02-09-2019

 | GRAPHIQUE

Le taux de syndicalisation se stabilise à un niveau très faible

Un salarié sur dix seulement adhère à un syndicat en France. Le taux a chuté de 30 % à 17 % dans les années 1950, il est ensuite resté assez stable jusqu’à la fin des années 1970, puis a dégringolé à nouveau pour atteindre 10 % au début des années 1990 selon les estimations du ministère du Travail. Depuis, le taux est resté à peu près au même niveau, autour de 11 % (données 2016, nouvelle série depuis 1996).

Les écarts de taux de syndicalisation sont très grands selon les secteurs d’activité et les entreprises. Dans le secteur privé, ce taux est de l’ordre de 8,4 %, contre 19,1 % dans le secteur public, selon le ministère du Travail qui n’a publié aucune analyse sur le sujet depuis 2016, sauf l’actualisation du taux de syndicalisation 1. La proportion ne serait que de 5 % dans les entreprises de moins de 50 salariés et encore très inférieur dans les plus petites entreprises. Cette faiblesse constitue un lourd handicap en matière de dialogue social : la négociation s’en trouve déséquilibrée ; les accords passés ont une légitimité moindre que dans les pays où plus de la moitié des salariés adhèrent à une organisation syndicale.

Se syndiquer n’a guère d’avantages en France. Les syndicats négocient pour tous les salariés, pas seulement pour leurs adhérents. Les non-syndiqués laissent ceux qui le sont défendre leurs droits, pour en retirer ensuite les bénéfices. Adhérer peut même être nuisible à la carrière et la rémunération des intéressés dans certaines entreprises. Pour les salariés, le syndicat offre peu de services concrets. En France, leur place dans le dialogue social ne dépend pas du nombre d’adhérents, mais des résultats aux élections professionnelles (délégués du personnel et comités d’entreprise, aujourd’hui remplacé par le comité social et économique). Au bout du compte, des structures peuvent être reconnues comme représentatives malgré un petit nombre d’adhérents et se retrouver à la table des négociations au niveau national.

Les transformations structurelles de l’emploi jouent aussi. Le déclin des grandes entreprises industrielles a affaibli les bastions syndicaux. La persistance d’un chômage de masse et de la précarité du travail a rendu encore plus difficile l’adhésion à un syndicat. Selon le ministère du Travail, 3 % des salariés en CDD et 1 % de ceux en intérim sont syndiqués. Enfin, la division en plusieurs confédérations très politisées – ce qui est spécifique à la France – limite les capacités d’action des syndicats qui n’ont pas su s’adapter aux transformations de l’emploi et notamment convaincre les jeunes générations de la nécessité de se syndiquer. 3,3 % chez les moins de trente ans adhèrent à un syndicat contre 15 % des 50 ans ou plus.

Il est vrai que la proportion de syndiqués n’a jamais été très élevée dans l’Hexagone. La France est le pays riche où le taux est le plus faible : 8 % selon les données 2014 de l’OCDE 2, soit deux fois moins que la moyenne des pays riches. Dans les pays du nord de l’Europe, le taux de syndicalisation dépasse les 50 %. Même aux Etats-Unis, la part de salariés syndiqués est supérieure à la France (11 %). Au Royaume-Uni, un quart des salariés adhèrent à un syndicat.

Notes :

« La syndicalisation en France », Dares Analyses n°25, mai 2016. ↩
Les données du ministère ne sont pas issues de la même enquête que celle de l’OCDE, ce qui explique l’écart ↩

http://www.observationsociete.fr/travail/donnees-generales-travail/une-france-tres-peu-syndiquee.html

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