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Vie syndicale dans la fonction publique

Le vote FN chez les enseignants : réflexions statistiques

Par Laurent Frajerman
Quelques réflexions sur les aléas des statistiques du vote FN chez le enseignants. En complément de cet article : "Le vote FN des enseignants, une bulle médiatique ?"
https://theconversation.com/le-vote-fn-des-enseignants-une-bulle-mediatique-76182

Quelle part de l’électorat frontiste ?

Les enseignants, secteur privé compris, sont 850 000. Sur la base d’un score de 7,55 % et d’une abstention de 20 %, le nombre d’électeurs potentiels du FN s’approche de 50 000.

Sur la base d’un score de 25 % et d’une abstention de 30 %, Marine Le Pen recueillerait 7 800 000 voix pour l’ensemble des électeurs. L’enjeu du vote enseignant concerne donc 0,6 % des voix du FN et est purement symbolique.

Des sondages intéressants, mais flous

Ce phénomène est connu uniquement par le biais des sondages. Les militants frontistes sont rares, aucun signe extérieur n’est perceptible.

Il faut se garder de surinterpréter des sondages qui restent rares pour cette partie de la population, d’autant que la marge d’erreur n’est pas à négliger, même quand l’échantillon est aussi important que celui du Cevipof (1500 enseignants, contre 700 à 800 pour les sondages IFOP habituels). En effet, les scores du FN étant faibles, la marge est quand même de 1,5 %, ce qui rapporté au chiffre estimé est considérable (au moins un cinquième de l’estimation du CEVIPOF en février 2017, alors que pour Emmanuel Macron, donné à 29 %, la marge d’erreur représente 8 % du score). Ainsi de 2012 à 2015, il faudrait écrire que le score du FN est passé de [3,5 % à 6,5 %] à [8 % à 11 %]. Il est tout aussi juste scientifiquement d’annoncer un progrès négligeable (+ 20 %, de 6,5 % à 8 %) que considérable (triplement, de 3,5 % à 11 %).

De ce fait, les sondages IFOP et CEVIPOF ne donnent pas le même score au FN en 2012 (5 % contre 3,8 %). Pour 2007, un sondage IFOP réalisé en avril lui donne 4 % alors qu’un sondage sorti des urnes pour CSA annonce 7 % (avec un échantillon faible de 300 enseignants, mais la population est homogène, la marge d’erreur est de 2,5 %). De plus, il est délicat de comparer les scores aux élections régionales (9 % pour le FN), caractérisés par une forte abstention, avec ceux des présidentielles, plus mobilisatrices. Un grand nombre de journalistes s’y risquent néanmoins.

Quid du privé ?

Quelle influence accorder au vote des enseignants du secteur privé, nettement moins à gauche que ceux du public ? Après la manif pour tous, la question se pose. Cependant, les chiffres et les échantillons étant faibles (IFOP février 2007, environ 160 enseignants du privé, IFOP Atlantico juin 2015, 120 professeurs du secondaire privé), les indications des sondages disponibles sont à prendre avec précaution. Il semble que le vote FN reste stable autour de 6 %, sans doute sur une base catholique traditionnaliste, tandis que le FN progresserait clairement dans le secteur public.

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