Accueil du chantier  > Etapes de la recherche

Travail et formation

Le stage FSU- FPQE de novembre 2015

Le stage FSU du mois de novembre co-construit par l’IR-FSU et la FSU (plus précisément avec son groupe formation professionnelle-qualification-emploi) clôturait la première étape du parcours de recherche formation-travail.
Voici non pas un compte-rendu mais les éléments d’une problématique et d’un premier bilan.

Du travail comme fil directeur…

Mettre au centre du débat social, donc politique, le travail et sa qualité devrait permettre de faire éclater un carcan, celui de l’emploi, qui enferme toute réflexion alternative depuis trop longtemps. Les politiques suivies depuis plus de trente ans en son nom ont en effet consacré le recul des droits sociaux et démocratiques. On sait que le niveau de chômage demeure élevé, que le lien social se défait, et que les conséquences s’en avèrent redoutables dans de nombreux domaines, dont celui du système éducatif.

L’école n’est plus pensée comme émancipatrice. Sommée de produire et de classer des jeunes diplômés, elle devrait les rendre « employables » et « acteurs de leur parcours » avec comme seule perspective d’intégrer, au cours d’un long processus d’« insertion », un marché de l’emploi fortement dégradé. Par la magie d’un renversement du raisonnement, le chômage structurel ne devrait rien aux politiques publiques restrictives ni aux formes de concurrence exacerbées, pas plus qu’aux inégalités profondes ainsi générées, mais tout à l’échec de l’école, du service public et du principe d’égalité.

Dans un contexte où les formes d’emplois atypiques se développent, et où un volant important de chômage perdure, le travail, de plus en plus contraint, devient « empêché », voire impossible.

C’est précisément dans le travail que l’homme ou la femme peut déployer sa créativité, son humanité, sa liberté. Malgré la subordination du contrat de travail, malgré la volonté managériale d’enfermer tout salarié dans une cage prescriptive, tout(e) travailleur(e) invente, crée, « renormalise » pour faire son travail malgré tout. C’était déjà le cas de l’ouvrier (ière) à la chaine, comme l’ont démontré depuis longtemps les ergonomes.
Pour économiser son corps, pour ne pas retarder le geste professionnel suivant, pour travailler tout simplement, tout salarié déploie sa compétence et sa liberté. C’est cette compétence que le management actuel essaie de saisir, d’évaluer, et d’enfermer dans la quantification bureaucratique, tentant ainsi d’empêcher le déploiement de la liberté. Ce qui ne l’empêche nullement de magnifier dans le discours l’autonomie de chacun. La pensée dominante reste enfermée dans ses contradictions et ses impasses : si le travail est abîmé, sans cesse entravé, nulle production de qualité ni innovation ne peuvent véritablement se développer.

... aux enjeux de la formation

{{}}

Sur la question du travail mais aussi celle de la formation se nouent aujourd’hui des enjeux majeurs. Sortir par le haut de la crise devenue aujourd’hui systémique exige un changement de paradigme, au-delà de choix alternatifs à construire pas à pas.

Dans un contexte défavorable, le syndicalisme a pourtant déjà ouvert la voie, autour de la question de la sécurité sociale professionnelle (SSP). Ce concept reste à approfondir, notamment en s’éloignant de la conception d’une sécurisation ou flexi-sécurité des parcours au sein d’un patchwork d’emplois de plus en plus dégradés dont le « mini-job » à l’allemande ou le contrat « zéro heure » constituent les derniers avatars. La SSP doit ainsi porter plus nettement la perspective d’un travail transformé et à terme, libéré, construire dans le même temps ses différents piliers au plus près de l’activité professionnelle, tout en jouant la carte de l’élargissement des droits collectifs des salariés pour y parvenir.

Le droit à l’éducation et à la formation – laquelle ne peut être définie dans le sens bien trop étroit de « professionnelle » – constitue l’un des fondements de la SSP.

