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L’école et ses critiques

Les politiques scolaires mises en examen

- IDENTIFICATION
Titre : Les politiques scolaires mises en examen, Onze questions en débat. Auteur : Claude Lelièvre Editeur : E.S.F. Date de parution : 2002 (actualisée en 2008) Genre : Ouvrage scientifique (histoire de l’Education)

II – CONTENU

Historien de l’éducation, Claude Lelièvre se propose d’examiner les politiques scolaires de la Cinquième République, successivement mises en œuvre par ses ministres de l’Education nationale, ses premiers ministres, et ses présidents de la République.

(L’édition actualisée parue début 2008, permet de couvrir toute la période allant jusqu’à l’élection présidentielle de 2007).

Ces politiques scolaires décidées et conduites nationalement et, plus encore, présidentiellement, sont abordées à partir de onze problématiques :

La violence à l’Ecole, L’illettrisme, Les rythmes scolaires, Les langues vivantes à l’école primaire, L’informatique pour tous, La résistible réforme du collège, Une langue morte en sursis ? Le baccalauréat et l’entrée à l’Université, La scolarisation de la formation professionnelle et l’apprentissage, Centralisation et décentralisation, Sectorisation et désectorisation.

Chacune de ces « questions » fait l’objet d’un chapitre. Ces 11 chapitres sont précédés d’un avant-propos et suivis d’un chapitre conclusif et d’un précieux index des noms cités.

Dans l’Avant–propos et dans le chapitre final « Pour conclure », Cl. Lelièvre dépasse les limites chronologiques en évoquant l’élection présidentielle dernière, en citant des extraits de la lettre du nouveau président de la République aux enseignants, en publiant intégralement le projet législatif adopté par l’U.M.P. en 2007 (Pour la législature 2007 – 2012 et sous le titre « Education : le devoir de réussite »), en évoquant de premières mesures sarkoziennes (L.R.U. de 2007). Dans son chapitre conclusif, enfin, Cl. Lelièvre, après avoir souligné la continuité d’engagements sur les questions scolaires des présidents de la République successifs de la Cinquième République, et une certaine continuité des contenus et des politiques suivies, s’interroge sur la pérennité même de la notion de politiques scolaires nationales, à l’heure de la décentralisation institutionnelle, de la déconcentration administrative, et de la désectorisation de la carte scolaire. Sans tout à fait répondre à la question posée, Cl. Lelièvre souligne le fort engagement personnel de Nicolas Sarkozy, dans ses déclarations de début de mandat. Les propos tenus lors de la première conférence de presse à L’Elysée, le 8 janvier 2008 : « La politique de civilisation s’exprimera dans l’école […] Je m’impliquerai personnellement […]. Quelles que soient les difficultés, nous n’avons plus le droit de reculer […] » semblent bien, aux yeux de l’historien, rendre plus probable un désengagement politique national des questions scolaires*.

III - COMMENTAIRE

Les qualités du livre sont celles ordinairement reconnues aux ouvrages de Cl. Lelièvre : richesse et rigueur de la documentation ; objectivité de l’appréciation des politiques ; simplicité et clarté de l’exposition. Cl. Lelièvre continue à produire une mise en histoire de l’Ecole républicaine, d’autant plus intéressante qu’elle est régulièrement actualisée (Cl. Lelièvre n’hésite d’ailleurs pas à intervenir, périodiquement, sur des sujets brûlants de l’actualité scolaire).

Qualités donc, mais, peut-être aussi, limites d’une histoire institutionnelle, certes attachée à décrire les décisions du Pouvoir en matière scolaire et leurs mises en œuvre effectives… mais tendant à gommer les évolutions sociales structurelles, les motivations profondes, les rapports de force réels… trop souvent neutralisés.

Il faut préciser que cette « neutralisation », relative n’empêche pas que, dans le champ institutionnel, les oppositions, les contradictions, y compris au d’un même camp politique sont plutôt dites* (cf. les positions respectives de De Gaulle et de Pompidou sur le collège) ; les positions des syndicats sont évoquées (par exemple, le S.N.P.D.E.N. et la violence scolaire) et les conclusions sont parfois sans indulgence sur les politiques suivies.

Mais l’impasse faite sur le substrat, notamment sociologique, des politiques institutionnelles, permet-il totalement de comprendre les évolutions en profondeur de notre société, telles qu’elles modèlent, au moins tout autant que les politiques, l’institution scolaire ?

Ces « limites », qui ne sont pas des défaillances mais des choix, n’empêchent pas que le livre soit indispensable à quiconque veut, pour comprendre les enjeux actuels, les resituer dans une continuité. Les choix des « 11 questions » (choix aux critères d’ailleurs peu évidents) ne facilitent pas cette contextualisation. Mais ce qui est dit du rôle de l’Etat, de la décentralisation et du localisme, de l’Université et de l’autonomie… est totalement en phase avec les débats de l’heure. • A quelques silences retentissants près : sur le rôle des communistes dans les débats scolaires de la 5ème République est totalement passé sous silence. D’une façon générale les luttes sociales sont peu prises en compte.

IV - APPRECIATION

Compte tenu de l’éventail des questions mises en débat, l’ouvrage peut être référé : secondement : au thème A : « Ecole intégration/Ecole libératrice », au thème C : « Ecole insipide/Ecole de la joie d’apprendre », (encore que les références aux contenus soient peu nombreuses et peu traitées dans une optique culturelle). au thème D : « Ecole inefficace/Ecole adaptée » (formation professionnelle – apprentissage…).

Mais les parties les plus fortes de l’ouvrage apparaissent relever du thème B : « Ecole inégalitaire/Ecole de l’égalité des chances » (chapitre notamment sur le collège unique) et du thème E : « Ecole institution/Ecole ouverte », notamment dans le chapitre sur la décentralisation.

Le chapitre sur la violence scolaire apparaît particulièrement éclairant sur la façon dont se construit un objet de débat et se développent les discours sur cet objet – description de l’objet et discours sur l’objet se substituant d’ailleurs aux pratiques réelles de modification de cet objet.

Mais l’ouvrage tout entier apparaît bien marqué par une surestimation du rôle des décideurs et par une sous-estimation des structures et des conflits, et propose bien un discours sur la constitution et les modifications des politiques scolaires.

M. Deschamps, mai 2009

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