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Nouveau management public

Manager ou servir ?

Les Services Publics aux prises avec le Nouveau Management Public

Les services publics sont au cœur des préoccupations des Français. Lors de la crise récente, ils ont fonctionné comme un bouclier, atténuant les effets dévastateurs de celle-ci sur les citoyens. Dans les discours gouvernementaux, les services publics sont également centraux. Sans jamais les attaquer de front, on prétend vouloir les pérenniser en les rendant plus efficaces et plus responsables. Ce petit livre s’interroge sur la réalité des effets des politiques du Nouveau management public sur les agents des services publics et en particulier sur ses cadres intermédiaires. Dans les domaines de la santé, de la justice, de l’éducation, faut-il désormais choisir entre manager et servir ? Les professionnels de ces domaines disent tous à quel point la LOLF et ses corollaires ont fait évoluer leur travail. Leur sentiment est d’être constamment entre le marteau et l’enclume, constamment aux prises avec des injonctions paradoxales : faire plus avec moins, être plus autonome tout en étant confronté à des prescriptions centralisées impératives. Cet ouvrage souligne aussi les capacités de résistance des corps professionnels et de l’institution, capables d’inventer des modalités d’actions et de services nouvelles.

Sommaire

  • Avant-propos : Le diable est dans les détails (genèse et idée force du livre) : Evelyne Bechtold-Rognon
  • Introduction : Thomas Lamarche

Un des leviers de la transformation de l’éducation est le gouvernement par l’efficience, le pilotage par les résultats. Mais ce qui caractérise les services publics, c’est une temporalité spécifique : le résultat de l’action n’est pas immédiat. L’efficacité d’un apprentissage ou d’un soin par exemple ne peut être évalué sans attendre ni hors de son contexte social.
De fait, les professions résistent, et refusent les transformations comportementales qu’induisent les différentes formes de salaire à la performance.
Face aux profondes modifications produites par le Nouveau management public dans le secteur public en général et l’éducation en particulier, nous cherchons ici à analyser les dynamiques en œuvre et leurs conséquences sur les services et leurs personnels et de repérer les résistances porteuses d’avenir. Face à une idéologie de la concurrence et de la défiance vis à vis des professions, un autre modèle est possible, fondé sur l’intérêt général et la confiance.

-* 1. Continuités et ruptures de l’Etat :

  • - Romuald Normand : Le NMP : nouvelle norme du néo-libéralisme ?

Le point de vue de Romuald Normand est que le NMP opère une transformation en profondeur de l’administration publique. Cependant son appréhension est souvent difficile, car ce changement se manifeste par des actions apparemment contradictoires de décentralisation et de centralisation.
Trois axes de transformation sont constants : mise en concurrence, révisions des procédures budgétaires et primat de la performance.
L’exemple du Royaume-Uni nous permet de comprendre comment s’opère dans les détails cette mise en œuvre complexe. Au-delà de la mise en évidence les présupposés idéologiques, la situation britannique montre aussi les impasses et les échecs de cette conception de la gestion des services publics.

  • - Christophe Ramaux : Le néo-libéralisme n’a pas tout emporté

Selon Christophe Ramaux, il est nécessaire de percevoir qu’au-delà des transformations du Management, l’État social demeure fondamentalement... Cette thèse ne nie pas les redoutables coups que le néo-libéralisme a porté aux services publics, mais montre aussi les fortes continuités. L’État social est déstabilisé, mais dans le même temps, la crise actuelle met en pleine lumière le bilan accablant des réformes néolibérales et ses erreurs de jugement.

- * 2. Figures de managers :

  • - Xavier Pons : Les inspecteurs : un vieux corps d’Etat conquis par le management ?

En 1989, la loi d’orientation du 10 juillet confie aux Inspecteurs Généraux la mission de procéder à « des évaluations départementales, académiques, régionales et nationales ». L’objectif est de les transformer en managers de la réforme de l’Éducation nationale. Une analyse fine montre cependant que le corps recrute toujours principalement à l’intérieur du secteur éducatif, et que les demandes de formation à l’audit d’organismes publics restent ponctuelles. Les méthodes de travail des IG n’ont pas changé de manière radicale avec le passage à une logique d’évaluation, ils restent opposés au tout quantitatif. Autrement dit, malgré de réelles inflexions, le corps n’a été modifié radicalement ni du point de vue de sa composition interne, ni de ses méthodes d’analyse.

