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L’école et ses critiques

LA FABRIQUE DE L’IMPUISSANCE

I IDENTIFICATION

Titre : "La fabrique de l’impuissance. L’école entre domination et émancipation"
Auteur(s) :NORDMANN Charlotte
Éditions : Amsterdam Année : 2007 ISBN : 978-2-915547-63-4 pages : 121

Genre : Essai

Bibliographie : Bourdieu/Rancière La politique entre sociologie et philosophie 2006, Le foulard islamique en question 2004 Profession : Enseignante de philosophie

II - CONTENU

L’ouvrage se propose de tenter de sortir du cercle vicieux des débats sur l’école en prenant à bras le corps la contradiction qui la fonde à savoir : celle d’être à la fois un facteur de démocratisation et de hiérarchisation sociale. En d’autres termes, l’école est facteur de soumission à l’ordre social et en même temps potentiellement émancipatrice. Les termes de la discussion faussée résident dans la mythification de l’école Républicaine, profondément inégalitaire et socialement cloisonnée. Cette occultation permet aux « restaurateurs » de l’ordre ancien de le réclamer au nom de la démocratie. De l’autre côté, les « pédagogues », dont P. Meirieu constitue l’étendard, n’opposent que peu d’arguments dans la mesure où ils se contentent de vouloir adoucir la violence de l’imposition de l’ordre culturel légitime en proposant des principes pédagogiques, historiquement conçus en critique de l’école (pédagogies alternatives, prolongation de la scolarisation…etc.), pour les mettre au service d’une pacification (« l’école ou la guerre civile »). Pour déplacer le débat C. Nordmann propose de s’interroger sur : le type de rapport au savoir construit par l’école ? les mécanismes qui vident les savoirs de leur sens critique au profit d’une normalisation ? la mise en cause de l’évaluation scolaire et de la notation qui accréditent l’inégalité des intelligences.

III - COMMENTAIRE

Il s’agit d’un ouvrage particulièrement stimulant qui en dépit de sa brièveté problématise de façon incisive les questionnements autour de la fonction sociale de l’école. Outre la pertinence d’analyse qui situe bien les principaux enjeux des débats récurrents sur l’école l’ouvrage a le mérite d’être clair précis et solidement argumenté. Il nécessite tout de même de maîtriser les ressorts des principales positions en présence. En arrière plan de travail de l’auteur sa position théorique consiste à mettre en rapport de complémentarité les thèses de P. Bourdieu sur la domination symbolique exercée par l’école qui impose l’ordre culturel légitime en niant la différence des rapports sociaux face au savoir ; et celles de J. Rancière qui dans son ouvrage le maître ignorant débusque les principes d’une pédagogie réellement émancipatrice. De ce fait, et c’est un des mérites important de l’analyse, C. Nordmann ne se contente pas de souligner les mécanismes sociaux de la reproduction, elle en débusque les mécanismes jusque dans la pratique ordinaire de la classe. Ici encore ceci lui permet de réinvestir les discussions sur les différents modèles organisationnels et pédagogiques en présence au moment de la fondation de l’école (école mutuelle, enseignement simultané) tout en analysant leur postérité dans les gestes pédagogiques contemporains. En prenant comme fil conducteur la question du langage et la pratique de l’écriture à l’école, l’auteur démontre les impasses qui consistent à considérer les normes scolaires d’expression comme « naturelles » ou « universelles ». Ne regarder le langage des jeunes qu’à travers sa pauvreté supposée signe de barbarie (Bentolila) condamne l’école à fabriquer de l’impuissance pour les maîtres et les élèves. De la même manière, ne pratiquer l’écriture qu’à des fins évaluatives, sans réflexion spécifique et apprentissage réellement socialisé des pratiques scripturaires (Cf. B. Lahire) conduit au découragement et à la reconduction des hiérarchies. Dans sa dernière partie C. Nordmann propose de se saisir de la question de l’évaluation comme enjeu politique du débat sur l’école, c’est-à-dire faire en sorte qu’elle ne soit plus un moyen de classement et de hiérarchisation des élèves.

Post-Scriptum
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