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L’école et ses critiques

METHODOLOGIE DE FICHES DE LECTURE par Michel DESCHAMPS

I - IDENTIFICATION

Titre de l’ouvrage
Nom et prénom de l’auteur
Références de l’éditeur
Date de parution
Genre (Essai général ; ouvrage scientifique ; analyses et positions syndicales ou politiques ; témoignages et mémoires d’acteurs ; roman…) (reportage TV) ‘films)…

II – CONTENU

Bref résumé de l’ouvrage (quelques lignes ; type 4ème de couverture)
Principaux thèmes traités (en relation avec la problématique du chantier).

COMMENTAIRE

Engageant la subjectivité de l’auteur de la fiche, il devrait être une mise en débat des apports susceptibles d’éclairer la réflexion collective des membres du chantier en soulignant éventuellement ce qui apparaît comme un apport nouveau à la pensée critique de l’institution scolaire.


Je fais la proposition de référer ces principaux thèmes aux approches « traditionnelles » des discours sur l’Ecole, en fonction de la classification suivante :

A – « L’ECOLE INTEGRATRICE » versus « ECOLE LIBERATRICE »
« Intégratrice » renvoie ici à la critique radicale de l’Ecole comme dispositif politique d’Etat, destinée à l’insertion des classes populaires dans la société bourgeoise, à la reproduction de la force de travail, à la police des esprits. Par opposition à la fonction « émancipatrice » de l’Ecole, de l’instruction et de la diffusion d’un savoir censé être rationnel, neutre et universel. Cette approche incite à réfléchir aux contradictions fondamentales de l’Etat-éducateur, à poser la « question de l’Ecole » (avant même d’examiner les « questions scolaires ») comme question d’abord politique.

B – « ECOLE INEGALITAIRE » vs « ECOLE DE L’EGALITE DES CHANCES »
La sociologie critique des années soixante a profondément renouvelé l’approche des inégalités et sociales de l’Ecole. Il n’est pas possible de confondre la démocratisation avec le seul développement de la scolarisation ou de considérer l’échec scolaire comme le résultat naturel d’un processus purement individuel. La démocratisation interroge aujourd’hui les mécanismes de la méritocratie, de l’ascension sociale et de la socialisation mais aussi les processus qui, dans l’Ecole elle-même, génèrent les ségrégations.

C – « ECOLE INSIPIDE » vs « ECOLE DE LA JOIE D’APPRENDRE »
Il s’agit d’interroger la vacuité de sens d’une Ecole académique, coupée des grandes œuvre de l’esprit et qui semble avoir autant peur du corps que de la psyché, de la pensée inventive que de la création. Par opposition ceux qui refusent cette école « des-œuvrées », qui veulent faire place dans l’Ecole à l’admiration, (autant qu’à la démonstration et à l’argumentation) se heurtent à la tentation de l’élitisme, à la pluralité culturelle, à la diversités des œuvres humaines. Ces approches reposent la question des savoirs, de leur « mise en discipline », des supports d’enseignement, des relations avec les « producteurs d’œuvres ».

D – « ECOLE INEFFICACE » VS « ECOLE ADAPTEE »
Sans doute pourrait-on envisager de distinguer la mise en cause de l’aptitude de l’Ecole à répondre aux « besoins de la société » : son adaptation, de celle de son efficacité à atteindre les objectifs qu’elle se fixe. Mais l’insistance mise sur la fonction instrumentale de l’Ecole (sa capacité à répondre aux besoins de l’appareil productif) et l’approche managériale, (insistant sur la rationalisation du système éducatif), apparaissent largement nées des mêmes sources d’inspiration, et convergentes dans leurs effets. Elles semblent sanctionner une rupture de l’identification des contenus de l’Ecole à la seule culture scolaire « désintéressée », et une cassure du consensus social autour de l’investissement éducatif de masse. Mais elles posent aussi la question des enjeux sociaux du savoir, des relations entre savoir et savoir-faire, de l’aptitude de l’Ecole à se situer dans la diversité des attentes intellectuelles, culturelles, sociales qui lui sont adressée, elles posent aussi la question d’une laïcité qui peut, moins que jamais, se laisser identifier à la neutralité.

E – « ECOLE INSTITUTION » vs « ‘ECOLE OUVERTE »
Parce qu’elle est institution l’Ecole est légitimée à produire les normes et les règles qui lui permettent, tout à la fois, d’organiser en son sein la vie en communauté et de permettre l’appropriation des savoirs. Lieu clos, elle s’est construite sur la base d’une neutralisation des milieux d’appartenance des jeunes, d’un déni des allégeances particulières (locales, linguistiques, religieuses, politiques…).

Elle est aujourd’hui confrontée à la délocalisation de la gestion (décentralisation – autonomie de l’établissement), au développement des partenariats au sein de la communauté scolaire, en même temps qu’à la diversification de ses publics et de ses propres normes professionnelles.

Il va de soi que ces « 5 I » : Ecole intégratrice – Ecole inégalitaire – Ecole insipide – Ecole inefficace – Ecole institution ne vous sont proposés qu’à titre indicatif et simplement dans l’espoir qu’ils puissent nous aider à référer rapidement les discours et les jugements dominants des ouvrages que nous avons retenus. La véritable fonction de cette catégorisation est d’ailleurs de nous aider à repérer plus facilement les éléments nouveaux de discours (ou la combinaison ou la hiérarchisation nouvelles des éléments anciens).

Michel DESCHAMPS 18 – 11 – 08

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