11-03-2019

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« Le climat, c’est plus important que le bac ! »

"Adolescentes de choc" Autour de Greta Thunberg, ce sont des jeunes filles surtout qui mènent le combat pour le climat. Avec une détermination et une conscience politiques impressionnantes.
Ils et elles sont ados, mais leur conscience des enjeux climatiques est complète. Et leur détermination à convaincre leurs camarades de classe et les adultes est radicale.
Article de Patrick Piro et Interviews parus dans Politis N°1542

Un gars, en bout de ligne pour la conférence de presse, place de la République ce 22 février : Romaric Thurel, de Youth4Climate France. Et puis six filles, qui crèvent l’écran : Ysée Parmentier, de Little Citizens for Climate France, les Belges Anuna De Wever, Kyra Gantois et Adelaïde Charlier, l’Allemande Luisa Neubauer et bien sûr la Suédoise Greta Thunberg. La génération adolescente en grève pour le climat est très nettement féminine, un trait qui marque presque toutes les luttes sociales et écologistes récemment émergées dans le monde.

Leur engagement s’inscrit aussi dans une lignée de jeunes activistes extrêmement déterminées. En 1992, le discours de la Canadienne Severn Cullis-Suzuki, 12 ans, bouleverse l’auditoire du Sommet de la Terre de Rio. Cinq ans plus tard, Julia Hill, États-Unienne de 23 ans, passe deux ans de sa vie perchée à 55 mètres dans un séquoia géant de Californie pour sauver une forêt. En 2017, sa compatriote Jamie Margolin fonde à 16 ans Zero Hour, mouvement de jeunes pour le climat.

Greta Thunberg est porteuse d’une dimension supplémentaire. Assise tous les vendredis depuis août 2018 devant le Parlement suédois avec son panneau « Skolstrejk för klimatet » (« grève de l’école pour le climat »), elle est devenue en deux mois l’icône planétaire d’une révolte des jeunes contre l’inaction des gouvernements. Pas seulement par ses discours accusatoires, aiguisés comme des lames. Ni par le contraste troublant entre sa froide détermination, la consistance de ses engagements (elle est végane, ne prend pas l’avion, etc.) et cette stature d’enfant, bouille ronde et nattes. Ni même ce syndrome d’Asperger, forme d’autisme suscitant un surinvestissement dans certains centres d’intérêt. Mais parce qu’à 16 ans à peine la gamine qui vivait jusqu’alors « invisible, que personne ne voyait ni n’écoutait », a mis ce charisme hors standard au service d’une croisade profondément politique. Par sa dimension internationale, mais aussi parce que Greta n’appelle pas seulement les décideurs à « faire leurs devoirs climatiques », mais à un changement de système, pour plus d’équité et de partage planétaire.

par Patrick Piro https://www.politis.fr/articles/2019/02/adolescentes-de-choc-40067/

Eva, 15 ans, en seconde au lycée Racine, Paris VIIIe

« Ma famille a vécu au Kenya jusqu’en 2018, je me sentais un peu éloignée des préoccupations françaises quand on est rentrés. Mais j’ai toujours été intéressée par les débats, la défense des droits. Je me suis rattrapée depuis, j’ai participé à des manifs contre Parcoursup et bien d’autres. Les copines et les copains, autour de moi, sont tous d’accord pour dire que “c’est de la merde”, la situation de la planète, mais ils ne font rien pour que ça change, c’est assez frustrant. Mais bon, moi j’y crois, on peut faire bouger les choses. Et quand je pense qu’on a failli aller au poste, lors de la manif précédente, pour avoir appliqué notre main verte de peinture sur le mur du ministère de l’Écologie, ça me met en colère : c’est ça qui est criminel pour eux ? »
Ondine, 13 ans, collégienne en quatrième à Veneux-les-Sablons (Seine-et-Marne)
« Il y a quelques années, je consommais sans réfléchir, j’achetais trop de fringues, je jetais beaucoup à la poubelle… Mais depuis, j’ai pris conscience de l’absurdité. On habite à la campagne, et j’ai réalisé qu’on voyait bien moins d’insectes et d’oiseaux qu’auparavant. Aujourd’hui, je m’habille avec des vêtements d’occasion, je vise le zéro déchet, je me déplace de plus en plus souvent en vélo. Mes parents sont végans, je le suis devenue aussi. Ce qui me motive, c’est le bien-être des animaux, les bénéfices pour le climat et pour la santé. Moi aussi je suis un peu isolée dans ma démarche. À l’école, on se moque de moi, “ l’écolo ”… Mais ça m’est égal. Depuis septembre, je vais à Paris dans les manifs pour le climat, souvent seule. Mes parents me laissent, ils disent qu’ils n’ont pas le temps et que je suis un peu leur représentante ! »
Calixte, 15 ans, en seconde au lycée Racine, Paris VIIIe
« J’ai pris conscience de tout ça depuis l’automne. J’ai participé à la marche de vendredi dernier, déjà. Aujourd’hui, je ne savais pas que Greta allait venir. Elle est trop mignonne ! Avec Eva et Luca, on tranche dans le lycée, on nous appelle les “bobo-gauchos”. Deux ou trois copines nous ont accompagnées, mais c’est tout. On est un peu marginales, mais il faut garder l’espoir. Pour ma part, je n’étais pas très informée sur toutes ces questions. Mais on a la chance d’avoir une prof d’histoire très engagée, qui nous montre des documentaires sur Monsanto et les OGM, Nestlé et l’eau, etc. Elle ne le dit pas, mais je pense qu’elle soutient notre démarche de “grève de l’école”. »
Adelaïde, 18 ans, lycéenne à Namur (Belgique)
« Moi aussi, je suis un peu l’animal bizarre dans mon entourage. Depuis l’appel lancé par Greta à Davos, il y a un mois et demi, je me suis engagée à fond dans cette mobilisation pour la grève scolaire. Ça me prend tout mon temps libre, c’est un peu mon nouveau job ! Je suis en dernière année de lycée, et j’ai le bac à préparer. Heureusement, je suis soutenue par mes profs qui vont s’arranger, me disent-ils, pour le passage de mes épreuves. De toute façon, la bataille pour le climat, c’est plus important que le bac. »
https://www.politis.fr/articles/2019/02/le-climat-cest-plus-important-que-le-bac-40066/

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