Accueil du site  >  L’Institut
06-09-2021

 | L’Institut

L’Histoire globale des socialismes

Que signifie le terme « socialisme » en ce début du XXIe siècle ? Où et comment sont nés les divers projets socialistes au XIXe siècle ? Quelles furent leurs destinées selon les pays ? Le socialisme a-t-il un avenir, et si oui sous quelles formes ? Cet ouvrage entend analyser les multiples réalités auxquelles renvoie le terme « socialisme » au cours des deux derniers siècles, en cherchant à rendre compte de la façon la plus exhaustive possible des développements théoriques comme des expériences historiques concrètes. Il ne sera pas question de valoriser ou dévaloriser telle ou telle forme de socialisme, mais d’examiner la diversité des pratiques et des idées. De la social-démocratie à l’extrême gauche, des plus gestionnaires aux plus contestataires, tous les courants y ont leur place.

Cette histoire globale se présente sous la forme d’un dictionnaire avec trois grandes parties : « Les mots du socialisme » (partie conceptuelle), « Moments » (grandes dates), « Figures » (personnages historiques). Cet ouvrage s’adresse aussi bien aux spécialistes des questions politiques qu’à un public plus large.

Questions à Jean-Numa Ducange, historien, par Guy Dreux chercheur IR-FSU

1/ Avec Stéphanie Roza, philosophe, et Razmig Keucheyan, sociologue, vous avez dirigé une Histoire globale des socialismes qui paraît actuellement aux Presses Universitaires de France. Une équipe pluridisciplinaire donc pour un sujet explicitement mis au pluriel. Comment avez-vous conçu ce projet ?

Ce projet a été conçu à un moment où il nous a semblé nécessaire de faire le bilan des expériences socialistes depuis deux siècles. Ancré chacun dans notre discipline (l’histoire, la philosophie, la sociologie et les sciences politiques), nous partageons depuis des années de nombreux échanges sur le passé et l’avenir de l’idée socialiste.
Alors que nous devons affronter des crises multiformes, un tel projet s’imposait. Plutôt que d’être exhaustif – ce qui serait évidemment impossible – nous avons choisi des entrées sous la forme d’un dictionnaire dynamique en trois parties : « Les mots du socialisme », les « Moments » et les « Figures ». Des dizaines d’auteurs ont été mobilisés pour rendre compte des multiples réalités qu’a recouvert l’adjectif « socialiste » à travers l’histoire.
Notre ambition est ainsi de nous adresser à un public large, y compris peu connaisseur de cette histoire, afin de faire partager le plus largement possible des expériences qui nous semblent indispensables à connaître pour mieux comprendre le monde actuel, et envisager les projets alternatifs à venir.


2/ Entre 1972 et 1978 paraissaient les quatre volumes de l’Histoire générale du socialisme dirigée par Jacques Droz. Quelles sont les grandes ruptures historiques et intellectuelles qui nous éloignent de cette présentation du socialisme et qui font de votre ouvrage autre chose qu’une simple actualisation de l’ouvrage de Jacques Droz.

Les quatre volumes de Droz demeurent d’une très grande utilité car ils sont chronologiques et envisagent le socialisme dans l’histoire par pays ou aire géographique. Notre démarche est donc complémentaire. Nous, nous avons souhaité faire une histoire qui ne soit pas uniquement l’apanage des historiens mais mobilisent des individus de traditions intellectuelles et disciplinaires différentes. Une grande partie de notre ouvrage (plus de 1000 pages en tout !) est par entrée de « mots » : « Aliénation », « Parti », mais aussi « Matérialisme », « République », « Education », « Religion », « Marxisme », « Intellectuel »…. Chacune de ces entrées est un véritable petit chapitre de synthèse d’une dizaine de pages, traitant la question sous différents aspects.
« Histoire globale » n’est pas un effet de mode : dès le début, la plupart de ceux qui se réclamaient du socialisme pensaient ses développements à l’échelle internationale. Nous avons essayé autant que possible de répondre à ces ambitions en ancrant ces « mots du socialisme » sur la longue durée et dans un vaste espace géographique. Le socialisme est né en Europe occidentale, mais a eu un impact et une destinée mondiale.

3/ Votre ouvrage paraît dans un contexte de grande désorientation idéologique. A gauche, mais pas seulement à gauche. Notre situation présente justifie-t-elle ce recours à l’histoire que vous nous proposez ?

Tout à fait. Il est frappant de constater combien les partis issus de la tradition socialiste (au sens large, en incluant par exemple les communistes) aiment à rappeler qu’ils sont le produit d’une longue histoire… mais sans nécessairement la connaître ni l’étudier. Tout au plus quelques moments héroïques peuvent être rappelés ; notre ambition est que ce livre, qui peut se lire comme un dictionnaire fournisse au citoyen voulant en savoir plus sur « 1917 », « 1936 », « Communisme », « Athéisme », « Bureaucratie » des éléments essentiels.
Il y a des dizaines d’auteurs et tous sont loin de partager les mêmes orientations ; personne n’est là dans cet ouvrage pour donner des leçons, distribuer les bons et les mauvais points aux autres. Mais nous faisons le pari, en effet, que tout projet d’émancipation ne peut s’envisager sans un recours à l’histoire, sans quoi les uns et les autres seront toujours pris par l’immédiateté, l’urgence du temps présent - le fameux « présentisme » cher à François Hartog - sans jamais avoir de prise sur les traditions de longue durée qui pourtant, comme aimait à le dire Karl Marx, « pèsent d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants ».
Nous espérons donc que cet ouvrage pourra susciter des discussions et échanges autour de l’idée socialiste.

Envoyer à un ami  Version imprimable de cet article Version imprimable

Voir tous les articles « L’Institut »

Newsletter