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08-12-2017

 | L’Institut

" Le niveau baisse "

« La fréquence et l’unanimité des plaintes qui s’élèvent depuis quelque temps sur la faiblesse des élèves en français, les résultats d’enquêtes (…) prouvent surabondamment la réelle existence d’une crise du français. De toutes parts donc on s’inquiète de la gravité de l’état de choses actuel. »
Cette phrase est tirée d’un article paru en 1909 dans la Revue universitaire, une des principales revues consacrées alors en France à l’enseignement secondaire et à la formation de ses maîtres.

Le dossier du numéro 24 de Regards croisés est consacré à la question saillante et toujours d’actualité du niveau scolaire, qui est revenue au premier plan avec la publication des résultats de l’enquête PIRLS, dont plusieurs articles de notre dossier analysent le détail. Ce que montre l’article d’Hélène Gispert qui ouvre ce dossier et dont est tirée la citation ci-dessus, c’est que la déploration concernant la baisse du niveau est tout sauf nouvelle, et qu’elle n’est jamais indemne d’arrières pensées politiques ni du souci des classes favorisées de préserver leurs privilèges.

Notre dossier éclaire cette question sous des angles très divers, sans nier évidemment les inégalités intolérables reproduites, renforcées ou engendrées par notre système scolaire, mais sans non plus accepter naïvement l’interprétation qui est faite des données des évaluations internationales.

Il ouvre aussi sur des aspects souvent négligés, qui mettent en question la mesure elle-même. Peut-on mesurer le niveau des élèves comme on vérifie les niveaux d’une voiture ? Mesurer une hauteur et évaluer une personne en devenir, cela n’a rien à voir. Évaluer signifie donner une valeur. En un sens, c’est l’évaluation qui décide de ce qui vaut. Et ce qui vaut n’est pas forcément le plus important mais c’est le plus facile à mesurer quantitativement. Ainsi, doit-on envier les pays asiatiques qui sont très performants dans les enquêtes internationales mais qui sont aussi en tête des chiffres de dépressions, phobies et suicides d’élèves ? Ne faut-il pas se demander aussi comme le fait Eric Debarbieux si nos élèves sont heureux, s’ils s’investissent dans la vie de leur établissement, s’ils sont capable non seulement de retenir mais encore d’innover et de d’aller où on les attend pas ?

Car enfin, si le niveau scolaire était prédictif de la vie future, comment expliquer que les élèves en difficulté partout à travers le monde soient majoritairement des garçons, mais que ces mêmes garçons auront quelques années plus tard des postes plus élevés et mieux payés que leurs consœurs dont les résultats aux évaluations sont bien meilleurs ?

Évelyne B.R. présidente de l’IR-FSU

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