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L’école et ses critiques

MALAVITA

IDENTITE
TITRE : MALAVITA
AUTEUR : TONINO BENACQUISTA
EDITEUR : FOLIO - GALLIMARD
DATE : 2004
GENRE : ROMAN (PARA – POLAR)

2 RESUME

« Une famille d’Américains s’installe à Cholong-sur-Avre en Normandie. Fred, le père, se prétend écrivain et prépare un livre sur le Débarquement. Maggie, la mère, est bénévole dans une association caritative et se surpasse dans la préparation des barbecues. Belle, la fille, fait honneur à son prénom. Warren enfin a su se rendre indispensable pour tout et auprès de tous ».

Cette présentation de la quatrième de couverture omet l’essentiel. « MALAVITA », LA MAUVAISE VIE, est le titre du roman et le nom de la chienne qui veille sur la famille ; c’est aussi un des nombreux noms que les Siciliens ont donné à la mafia (à côté de « On revole società », « la pieuvre », la « cosa nostra »). Le père, ex-mafieux repenti, a donné son clan. Recherché depuis par toute la mafia, il est « sorti » des Etats-Unis (« dans le cadre du plan Witsec ») et installé en France sous une fausse identité, surveillée et protégée en permanence par trois agents du F.B.I., la famille est donc vouée à un silence total sur ses origines. Face à la curiosité envahissante d’une petite ville intriguée par ses étrangers, face aux pièges de l’intégration sociale qui commettra l’imprudence fatale ? L’imprudence a lieu. Le piège se referme. Une équipe de dix tireurs débarque à Cholong-sur-Avre et transforme à leur détriment final la fête du village en boucherie sanglante.

3 COMMENTAIRES

A priori ce « para - polar » est totalement étranger aux préoccupations de notre chantier. Sauf que l’Ecole se révèle être le deus machina de l’intrigue. Obligée à une socialisation minimum, la Famille développe trois types d’activités : le père découvre, dans la maison, une vieille machine à écrire et s’autoproclame écrivain, la mère devient bénévole à l’Antenne Eure du « Secours populaire français », enfin et de façon plus attendue, les deux enfants vont au lycée de Cholong : « Belle et Warren débarquent dans une classe en fin de deuxième trimestre, quand le sort de chacun est déjà joué ». Deux brefs incidents révèlent la nature du climat scolaire haut-normand : « Dès le premier jour », Warren est taxé d’un billet de dix et se voit réclamer la même somme pour le lendemain, « comme un droit d’entrée au lycée Jules Vallès » ; Belle est embarquée dans « une vieille R5 gris métallisé » et plu ou moins menacée de violence par trois grands élèves. Bon sang ne saurait mentir : Warren fait corriger ses trois racketteurs et devient le quasi « parrain » du lycée ; Belle casse le nez de ses (timides) agresseurs et arrache presque) l’oreille du second, avec sa raquette de tennis. Totalement intégrés, Warren et Belle sont pourtant très loin d’une rédemption par la scolarisation et le savoir. Warren ne peut refuser pour le journal du lycée. Pris de court, il brode autour d’un jeu de mot d’un vieux mafieux de son enfance : Godounov good enough n’Bis Godounov ? It’s good enough for me. [La façon dont la « Gazette de Jules Vallès » parviendra via Bangkok et Los Angeles, dans les mains de ce mafieux, jeté dans une prison américaine par les dénonciateurs du père, est une merveille d’invention ???]. « L’Ecole ne sauvera donc pas Belle et Warren. Tout au contraire, après avoir joué le jeu scolaire, les deux adolescents voient leurs vies menacée ! Ils trouvent leur salut et leur épanouissement ailleurs : Warren en abattant deux des agresseurs de son père avec un fusil mitrailleur, Belle en présentant la saga familiale à la télévision. Retenons, enfin, pour le Chantier, ces deux annotations, singulières et significatives : « Depuis l’enfance, Warren avait une fâcheuse tendance à se bricoler une scolarité à la carte. A force de se projeter dans l’âge adulte, il avait opéré sur un certain nombre de choix dans son éducation afin, selon lui, de se consacrer à l’essentiel ».

« En classe, curieuse de tout, [Belle] ne négligeait aucune matière, et pas un professeur au monde, ni même ses propres parents, n’auraient pu imaginer sa principale motivation, embellir ».

Michel DESCHAMPS

4 septembre 2009

Post-Scriptum
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