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14-06-2022

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Le peuple des femmes : Un tour du monde du féminisme

Par Fabienne Brugère et Guillaume le Blanc, Flammarion, Paris, 2022
Ce livre, écrit à deux voix, s’efforce de rendre compte de la façon dont le féminisme d’aujourd’hui s’invente un peu partout dans le monde à partir des pratiques des femmes. Il s’agit d’un tour du monde des pratiques féministes, une enquête de terrain au cours de laquelle ont été réalisés des entretiens avec des militantes, des artistes, des femmes engagées et des hommes concernés.

Au fil de l’ouvrage, l’on prend conscience, pour le cas où on ne l’aurait déjà fait, de l’urgence des luttes toujours à mener : le combat en faveur de la reconnaissance du droit à l’avortement - jamais acquis -, du droit à l’instruction des femmes – pas plus acquis que le précédent -, le refus des féminicides, des violences sexistes et sexuelles, du viol comme arme de guerre, de l’exploitation économique des femmes, de leur assignation à résidence, etc. La radicalisation du mouvement féministe étant là pour nous le rappeler.

S’agissant des pratiques féministes, les auteur.es ont identifié plusieurs types de logique à l’œuvre.

Des logiques de rupture comme le symbolise le geste d’Adèle Haenel quittant la salle au moment de la remise du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski accusé de viol par plusieurs femmes, ou la création de cité de femmes comme en Afrique, par exemple, dont les hommes sont exclus.

Des logiques d’expression, les collages, la grève, l’usage des réseaux sociaux (#metoo) donnant corps aux voix des femmes partout dans le monde.
On assiste également à l’apparition de nouvelles loyautés.

Longtemps, en effet, les femmes ont été loyales à l’égard des hommes. Avec le féminisme, apparaît de nouvelles loyautés à l’égard des femmes elles-mêmes, en particulier à l’égard des savoirs d’expérience qu’elles ont pu acquérir au cours de l’histoire et qui concerne les activités de soin, qu’il s’agisse des soins dispensés aux personnes ou à la nature. Historiquement, ces activités ont fait l’objet d’un déni, à la fois non reconnues comme un travail à part entière et invisibilisées, quand elles ne donnaient pas lieu à des chasses aux sorcières. Redonner à ces savoirs leur pleine légitimité constitue donc un enjeu éthique et politique par rapport au statut des personnes mais aussi bien un enjeu écologique, le soin constituant un modèle alternatif à la mise à sac de la planète par le capitalisme planétaire (écoféminisme).
A travers ces pratiques, se dessine, peu à peu, un projet politique, celui d’un peuple inclusif, redonnant aux femmes – mais pas seulement – qu’elles soient du sud ou du nord, leur pleine puissance d’agir, mais également la pleine légitimité de leurs savoirs acquis au cours de l’histoire ; un peuple où le féminisme transnational, l’anti-racisme, la lutte de classe, l’écologie, s’allient, au nom d’une exigence de liberté, d’égalité et d’un mieux vivre, pour construire un contre-modèle aux sociétés patriarcales, néolibérales et réactionnaires.

Un tour du monde qui mérite qu’on s’y arrête…

Note de lecture de Marie-Hélène Luçon du chantier "Travail"

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