07-09-2018

 | A LA UNE

L’écologiste, le syndicaliste et le conférencier sont dans un bateau.

La FSU et son Institut de Recherches ont participé activement à la préparation, l’organisation et les débats de cette université d’été solidaire et rebelle. Erwan Lehoux et Marylène Cahouet, deux militant.es de l’IR-FSU, nous parlent de cette initiative originale dans le paysage militant puisque plus de 300 associations, syndicats, revues et autres collectifs ont contribué au succès de cet événement.
Cette université poursuivait trois objectifs principaux : former les militants, favoriser la convergence des mouvements et partager les alternatives, donc faire ensemble.

Au programme, 33 modules, 73 ateliers et 11 forums, consacrés à des sujets aussi divers que l’urgence écologique, la révolution fiscale, l’accueil des réfugiés, le problème du mal-logement ou encore la crise démocratique et la question de l’Europe, mais aussi des visites commentées du Grenoble révolutionnaire et des pièces de théâtre. Salles et amphis débordaient souvent d’un public bien fourni, parmi lequel de nombreux jeunes.

Sur le parvis du bâtiment Stendhal, au milieu du campus universitaire, les participants pouvaient retrouver les stands des différentes organisations présentes et découvrir leurs publications ou bien poursuivre les débats autour d’un verre. Plusieurs associations et petits producteurs locaux proposaient par ailleurs de quoi se restaurer à des prix relativement abordables. Les militant•e•s de la FSU étaient nombreux sur place et beaucoup ont animé ou introduit les séquences. Le stand de la FSU 38, très impliquée dans l’organisation locale de l’événement et bien présente sur place, constituait pour eux un point de ralliement évident.

Partie prenante de l’événement, la FSU a contribué à plusieurs modules. Chacun d’entre eux offrait aux participants la possibilité d’approfondir un sujet en particulier durant une journée. Organisé par ATTAC, la Fondation Copernic et les Économistes atterrés, le premier module en question s’attaquait à la réforme des retraites. Daniel Rallet (FSU) y intervenait au côté de l’économiste Jean-Marie Harribey (ATTAC), afin d’évoquer le financement du système. L’occasion de se mettre en ordre de bataille en vue de la réforme des retraites que prépare le gouvernement.

Consacré aux questions d’éducation, le module du vendredi entendait dépasser la critique de l’école néolibérale en esquissant un projet pour une école émancipatrice. Au-delà de la richesse des présentations et des débats qui s’en sont suivis, l’originalité de ce module était d’être co-organisé par des acteurs issus d’horizons divers : le secteur éducation et par l’Institut de recherches de la FSU, mais aussi par la FERC-CGT, Sud éducation, les revues N’autre école, Dialogue et Carnets rouges, ou encore par la Fondation Copernic. Une rencontre fructueuse, qui a permis, au moins le temps d’une journée, de dépasser certains désaccords et de s’entendre sur l’essentiel.

À l’initiative de la FSU, de Solidaires, de la Fédération CGT des Services publics, mais aussi de la Convergence nationale des collectifs locaux de défense et de promotion des services publics, le troisième module portait quant à lui sur les services publics. Espérant dépasser la traditionnelle défense des services publics, l’ambition était d’évoquer l’avenir et d’envisager des alternatives. Dans cette optique, étaient invités à s’exprimer à la fois des syndicalistes, des universitaires et des militants de collectifs divers, tels que le collectif grenoblois en faveur de la gratuité des transports en commun. Là encore, ce sont ces passerelles entre des points de vue différents, invitant chacun à déplacer son regard, qui a fait la richesse de la journée.

En définitive, s’il ne fallait retenir qu’une seule chose de cet événement, c’est bien ce dialogue entre des acteurs du mouvement social qui n’ont pas toujours l’habitude de se rencontrer ni de travailler ensemble. C’est le cas, notamment, des mouvements écologistes et des syndicats qui, trop souvent, s’ignorent et poursuivent leurs combats chacun de leur côté, quand ils ne s’opposent pas sur certains sujets. Une question abordée avec humour et pertinence le jeudi soir, avec une pièce de théâtre dont la présentation commence ainsi : « L’écologiste, le syndicaliste et le conférencier sont dans un bateau. Le conférencier tombe à l’eau. Qu’est-ce qui reste ? »

Zoom sur le module « Travail et émancipation »

Le module s’est organisé en trois temps : « travail et démocratie », « travail et écologie » et « travail et reconquête du pouvoir d’agir ».

