19-02-2018

 | ON A VU

La place des femmes dans l’univers syndical.

Le dernier essai de la sociologue Cécile Guillaume fourmille de portraits de militantes qui portent, toujours plus nombreuses, la parole syndicale dans les entreprises. Comme le constate Michel Noblecourt dans son article du Monde du 16 janvier : " Il se confirme que la précarité de l’emploi constitue l’un des principaux freins à la syndicalisation des femmes, comme pour les hommes, mais pour elles la marche est plus haute à monter."

Le livre. Maître de conférences en sociologie à l’Université de Roehampton à Londres, Cécile Guillaume a choisi d’explorer un sujet largement méconnu, celui de la parole syndicale des femmes. Si elles sont entrées massivement sur le marché du travail dans les années 1970, elles ont dû attendre trente ans pour, grâce à des politiques d’égalité volontaristes, commencer à investir l’univers syndical.

« Le champ syndical est souvent structuré par des clans internes ou des cliques »

L’enquête menée en France et au Royaume-Uni montre que la féminisation des syndicats a progressé : sur la période 2013-2015, la part des femmes syndiquées était de 37,5 % à la CGT, 45 % à FO et 47 % à la CFDT. En Grande-Bretagne, une femme, Frances O’Grady, a été portée en 2013 à la tête du Trade-Union Congress (TUC) et Nicole Notat a dirigé, de 1992 à 2002, la CFDT mais l’ouverture aux fonctions dirigeantes reste encore faible.

Dans les syndicats, si la cause des femmes a été bien soutenue, elle a parfois buté sur la reproduction des inégalités. Selon la charte du TUC, adoptée en 1979, « la structure du syndicat doit être examinée pour voir si elle empêche les femmes d’accéder aux instances de décision ». « Le champ syndical, note Cécile Guillaume, est souvent structuré par des clans internes ou des cliques qui ont des effets excluants pour ceux qui n’en sont pas et contraignants pour ceux qui en font partie. » Ils favorisent « la conformité des comportements » et « l’entre-soi masculin ».

Féminisation

Le chapitre le plus riche de cette étude de terrain concerne la fabrication des carrières syndicales. Il confirme que «  la précarité de l’emploi constitue l’un des principaux freins à la syndicalisation des femmes », comme pour les hommes, mais pour elles la marche est plus haute à monter. Il fourmille surtout de portraits. Technicienne dans une entreprise d’entretien de chaudières, Isabelle sollicite la CGT et la CFDT avant de se résoudre à être la seule adhérente d’un syndicat Solidaires : « Je dérange énormément, je ne me laisse pas marcher sur les pieds et quand les salariés ont besoin de moi, je suis là. »

Cheryl a beaucoup galéré avant de diriger une équipe de deux cents personnes au syndicat britannique des employés municipaux. Pour elle, la féminisation est « un gros problème » : «  Tous les dirigeants sont des hommes, ils ont leur petit royaume. » A la CFDT, Geneviève devient secrétaire confédérale chargée de l’insertion puis déléguée pour les femmes : « Il y avait de sacrés beaufs à la confédération et il allait falloir que je m’assoie un peu sur mon féminisme. » Mais elle est soutenue par le secrétaire général qui « n’est pas féministe mais voit bien ce que ça peut apporter à son image ».
Pour Cécile Guillaume, « le cadrage et la forme des politiques d’égalité sont façonnés par la “culture institutionnelle” de chaque syndicat. Certaines cultures syndicales semblent ainsi particulièrement résistantes à l’importation d’autres cadres de référence que celui qui a prédominé pendant si longtemps dans de nombreux syndicats ». Les syndiquées ne sont pas au bout de leur longue marche.
Syndiquées, défendre les intérêts des femmes au travail, de Cécile Guillaume (SciencesPo les presses, 248 p., 24 €).

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/16/la-place-des-femmes-dans-l-univers-syndical_5242409_3232.html#MYAR3lVG7CZZ5oX9.99

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