Accueil du chantier  > Production  > Travaux de recherche en cours  > Notes de lecture

L’école et ses critiques

J’AI VOULU QU’APPRENDRE SOIT UNE JOIE

J’AI VOULU QU’APPRENDRE SOIT UNE JOIE
Sous-titre
Descriptif :
Chapeau
VOIR EN LIGNE :
Texte
samedi 18 juillet 2009

notes de lecture : J’AI VOULU QU’APPRENDRE SOIT UNE JOIE
Sous-titre
Descriptif :
Chapeau
VOIR EN LIGNE :
Texte
samedi 18 juillet 2009

I – IDENTIFICATION

Titre : « J’ai voulu qu’apprendre soit une joie » Auteur : Georges Snyders Editeur : Syllepse/Institut FSU Date : 2008 Genre : Autobiographie intellectuelle

II – CONTENU

Dans ce que G. Snyders qualifie lui-même d’ « autobiographie intellectuelle », on peut, formellement, distinguer quatre parties : La vie, celle d’un intellectuel contemporain, liée à ce que le siècle dernier eut de plus tragique, la déportation et l’enfermement à Auschwitz, à la recherche de trois grands idées : la force du progrès, la contestation du racisme, l’amour comme visée individuelle pour l’étendre à l’ensemble de l’humanité. . La formation proprement intellectuelle de celui qui fut d’abord philosophe avant de se consacrer à la psychologie scolaire et aux sciences de l’éducation, une formation qui n’est pas séparable de son engagement idéologique et politique comme l’atteste le « dialogue » qu’il noue avec Brecht, Gramsci ou Jaurès. Le rappel, l’approfondissement et la discussion de ce qui constitue son apport principal à la réflexion pédagogique : « y a-t-il autre chose à enseigner à l’école que la joie culturelle ? » Cette « joie d’apprendre » que G. Snyders confronte avec un certain nombre d’intellectuels et de pédagogues (Alain, Freinet, Makarenko, Rogers, Oury, Finkielkrault, Ardoino, Mérieu) est à rapprocher du questionnement sur l’autorité et la non directivité dans les relations maître/élèves Enfin, comme illustration et comme contrepoint, son rapport privilégié à la musique étudiée également comme objet d’admiration et de transmission.

Pour ce qui concerne la partie plus proprement pédagogique du livre, le centre de gravité semble être à rechercher du côté des contenus enseignés et se situe au cœur de la problématique « Ecole insipide/Ecole de la joie d’apprendre ». Mais G. Snyders n’ignore évidemment pas la prégnance de la problématique de l’égalité : « J’ai aussi dit l’école inégalitaire », précisément analysée (Ecole inégalitaire/Ecole de l’égalité des chances »). Il conduit aussi le lecteur à s’interroger tout à la fois sur le rôle de l’école dans sa liaison avec les productions humaines et pas seulement avec les savoirs (« Ecole institution/Ecole ouverte »), ainsi que sur l’efficacité globale de l’école (« Ecole inefficace/Ecole adapte), à travers, notamment, le rôle de l’enseignant.

III - COMMENTAIRE

Sur le plan pédagogique, Snyders assigne à l’école plusieurs objectifs : celui de débusquer chez chaque élève ce qui unie « insuffisance scolaire » et « problèmes affectifs et relationnels » ; d’où l’importance dans la formation des enseignants « d’unir la psychologie et l’action pédagogique ». celui de refuser tout fatalisme sociologique d’où l’importance donnée à la diffusion de la culture en instaurant une relation positive avec les » chefs d’œuvre », définis comme les « belles réussites humaines » et qui devraient être au cœur de la transmission des connaissances « pour aboutir à se frayer un chemin vers le progrès ». celui du rôle de guide assigné à l’enseignant, ni dictature du maître, ni laisser faire spontané, dans la perspective d’une école démocratique. Mais ces objectifs n’ont de sens que dans le cadre d’une mobilisation d’ensemble, celle de lutte des classes qui « s’attaque aux structures génératrices des inégalités ».

Quelles vitalités de ses points de vue aujourd’hui ?

1-Sur la vision de l’enfant à l’école. Snyders a d’un certain point de vue tranché une question qui a animé le milieu enseignant entre éducation et instruction. Il s’appuie sur un double désir de l’enfant : celui « de grandir, d’être initié au monde des adultes, de pénétrer les secrets dont les adultes sont détenteurs. ». Il incite à ce que l’école ne se définisse pas seulement en fonction de l’avenir (acquérir un métier), mais aussi du présent, et pas un « présent fade, voire ennuyeux, comme condition de la réussite ».

L’école doit-elle être au cœur des attentes des élèves ? Quelle relation enfant -élève ? Autant de questions encore en friche. De même la part de la formation à la psychologie de l’enfant dans la formation des maîtres devrait nous interroger.

2-Sur les contenus à enseigner Avec l’idée « de dégager une culture et un mode de vie qui augmentent la joie de vivre », Snyders vise une rénovation des contenus d’enseignement qui s’appuierait sur la perception dynamique des progrès de l’humanité en lien avec les problèmes que se posent les élèves et leurs expériences propres. C’est toujours une question d’actualité, même si la didactique prend de plus en plus compte, comme point de départ de tout enseignement, les « situations problème ». Le savoir, comme réponse aux grandes questions existentielles. Il y a à la fois rupture et continuité entre la culture spontanée des élèves et la culture savante. Comment l’école accueille t–elle la culture des élèves ? Comment la retravaille-t-elle, à défaut de souvent la rejeter ? Ce sont toujours des questions d’actualité. L’approche disciplinaire contenu dans l’ouvrage mériterait d’être reprise et retravaillée. Une question demeure : qui a autorité à définir les chef d’œuvre qui entraînent les élèves vers la perception du progrès ? Et toutes les œuvres conduisent elles au progrès ? Enfin les relations savoirs scolaires, savoirs savants restent au cœur des questionnements sur l’école d’aujourd’hui, ainsi que leurs liens avec la culture en général.

3 Une démarche pédagogique vivante conçue autour de trois temps : continuité/rupture/reconnaissance et la relation maître/élève : * La continuité est définie en deux temps : Les élèves se situent, en s’exprimant, par rapport à la question en jeu. L’enseignant aide mettre de la cohérence dans le questionnement, les approches des élèves : « Toi, le maître, tu t’installes dans ce que le disciple a compris, dans la manière dont il a compris ». * La rupture consiste en l’introduction par l’enseignant d’éléments nouveaux qui entraîne les élèves vers la découverte, vers une reformulation donc la joie d’un raisonnement élargi, d’avoir accès à des « clefs conceptuels ». * La reconnaissance vise la démarche qui permet à l’élève de faire sien ce qui lui est proposé et l’intègre à sa propre expérience.

Cette démarche vise à faire ressentir « l’enseignement comme une aide dans leur propre effort de vie, et l’enseignant apparaîtra comme une instance alliée et non une puissance hostile ». Mais elle n’approfondit pas les obstacles qui pourraient nourrir l’échec scolaire.

Cette démarche reste la trame des controverses avec certains courants pédagogiques, elles sont encore d’actualité.

4- Enfin, ce qui est le moins explicite dans l’ouvrage de Snyders, ce sont les axes d’une bataille conjointe école/société, bien qu’évoquée

Danielle Czal (11/112/08)

Envoyer à un ami  Version imprimable de cet article Version imprimable