À partir de l’expérience d’un atelier de couture à Flins, du récit d’une établie et du livre de Thomas Coutrot Libérer le travail. Pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer, les débats ont montré l’aspiration des salarié•e•s à plus de démocratie dans leur travail, face aux injonctions, à la désorganisation. On ne peut plus prendre de décisions. Est-ce la même chose, le même vécu, pour les salarié•e•s du privé et pour les fonctionnaires ? Les entreprises nationalisées assurent-elles mieux le respect du travail (exemple de Renault et Citroën dans les années 70) ? La question du « qui décide ? » a introduit la problématique du consommateur/usager. Peut-on donner une réponse à des situations variées (exemple du rôle des parents d’élèves dans l’école). La démocratie empêchée est liée au pouvoir d’agir. Comment redonner du sens à son travail ? Comment faire un travail de qualité ? Qui la définit ? À partir de situations particulières de travail, comprendre ce qui bloque et reconstruire un espace de débat collectif et élaborer ensemble des alternatives pour travailler selon des valeurs de progrès. La revendication du temps est essentielle. Dire son travail est déjà émancipateur : mon mal-être ne vient pas de moi mais de l’organisation du travail, des injonctions, de l’impossibilité de bien faire son travail. Le syndicalisme, en s’emparant de la question, en est transformé car il ne peut être délégataire.

La prise en compte du travail, parfois, peut sembler secondaire face à l’emploi qui se dérobe. Souvent aussi la confusion travail/emploi/conditions de travail/métier, perdure. Mais réfléchir sur le travail amène à définir son sens dans un espace de discussion et souvent la revendication collective s’élabore, on dirait presque naturellement. Pour revenir au sous-titre du livre de Thomas Coutrot : « oui, ça doit changer ». Le syndicalisme en ressortira renforcé et revivifié.

Zoom sur le module « Migrations »

Des causes et effets aux mobilisations citoyennes, tel était le titre du module. La réflexion s’est aussi engagée sur les politiques nationales et européennes à la lumière de l’actualité (refus du gouvernement italien d’accueillir les bateaux chargés de migrants). Les témoignages d’expériences citoyennes face à la politique de non-accueil du gouvernement notamment à Briançon, à Chambéry et dans la Roya ont mis à mal l’intox de Macron. Non, les Français ne sont pas xénophobes. Oui, ils protestent contre la loi Collomb. Oui, ils sont nombreux à rejoindre les actions et notamment les États Généraux de migrations. Significative, dit ce militant de Briançon, est la mobilisation d’un territoire et non seulement d’individus. Dans cette région de montagne, très peuplée, l’hôpital joue ainsi son rôle essentiel, les secours en montagne également. Le rôle de l’église comme à Calais est essentiel. Et la mobilisation est aussi importante sur le versant italien. Mais en face, les violences policières sont quotidiennes, dans la vallée de la Roya notamment et se développe un racisme institutionnel, surtout contre les jeunes. Là, la population, excédée par la présence policière, réagit mal. Les difficultés des militants sont nombreuses : par exemple, chaque migrant a besoin d’un avocat. L’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) rappelle sa raison d’être « pas de crime en notre nom » et sa solidarité envers toutes les victimes du racisme.
Une avocate explique son travail au quotidien et se félicite de l’avis du conseil constitutionnel : l’aide à la circulation des migrants n’est plus un délit. Elle rappelle la nécessité de réagir par des courriers au président de la République, des signalements, des témoignages adressés au défenseur des droits.

Le forum a travaillé particulièrement sur les actions locales et les mobilisations collectives au niveau national, européen et mondial avec une question récurrente : quelle action forte mener demain, quelles convergences créer ? Avec nombre d’interrogations : les solidarités sont-elles, en quelque sorte, des "substituts" qui pallient le désengagement de l’État ? Comment faire face quand les citoyens solidaires s’épuisent ? L’exemple du festival « passeur d’humanité » à la Roya peut réactiver les initiatives citoyennes mais la lutte contre une telle politique est incontournable.

Erwan Lehoux et Marylène Cahouet pour l’IR-FSU

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