Accueil du site  >  L’Institut
08-02-2019

 | L’Institut

" La formation est un sujet important que l’on porte à la FSU..."

Stage « Formation continue : un enjeu syndical ? » - 31 janvier 2019. Intervention liminaire de Bernadette Groison, Secrétaire Générale de la FSU
« Je voulais être avec vous ce matin parce que la formation est un sujet important que l’on porte à la FSU, avec beaucoup d’insistance, à tous les niveaux : en demandes de formation, de plans de formation, d’amélioration de la formation. Parce qu’aujourd’hui il y a un vrai déficit de formation dans la Fonction publique, de manière globale.

Le dernier rapport annuel de l’Etat montre qu’en moyenne, les personnels bénéficient d’un peu plus de huit jours de formation par an, mais surtout pour les catégories A, plus concernées que les catégories C, par exemple. Les personnels de l’Education nationale, eux, sont juste au-dessus de quatre journées par an, en moyenne. C’est peu en volume et puisque l’on cherche toujours à nous comparer avec le privé, et si on exclut les PME et TPE, les grandes entreprises offrent généralement à leurs cadres plus de volume de formation que ne le fait l’Etat.

C’est donc un sujet sur lequel nous nous battons et nous savons qu’à la clé, c’est la question financière qui bloque, puisque tout est vu sous l’angle de la règle à calcul. Mais cela dit, on n’a pas tout dit ! D’où l’intérêt du chantier qui s’ouvre.

Il faut s’entendre sur ce qu’on entend par formation continue. Notre demande répond à plusieurs exigences : celle que vous allez travailler durant la journée, de pouvoir toujours faire mieux son métier, de remplir toujours mieux ses missions. Parce que nos métiers, nos missions évoluent, parce que la société évolue et quand on est au service de l’intérêt général, il faut, bien sûr, pouvoir régulièrement revisiter son métier, ses pratiques, ses connaissances, et donc la formation professionnelle devrait être importante. Elle devrait aller de soi.

Il ne faut pas confondre formation et information. On l’a bien vu au sein du grand ministère qu’est l’Education nationale, avec le développement de M@gistère. Une information, cela rentre-t-il dans le compte de formation ? Ça peut se discuter.

Sur la manière de faire : en collectif, via internet, etc. Il y a tout cela à clarifier sur ce qu’est la formation aujourd’hui et comment elle répond à notre demande professionnelle pour exercer nos métiers comme il se doit.
Et il y d’autres exigences qu’il faut que porte la FSU. Cela renvoie à l’organisation du travail telle qu’elle est prévue, dans la Fonction publique, mais ça vaut aussi pour l’ensemble du monde du travail. Comment sont organisés nos services, nos établissements et surtout quelle place est faite à l’agent•e ? La formation renvoie à notre exigence de personnels qui soient acteurs. Acteurs de leur métier, acteurs dans le système. Et comment, dans une administration très descendante, est prise en compte l’expression des besoins de formation, la manière dont devrait se dérouler cette formation ? On voit bien, à la manière dont le travail est organisé, que la place et le rôle accordés aux personnels leur laisse peu de latitude pour être maîtres de leur travail.

Et puis il y a un volet qui consiste à pouvoir choisir son avenir professionnel, puisque c’est le nom que porte une nouvelle loi [1] mais dont le contenu est critiquable. C’est bien un enjeu de formation. On peut vouloir rester dans un secteur, dans un métier toute sa vie, on peut vouloir en changer, on peut souhaiter une réorientation professionnelle. Et je parle de réorientation choisie, pas de celles qui sont imposées parce qu’un service est fermé ou parce qu’un poste est supprimé. Le choix d’un avenir professionnel est fondamental quand on sait la place qu’occupe le travail dans une vie et comment le travail est ou non facteur d’émancipation, d’épanouissement. Comment il joue aussi sur la santé et son environnement. Est-ce qu’on peut changer de travail sans être accompagné•e, sans formation ? C’est une autre facette des besoins en formation.

Et puis un dernier élément, sur la « respiration », sur la manière dont est dispensée aujourd’hui la formation continue et par qui : les formateurs, les formations « maison » faites par toutes les directions de formation, et parfois l’intervention du monde associatif. Tout cela est très bien car on a besoin de passerelles, grâce à des formateurs qui permettent de sortir du cadre strict de son métier, de son service. Si le monde associatif, le secteur privé apportent des éléments intéressants, il faut alerter sur la manière dont cela est fait et piloté. On sait bien l’appétit immense de certains groupes autour de la formation, qui représente un marché énorme. Dans une discussion à la DGFP [2], au niveau des trois versants de la Fonction publique, l’administration nous a expliqué que pour la formation des cadres -puisque l’on fait beaucoup de management maintenant, il faut donc former les cadres- faute de ressources en interne, il serait fait appel à une entreprise privée. La FSU a réagi à cette annonce. D’une part, face à la nécessité de construire une culture professionnelle de la Fonction publique, l’entreprise privée ne paraît pas à même de répondre en termes de contenu et d’avenir de la Fonction publique. D’autre part, cela a un coût. Donc la FSU s’est exprimée ainsi « Nous voulons que la formation soit faite soit « dans la maison », soit par des contrats sur une phase très courte. Un apport dans une formation, c’est une chose. Mais déléguer, vendre ainsi la formation à une entreprise privée, ça ne va pas ! » Les contenus de formation renvoient en effet à une vision du monde du travail, aux attentes vis-à-vis de l’organisation du travail. Et donc à ce que cela veut dire pour les personnels.

La FSU a des attentes sur ce chantier que vous poursuivez en ouvrant la question du travail. La FSU et ses syndicats nationaux ont besoin de cette réflexion pour nourrir les revendications de la fédération. Il faudra évidemment permettre des allers retours entre ce travail de l’Institut et la manière dont on le réinvestit ou non dans la FSU. C’est un sujet important mais si tout le monde parle de formation professionnelle tout au long de la vie, c’est un sujet qui, je crois, n’est pas forcément approprié par chacun•e des militant•es dans ce qu’il sous-tend réellement. Je vous encourage dans ces travaux dont nous aurons probablement beaucoup à apprendre.

Les instances nationales permettront de faire des points d’étape lorsque vous le jugerez important. La FSU ne doit pas se priver de mieux organiser ces allers retours. Nous allons suivre cela de très près.

[1Loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel »

[2Direction Générale de la Fonction Publique

Envoyer à un ami  Version imprimable de cet article Version imprimable

Voir tous les articles « L’Institut »

Newsletter