Démocratiser l’accès aux savoirs et à la culture, réduire fortement les inégalités pour y parvenir, porter la question des qualifications et des compétences, c’est former les femmes et les hommes, les travailleur(e)s, les citoyen(ne)s. C’est se placer dans la perspective du rôle émancipateur de l’éducation et de la connaissance comme fondement d’une démocratie sociale et politique profondément renouvelée. C’est se donner comme perspective de construire pas à pas l’école démocratique dans la perspective du changement social que nous souhaitons.

Émancipation par la formation et travail libéré sont étroitement liés.

La démarche présentée nécessite tout à la fois d’adopter un positionnement résolument offensif en termes d’orientation ou de stratégie syndicale – au niveau « macro » – et d’avancer pas à pas pour construire les revendications au plus près de l’activité professionnelle – au niveau « micro », avec les travailleurs en situation dans les différents métiers et entreprises pour lesquels et avec lesquels il faut penser une formation ; mais également au plus près de celle des formateurs.

Une telle conception, celle de la dialectique du « macro » et du « micro », devrait aider au renouvellement des pratiques syndicales ou dit autrement, du « travail syndical ». Elle entend résolument se situer dans le continuum de ce qui fonde le syndicalisme, notamment la prise en compte des réalités sociales, dont le travail est le centre, dans toute leur épaisseur. Il s’agit ainsi d’assurer non seulement la défense du salariat, mais tout autant de concourir à faire advenir les transformations souhaitables.

Le stage a été conçu pour réaliser le croisement entre savoirs académiques d’une part et expériences comme savoirs syndicaux d’autre part.
Sur les sujets évoqués, le champ formation-emploi-travail, on sait la production académique prolifique. Les rapports ou études produits à la demande institutionnelle foisonnent. Il est certes difficile, voire impossible, d’en avoir une connaissance d’ensemble. Mais il fait peu de doute que les grandes lignes de ces recherches se situent généralement aux antipodes de leurs traductions politiques et médiatiques, qu’il s’agisse de l’éternelle incantation à l’adéquation formation-emploi, ou d’une manière générale de tous ces lieux communs si souvent avancés sur l’apprentissage ou l’orientation.

Il en est autrement quand le syndicalisme se donne comme objectif de travailler ces questions en croisant la recherche et sa propre expérience, en tentant d’effectuer en quelque sorte son propre « benchmarking » en invitant un syndicaliste allemand sur le sujet de l’apprentissage.

Confronter ces expertises et débattre devrait sans doute participer à la circulation des savoirs constitués à l’instant T entre chercheurs et syndicalistes, mais aussi permettre de co-produire des savoirs nouveaux.

Ces tentatives ne sont pas nouvelles. C’était celle d’Odonne aux usines Fiat [1] et de son concept de « communauté scientifique élargie » pour analyser le travail dans la bouillonnante Italie et ses originales mobilisations en faveur de l’autonomie ouvrière à la fin des années 60, celle de l’ergologie ou encore celle de la clinique de l’activité.

Sans doute l’IR-FSU pourrait-il ainsi parfaire son rôle de « passeur » entre le monde académique et syndical, et vice-versa, tout en participant, à sa mesure et à sa juste place, à cette aventure. Très certainement aussi, tout n’est pas dit dans cet article. Si son cadre modeste ne permet pas d’aller au-delà, on aura compris que son objectif était d’ouvrir le débat.

Josiane Dragoni, décembre 2015.

Poursuivre la réflexion…

Le site de l’IR-FSU

http://institut.fsu.fr/Problematique-1871.html

http://institut.fsu.fr/La-necessaire-transformation-du-travail-1865.html

http://institut.fsu.fr/Qu-est-ce-qu-un-referentiel.html

http://institut.fsu.fr/Quelle-formation-pour-la-qualite-au-travail.html

Le site de l’ergologie qui renvoie à de nombreux travaux, notamment d’Yves Schwartz
http://www.ergologie.com/

Le note ci jointe à cet article d’Yves Baunay sur la totalité du stage

Envoyer à un ami  Version imprimable de cet article Version imprimable

rechercher dans le chantier