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L’école et ses critiques

« L’enseignement professionnel aujourd’hui »

IDENTIFICATION
Titre : « L’enseignement professionnel aujourd’hui »
Auteur : Dominique Raulin
Editeur : ESF collection : Pédagogies dirigée par Philippe Mérieu
Date : 2006 Genre : ouvrage de réflexion

III - CONTENUS

L’auteur a été professeur de lycée, puis jusqu’en 2005 secrétaire général du Conseil National des Programmes. Il dirige actuellement le CRDP de l’académie d’Orléans-Tours.

Ce parcours riche et varié, l’a conduit à écrire de nombreux ouvrages parmi lesquels : 2006 « Lutter contre le décrochage scolaire : des pistes pour l’accrochage scolaire en LP » 2007« Les professeurs de collège » 2008 « Le socle commun de connaissances et de compétences »

« L’Enseignement professionnel aujourd’hui » est une réponse de l’auteur aux conclusions d’un cycle de conférences du CNP qu’il a organisé en 2004 sur la formation professionnelle. Les conclusions de ces conférences font ressortir plusieurs constats : le désintérêt des élus pour les questions relatives à la formation professionnelle la marginalisation de la formation professionnelle par les chercheurs en science de l’éducation et en sociologie Finalement toujours selon l’auteur, « les seuls qui acceptent de réfléchir aux lycées professionnels, ce sont ceux et celles qui y sont plus ou moins impliqués : les enseignants, les inspecteurs, les chefs d’établissement. ».

Cette réponse, l’auteur l’a décline en trois parties :

1. l’enseignement professionnel entre perte d’identité et perte d’image 2. à quoi sert l’enseignement professionnel ? 3. quelles sont les marges de manoeuvre ?

Cette volonté de restituer en totalité la réalité de l’enseignement professionnel aujourd’hui et les analyses qui en découlent, conduira l’auteur à compléter son propos par celui de deux points de vue :l’un exprimé par jP BOISIVON de l’Institut de l’entreprise et A Gautheron représentant l’Unsen-CGT.

III - COMMENTAIRES

Le titre de l’ouvrage laisse entendre que l’auteur va se livrer à une description de l’enseignement professionnel aujourd’hui. Si cet aspect est traité de manière précise et documentée (nombreuses références historiques, statistiques, extraits de textes réglementaires) l’auteur met à profit son parcours professionnel en tant que professeur de lycée puis président du CNP pour avancer des propositions à toutes les problématiques que cet enseignement suggère. Au-delà d’un simple état des lieux, l’objectif recherché se situe donc au niveau des conditions à réunir pour rendre plus contemporain l’enseignement professionnel en tenant compte des évolutions imposées à son contexte.

Cette démarche se retrouve à travers les questions traitées. Chacune est introduite par un constat d’où l’auteur dégage les problématiques et spécificités structurelles, pédagogiques, institutionnelles. Puis il poursuit par une discussion sur les enjeux, les contradictions, les points forts qu’elles soulèvent. Enfin il conclut en avançant quelques pistes pour faire évoluer cet enseignement, le mettre en prise directe avec les nouveaux défis qu’il doit relever pour être mieux présent dans son actualité.

Pour renforcer la pertinence de ses propos, ne pas les enfermer dans ses constats et propositions, l’auteur invite deux spécialistes JP Boisivon représentant l’institut de l’entreprise dont le propos portera sur une interrogation : l’enseignement pro : voie royale d’accès l’emploi ? et A Gautheron représentant l’Unsen CGT qui développera l’idée d’un enseignement au service de la formation de l’homme, du travailleur et du citoyen. Leur expression commune à celle de l’auteur, sera une contribution intéressante aux débats. Ces derniers qui selon lui constituent un problème de société, l’auteur les abordent dans leur globalité : historique, institutionnelle, économique et politique. Cela rend son propos accessible à tous les acteurs concernés par l’enseignement professionnel, pour une meilleure prise en compte de sa réalité, et une plus grande synergie des efforts à développer pour le valoriser. C’est à ce niveau que la démarche de l’auteur est intéressante, ambitieuse, singulière et riche par la diversité de ses approches, de ses interrogations ouvertes, sans réserve, souvent dérangeantes car bousculant les certitudes. Quelques exemples : « En intégrant l’enseignement technique au système éducatif, la 5è République s’est fixée le but de promouvoir l’égalité des chances, en faisant tomber théoriquement une barrière sociale » « Au collège, un seul modèle scolaire de réussite s’est construit et les différentes tentatives pour diversifier les parcours ont échoué » « La solution pourrait être d’instaurer au collège un nouvel équilibre entre les différents enseignements et de reconnaître différentes formes d’intelligence » « il est souhaitable de chercher à définir ce que pourrait être une culture professionnelle « « les changements doivent s’appuyer sur les particularités des formations professionnelles et les renforcer pour permettre à la voie professionnelle de retrouver son identité scolaire ».

Parents, enseignants, élus politiques et syndicaux, représentants du monde de l’entreprise, sont tout au long du livre, interpellés. Des pistes sont avancées pour rechercher ensemble les solutions capables de tirer vers le haut cet enseignement dont le rôle est essentiel sur le plan économique et social, et incontournable pour ce qui concerne la formation culturelle et citoyenne des jeunes. A ce titre, ce livre est une intéressante contribution à la réflexion sur l’école qui doit être selon l’auteur à la fois libératrice, égalitaire et intégrative. Sur la forme concrète de ces concepts, il insiste sur la place de l’enseignement général et de la philosophie dans la formation, sur l’intérêt de revaloriser l’image des métiers et de l’enseignement professionnel, sur l’urgence de mieux contribuer à l’insertion professionnelle des jeunes. Cette dernière réflexion en intégrant l’échec scolaire et tout particulièrement les sorties du système scolaire sans diplôme sera là encore une contribution sans concession à un débat trop souvent partial et réducteur.

Cette dimension mobilisatrice, voire militante, élément dominant de ce livre n’a sans doute pas été l’objectif de l’auteur. C’est ce qui donne à sa démarche porteuse de convictions fortes, un sens, dans lequel de nombreux défenseurs du service public d’éducation pourront y trouver un soutien et un terrain propices à la réflexion et à l’action.

Gérard Blancheteau

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