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L’école et ses critiques

L’AGIR ENSEIGNANT

I IDENTIFICATION

L’agir enseignant : des gestes professionnels ajustés.
Sous la direction de Dominique BUCHETON Octarès
Editions – Collection Formation – 2009

Genre : approche scientifique, pluridisciplinaire, de la professionnalité des enseignants.

II - CONTENU

L’étude se propose de passer au microscope de courts instants de classe pour y « retrouver la complexité grouillante du vivant ». Elle débouche sur la théorisation de la notion de « geste professionnel » et de celle « d’ajustements en situation » puis sur un modèle théorique de « l’agir enseignant et ses ajustements ». Dans la première partie sont exposés les fondements épistémologiques et éthiques qui sous-tendent la recherche. La seconde partie présente douze recherches empiriques sur de courts moments de classe soit d’enseignants débutants soit d’enseignants expérimentés, du 1er ou du 2nd degré.

a) Le modèle théorique

Il propose une sorte de « grammaire de base » de l’agir enseignant, une architecture des gestes enseignant pour rendre compte de la diversité des préoccupations des enseignants. Dans le modèle, les gestes et préoccupations qu’ils traduisent et mettent en œuvre passent par le langage. Pour les auteurs, le geste professionnel au sens large, contient la culture professionnelle, l’ajuste à la situation et ce faisant la réinvente et la renouvelle. La structuration de ce geste professionnel et de ses ajustements s’organise autour d’une préoccupation centrale, la construction des savoirs scolaires visés (faire apprendre un contenu précis) et de quatre autres en interaction avec la première : l’atmosphère (créer et maintenir un climat général cognitif et relationnel, un certain ethos, pour réguler l’engagement dans l’activité de l’élève), l’étayage (enseigner et faire apprendre, faire faire, faire découvrir, faire décoder un son…) le pilotage spatio-temporel (gestion des tâches dans le temps et dans l’espace), le tissage (donner du sens et de la pertinence à la situation et au savoir visé, pour faciliter l’entrée des élèves dans l’activité et de façon ciblé). Mais ce qui est essentiel, et qui fait la professionnalité de l’enseignant, ce sont les gestes d’ajustement dans l’action et la situation, la manière dont l’agir langagier s’ajuste en permanence à la situation de la classe, se co-ajuste avec l’agir des élèves. Tout cela est structuré en profondeur par des logiques d’arrière plan mettant en jeu la culture transmise, les valeurs, les normes, les relations…

b) Les études empiriques

Elles portent sur des moments de la classe où sont montrés des enseignants aux prises avec les dimensions de la pratique, des situations inattendues, imprévisibles. Pour de jeunes stagiaires il s’agit de comprendre par exemple les sources de dysfonctionnement ou de réussite dans les configurations des relations maîtres – élèves et de voir à l’œuvre les ressources de la culture professionnelle et de l’expérience. Elles donnent à voir le travail réel des enseignants, celui qui n’est pas donné par la prescription : cet imprévu, ces évènements proviennent des actions et réactions des élèves. Ils doivent être analysés, évalués en permanence, pour susciter les décisions les mieux ajustées à l’évolution de la situation, les micro-ajustements qui conduisent à la réussite ou a l’échec par rapport à l’objectif visé.

III - COMMENTAIRES

Toutes ces études sur les gestes professionnels et de l’agir des enseignants constituent une sorte de « fil d’Ariane » pour tisser la formation des enseignants (et de leurs formateurs). Cette prise en compte de l’activité réelle pour la formation professionnelle initiale et continue change beaucoup les choses, comparée à une formation qui s’arrêterait au prescrit. Elle permet de développer « l’expérience réfléchie » chez les enseignants, la capacité à garder la vigilance sur les finalités éducatives poursuivies pendant le pilotage fin dans l’aléatoire des situations imprévisibles et singulières de chaque moment de la classe. Ces études nous plongent au cœur de la complexité du métier et de l’activité enseignante, des paramètres à l’œuvre, des enjeux éducatifs, sociaux, éthiques spécifiques à l’apprentissage et à l’enseignement. Elles constituent la meilleure réponse aux discours réducteurs d’origine politique ou autres sur les enseignants. Elles donnent à voir à la fois la fécondité des approches scientifiques de l’activité enseignante à partir du travail réel (au-delà des prescriptions et des modèles pédagogiques) et des multiples enseignements qu’on peut tire à tout point de vue.

Yves Baunay

Post-Scriptum
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