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16-09-2020

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L’Éducation aux temps du coronavirus

L’objectif des auteurs et autrices de ce petit ouvrage coordonné par Stéphane Bonnéry et Étienne Douat est d’« analyser ce que le confinement a permis de révéler, d’accentuer ou de restructurer en matière d’éducation en France ». Sans avoir la prétention d’en dresser un bilan, il s’agit plutôt, à la manière d’un carnet de recherche, de présenter plusieurs travaux réalisés au printemps dernier, à chaud.
Note de lecture d’Erwan Lehoux membre de l’IR-FSU parue dans l’Humanité du 3 septembre.

PARLONS-EN !
L’éducation face à la crise sanitaire

Deux premiers chapitres sont consacrés au premier degré. Fabienne Montmasson-Michel analyse ainsi ce que l’« étrange parenthèse pédagogique » a impliqué sur le travail enseignant. Tout en rappelant que l’injonction à la « continuité pédagogique » était une mission quasi impossible, elle montre comment les enseignant-e-s ont su repenser leur travail à cette occasion, grâce à un très fort investissement. Daniel Thin s’intéresse, lui, à la manière dont les familles d’un quartier populaire ont essayé de faire face aux attentes de l’école dans le cadre de ce moment spécifique, « qui apparaît comme une loupe grossissant les inégalités sociales face à la scolarisation ».

L’enseignement secondaire est l’objet des trois chapitres suivants. Étienne Douat et Clémence Michoux mettent d’abord en évidence le rôle fondamental joué par les conseillers principaux d’éducation (CPE) au printemps dernier. Igor Martinache interroge ensuite la mise en œuvre de la « continuité pédagogique » dans les lycées, laquelle, à bien des égards, « a pu jouer comme un amplificateur et un accélérateur (des) logiques » de la réforme du lycée. Enfin, Séverine Depoilly et Fabienne Maillard abordent les « obstacles à la continuité pédagogique » et les « impasses pédagogiques » imposées par le ministère dans l’enseignement professionnel. Deux chapitres traitent ensuite de l’enseignement supérieur. Gaëlle Henri-Panabière, Pierre Mercklé et Rémi Goasdoué questionnent leur propre travail de recherche et, plus précisément, sur les conditions d’administration d’enquêtes en ligne auprès d’étudiant-e-s durant la « crise », qu’ils mettent en parallèle avec « les difficultés rencontrées par les enseignant-e-s du supérieur pour rester en contact avec leurs étudiant-e-s ». Mathias Millet et Stéphane Vaquero s’intéressent aux conséquences de l’enseignement à distance à l’université. Dans un dernier chapitre, à contre-courant d’un défaitisme ambiant, Laurent Frajerman montre que le nouveau management imposé petit à petit aux enseignants ces dernières années n’a pas progressé dans la période, confronté à de multiples résistances sur le terrain mais aussi à sa propre incapacité à faire face au chaos provoqué par la situation.

Ces différentes contributions ont en commun le souci de situer la « crise sanitaire » dans un contexte sociohistorique et politique particulier, marqué par les réformes néolibérales de ces quarante dernières années. C’est pourquoi les auteurs et autrices nous invitent à la fin de l’ouvrage, en guise de conclusion, à ouvrir différents chantiers, qui sont autant des pistes de recherche qu’un appel à construire un projet pour une école de l’égalité et de l’émancipation.

Collectif, La Dispute, 160 pages, 12 euros

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