merci aussi à celles et ceux qui ont accepté d’intervenir ou de participer aux tables rondes. Merci a celles et ceux qui nous suivent et nous suivront sur les réseaux sociaux.
Puissent les débats de ces journées éclairer nos volontés d’action collective et faire renaître, dans les exigences de la justice sociale, de l’égalité, de la fin des discriminations, du respect de l’environnement et de la démocratie, l’espérance d’une transformation sociale capable de nous affranchir de la domination néolibérale.

Envoyer à un ami  Version imprimable de cet article Version imprimable

Voir tous les articles « A LA UNE »