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L’école et ses critiques

L’ECOLE N’EST PAS UNE ENTREPRISE

1 IDENTIFICATION
Titre : « l’école n’est pas une entreprise »
Sous titre : le néo-libéralisme à l’assaut de l’enseignement public
Auteur : Christian Laval
Editeur : La découverte collection : cahiers libres Date : 2003 Genre essai

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2 CONTENUS

Dans ce livre, l’auteur agrégé de sciences sociales met en évidence les nouvelles formes de pression subie par l’école de plus en plus organisée comme une entreprise au service d’autres entreprises. Ces pressions qui obéissent aux dogmes du néolibéralisme sont visibles et influentes dans plusieurs domaines : les contenus d’enseignement pour mieux former ce que certains appellent le capital humain : chapitre 1 la place de l’école dans la société : chapitre 2 l’organisation et le fonctionnement de l’école, chapitre 3

Pour chacun de ces chapitres, l’auteur au-delà d’une présentation très exhaustive du thème traité, complète son propos par une analyse critique du sujet en n’oubliant jamais de le resituer dans le contexte politique dont il est le pur produit : le néolibéralisme.

3 COMMENTAIRES

« L’école n’est pas une entreprise » s’inscrit dans le cadre d’une réflexion plus large sur le néolibéralisme. Le livre illustre avec force la thèse selon laquelle le néolibéralisme est avant tout le résultat d’un dispositif normatif tendant à imposer ses règles avec la complicité d’un état redéfini pour mieux servir un nouvel ordre économique en construction. Dans ce contexte, l’école devient le vecteur de ce processus à travers ses missions, son organisation et son fonctionnement. C’est au croisement d’interactions mêlant à la fois contenus et structures de l’école que se situe la réflexion de l’auteur mais aussi l’argumentation qu’il entend soutenir pour nous convaincre de repousser ces assauts du néolibéralisme, tant qu’il est encore temps. Selon l’auteur, la partie est en effet loin d’être perdue en dépit des moyens déployés pour tirer l’école vers un modèle plus compatible avec le néolibéralisme. C’est sa démonstration tout au long de son propos. Les tenants de cette évolution prennent appui sur la nécessaire réforme de l’école, fragilisée par une représentation de moins en moins porteuse des idéaux républicains. Dans le même temps, l’école de plus en plus interpellée sur des questions comme le chômage qui explose, l’accompagnement de la modernisation de l’économie, la mondialisation, se voit imposer la recherche de moyens pour intégrer ces nouvelles données. Le discours dominant est alors de pointer les responsabilités de ceux qui refusent la reforme. Mais s’agit il de réforme ? En guise de réponse, l’auteur cite Deleuze : »on essaie de nous faire croire à une réforme, alors qu’il s’agit d’une liquidation ». Tout est dit dans cette phrase. Afin de nous en convaincre, l’auteur s’efforce de développer cette thèse. Pour certains, l’homme est aujourd’hui le maillon incontournable de l’économie. L’expression « capital humain » résume bien l’interrelation que l’on souhaite établir entre l’homme et l’économie. Pour cela, le nouveau sens donné à l’école est de l’inscrire dans un processus qui doit porter et accompagner l’économie, en particulier sa croissance. Dès les années 80, la mutation de l’école s’est traduite par une conception plus individuelle et plus marchande de son rôle dans la société. Les conséquences de cette mutation, sont multiples. Des concepts comme la culture utile notamment comme facteur de production apparaissent. L’apprentissage tout au long de la vie s’inscrit dans la même logique. L’individu devient alors le maître-d’œuvre de sa formation qu’il doit organiser à partir de ses « ressources » propres, de sa capacité à gérer ses compétences et connaissances, sous le contrôle d’enseignants dont le rôle n’est plus de transmettre des savoirs mais de motiver, guider, évaluer . Le diplôme, fer de lance de l’institution scolaire française, est remis en cause notamment dans sa relation avec l’emploi, dans ses contenus aussi , de plus en plus professionnalisant . La notion de compétence se substitue à celle de connaissance. Le cadre de l’institution scolaire est lui aussi bouleversé. L’école devient de plus en plus une entreprise éducative, prestataire d’un service : celui de former, où les seules règles sont celles du management. Le corollaire de ces évolutions est une profonde remise en cause de l’école républicaine : création d’un marché de l’éducation avec des établissements scolaires concurrents, déréglementation qui autorise le libre choix des établissements, subordination de l’université aux entreprises, désengagement de l’état, valorisation de la diversité et du local, entrée de la publicité dans les établissements. Dans le même temps, apparaît l’elearning présenté comme la possibilité de permettre au plus grand nombre d’apprendre et de se former. Ces évolutions censées réformer le système éducatif sont très éloignées de cet objectif. C’est ce qui faire dire à l’auteur qu’il est encore possible de stopper l’offensive néolibérale contre l’école. Pour cela, il faut déjà pointer les méfaits de ce système sur l’école et en tout premier lieu celui de la remise en cause de l’égalité de traitement entre les élèves. L’école néolibérale est selon l’auteur ségrégative par les ghettos scolaires qu’elle génère, injuste car fondée sur la reproduction des inégalités. Elle est aussi destructrice des valeurs humanistes de plus en plus remplacées par celles qui participent à l’édification d’une société exclusivement marchande. L’auteur parle alors « d’appauvrissement des idéaux progressistes ». Elle est enfin une profonde atteinte à la démocratie. La décentralisation et la déconcentration développent des logiques qui favorisent l’émergence d’une culture de la performance soutenue par l’accroissement des pouvoirs locaux en particulier celui des chefs d’établissements. Les méfaits de ce système génèrent aussi de lourdes contradictions qui affaiblissent sa portée comme les menaces sur la culture et les valeurs qui ont fait l’institution scolaire, les limites de la prise en compte de la diversité, le concept creux d’investissement éducatif le plus souvent réduit au concept de dépenses improductives. Les acteurs du système éducatif, enseignants, parents, élèves, étudiants font eux aussi entendre leur voix pour faire reculer ces assauts contre l’école. L’auteur cite quelques motifs de mobilisation : accroissement des politiques d’austérité, remise en cause des contenus d’enseignement ; prévalence des projets.

L’intérêt particulier de ce livre, repose sur cette dernière partie. Véritable démonstration pour passer de la réflexion à l’action, en prenant appui sur la dynamique de crise, l’auteur nous invite à partager les raisons de son engagement. Il est en effet encore possible de contester ce dispositif qui selon lui « n’est pas une réalité achevée ». Ses arguments développés sont à la fois les convictions d’un auteur -militant et de puissants leviers pour construire les mobilisations. Ils sont aussi d’une redoutable pertinence et toujours d’actualité notamment par leur affirmation qu’une autre école est possible, une école porteuse de lien éducatif et social. C’est sur ce registre que l’auteur nous suggère avec enthousiasme de nous engager pour que l’école retrouve le sens de ses valeurs républicaines et devienne ce qu’il appelle un bien public, un bien de la connaissance. A ce titre, ce livre est un vibrant plaidoyer pour la défense et la valorisation d’une école laïque, libératrice, ouverte au plus grand nombre et soucieuse de former les futurs hommes, travailleurs et citoyens.

GERARD BLANCHETEAU

Post-Scriptum
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