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L’école et ses critiques

LES PATRONS, L’ETAT ET LA FORMATION DES JEUNES

I IDENTIFICATION
Titre de l’ouvrage : LES PATRONS, L’ETAT ET LA FORMATION DES JEUNES
Contributions coordonnées par GILLES MOREAU
Références de l’éditeur : LA DISPUTE
Date de parution : août 2002
Genre : ESSAI

I IDENTIFICATION

Titre de l’ouvrage : LES PATRONS, L’ETAT ET LA FORMATION DES JEUNES

Contributions coordonnées par GILLES MOREAU

Références de l’éditeur : LA DISPUTE

Date de parution : août 2002

Genre : ESSAI

II CONTENU

En juin 2000, la REVUE FRANCAISE DE PEDAGOGIE publiait son numéro 131 intitulé LES FORMATIONS PROFESSIONNELLES ENTRE L’ECOLE ET L’ENTREPRISE. Gilles MOREAU, Vincent TROGER et André ROBERT ont souhaité donner une suite aux discussions amorcées à cette occasion en programmant un colloque les 17 et 18 mars à Nantes. Ce colloque a réuni historiens, sociologues, juristes, travaillant sur l’enseignement et la formation initiale ‘apprentissage et LP) de niveau V et IV. Ce livre expose le résultat de leurs travaux.

III COMMENTAIRES En 2002-2001 la formation professionnelle des jeunes a fait l’objet de plusieurs initiatives : numéro spécial de la Revue française de pédagogie, colloque à Nantes, publication du livre :L’Etat, les patrons, la formation professionnelle. Celles-ci ne sont pas le fait du hasard. Elles s’inscrivent dans un contexte où la formation professionnelle des jeunes fortement interrogée sur ses pratiques, ses applications, sa pertinence, ses finalités, est même représentée dans le gouvernement de l’époque par un secrétaire d’état J L Mélenchon. Ce livre qui réunit de nombreux chercheurs en science de l’éducation, des sociologues, des historiens restitue bien les débats du moment dont les objectifs dépassent largement le cadre de leur actualité.

L’enseignement pro est un domaine sous tension, sans cesse à la recherche d’un équilibre entre deux forces contradictoires : l’état et les patrons réunis coûte que coûte pour satisfaire une troisième force : la formation des jeunes. Cela génère de nombreuses lignes de force mais aussi des points de faiblesse sur lesquels se construisent certitudes et doutes. C’est ce monde complexe et sans cesse changeant que les auteurs nous proposent de découvrir et d’interroger. Leur démarche se veut prospective et ancrée sur une temporalité allant du court terme au long terme. Elle se veut aussi porteuse de ce rapport dialectique contrarié mais jamais rompu, qu’ils résument en parlant de « luttes permanentes ». Ce contexte singulier est présenté avec de nombreuses références historiques qui renvoient à la construction de l’histoire sociale, à ses fondements, à son ancrage dans l’idéal républicain. Sur ce point, la question des diplômes est centrale. C’est en effet par les diplômes que sont déclinés de nombreux principes comme la reconnaissance et l’élévation des qualifications, la construction des grilles de salaires, la possibilité de mobilité professionnelle. Pour les auteurs, la formation pro publique est avant tout la traduction d’une volonté politique ancrée dans une histoire fortement influencée par l’idée de faire prendre en compte par la formation le fameux objectif fixé à l’école par Langevin et Wallon : former l’homme, le travailleur et le citoyen. Cela explique le développement de la formation pro dans le cadre du système éducatif et son organisation calquée sur les autres ordres d’enseignement. Au fil des temps, personnels, structures, niveaux et diplômes se sont rapprochés des autres filières au point d’être identiques aujourd’hui comme l’exemple du bac pro. Cette symétrie est certes la reconnaissance et la valorisation de cette voie, mais elle est aussi la réduction des aspects qui faisaient sa spécificité notamment la pratique professionnelle et scolaire. Dans les années 60, l’entrée dans un établissement technique était souvent précédée d’une sélection des élèves par examen ou étude du dossier scolaire. ; Depuis quelques décennies sous l’effet de la crise économique mais aussi de certaines évolutions institutionnelles la formation pro publique subi de profondes attaques et remises en cause. La régionalisation de la formation pro et son impact sur l’offre de formation de plus en plus tributaire des politiques et moyens régionaux, le prolongement des études dans des domaines peu porteurs en terme d’emploi, la relance de l’alternance et de l’apprentissage, l’accroissement du nombre de jeunes au chômage sont quelques unes des données qui pénalisent l’image de la formation professionnelle. Les auteurs parlent alors d’ « identité perdue des enseignements pro et techniques ». Dans le même temps, sous l’influence de l’avènement du libéralisme de nouvelles thèses et concepts font leur apparition : formation tout au long de la vie, compétences, validation des acquis de l’expérience. Ces évolutions percutent en tout premier lieu l’ossature du dispositif de formation pro : le diplôme. Des interrogations sont alors avancées sur leur pertinence, leur valeur, leur limites, les moyens de les obtenir, les articulations à construire entre formation pro initiale diplômante et formation continue. De nouvelles pistes sont explorées pour une plus grande adéquation entre formation et emploi notamment par la construction de parcours post-diplômes associant alternance et formation complémentaire.

La contribution de cet ouvrage au débat sur le devenir de la formation pro des jeunes est d’une grande pertinence et d’un grand intérêt car il est la projection des éléments structurants ses forces et ses faiblesses. A travers les différents propos des auteurs, se dessine le centre de gravité d’un système qui par son histoire fait se rencontrer deux lieux de pouvoir : l’état et les patrons qui en dépit d’intérêts souvent opposés ont toujours su le maintenir, le développer et ce quelque soit le gouvernement en place. Cette quête permanente du compromis constructif rend ce dispositif singulier, complexe, et fragile dans ses pratiques et ses finalités. Cela explique les nombreux débats qui l’agitent et l intérêt qu’il suscite chez tous ceux, français et étrangers qui réfléchissent sur la formation des jeunes. Cela explique aussi ses évolutions structurelles comme la création du lycée des métiers. La relation école- entreprise est un débat permanent surtout quand l’idéologie devient la seule grille de lecture de la réalité. Les attaques contre le dispositif de formation pro des jeunes, au-delà de ses limites liées au contexte économique et social du moment sont donc avant tout le produit d’une pensée politique peu soucieuse des intérêts du plus grand nombre. Sur cette question les auteurs apporteront un éclairage en rappelant les objectifs des partisans de la formation professionnelle patronale : utilisation de la formation pro des jeunes comme variable d’ajustement des pratiques de gestion externes et internes à l’emploi dans l’entreprise développement massif de l’alternance pour sortir la formation du service Public d’éducation recours au local pour définir les contenus de formation et contourner le diplôme national

L’histoire sociale nous a montré que ces objectifs, en dépit des moyens considérables qui sont mis à leur disposition, sont loin d’être atteints. Les auteurs, en guise de conclusion, expliqueront les raisons de cet échec : « l’avenir de la formation pro des jeunes se jouera encore longtemps autour de la tension entre les compétences exigées des futurs travailleurs et leur docilité attendue aux conditions de travail proposées. ». Autrement dit, la formation pro des jeunes est et sera ce que le rapport de forces entre l’intérêt général et l’intérêt patronal permettra d’obtenir, dans un sens ou dans un autre. Pour l’instant, le basculement dans l’un des deux camps, n’a pas encore eu lieu.

Gérard Blancheteau

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