  • - Agnès pelage : Les directeurs : la fabrique des cadres.

Depuis 2001, les principaux de collèges et les proviseurs de lycées, ainsi que leurs adjoints, appartiennent à un corps spécifique. L’objectif de la réforme est de rompre avec le modèle de formation par les pairs, de les faire passer d’une « culture d’établissement » à un « sentiment d’appartenance académique » et d’individualiser les carrières. Agnès Pélage montre que si les gains en termes de reconnaissance sociale et de rémunération sont évidents, le coût professionnel de ces changements est élevé : le travail des chefs d’établissement est de plus en plus étroitement encadré, leurs pratiques normalisées, leur mobilité contrainte. C’est un corps en grande souffrance, à qui l’ont demande de rompre clairement avec sa profession d’origine.

  • - Michel Blay : Université, l’obsession des indicateurs.

La mise en place d’indicateurs extérieurs a profondément heurté le monde de la recherche. Pour Michel Blay, l’instauration d’une mesure quantitative myope, en lieu et place de l’évaluation qualitative réfléchie par les pairs, méconnait et menace l’essence même du savoir et de la recherche.

-* 3. Les Services Publics à l’épreuve :

  • -Frédéric Pierru : Santé, sous le marché la technocratie.

Frédéric Pierru montre que, contrairement à une idée largement répandue, le Nouveau management public dans le domaine de la santé ne se traduit pas par un désengagement de l’État, mais à l’inverse par le renforcement et la centralisation de l’État sanitaire. D’une certaine façon, l’État se dissimule derrière le marché, pour dynamiter par la technique et la bureaucratie les professions de santé.

  • - Thierry Kirat : La LOLF et l’administration de la justice judiciaire

La LOLF et toute une série de réformes conjointes ont pour objectif déclaré de rendre la justice plus autonome, efficace et capable de répondre aux attentes des citoyens. Mais en réalité, plaide Thierry Kirat, le principal résultat perçu est un accroissement des contraintes et des pressions, qui se traduit par une diminution du temps que les personnels judiciaires peuvent consacrer aux justiciables.

  • - Denis Paget : Ecole, obéir aux ordres ou faire son métier ?

Ce qui caractérise les politiques éducatives en France depuis 30 ans selon Denis Paget, c’est une polarisation sur le niveau de l’établissement, qui a pour effet collatéral de renoncer à l’unité du service public d’éducation. L’instauration du socle commun modifie en profondeur le métier d’enseignant, faisant intervenir la décision politique sur les contenus et les pratiques.
Le Nouveau management public se manifeste donc dans l’Éducation nationale par un double mouvement qui lui est propre, alliant autoritarisme local et interventionnisme de l’État.

- * Post-face : Bernadette Groison,secrétaire générale de la FSU

Michel Blay est directeur de recherche au CNRS (UMR 8630 Observatoire de Paris/CNRS/UPMC), président du Comité pour l’histoire du CNRS et membre du Conseil scientifique de l’Institut de recherches de la FSU.
Thierry Kirat est directeur de recherches au CNRS-IRISSO de Paris Dauphine.
Thomas Lamarche est enseignant chercheur en sciences économiques à l’université de Paris VII-Diderot.
Romuald Normand est maître de conférences en sociologie, à l’UMR Éducation et Politiques de l’Institut national de recherche pédagogique (université Lyon II).
Denis Paget est professeur agrégé de Lettres, membre de l’Institut de recherches de la FSU, ancien secrétaire général du SNES.
Agnès Pelage est Maître de conférences à l’UPEC et membre du laboratoire PRINTEMPS, CNRS-UVSQ.
Frédéric Pierru est chercheur au CNRS-IRISSO de Paris Dauphine.
Xavier Pons est maître de conférences à l’université Paris-Est Créteil (Largotec, UPEC) et chercheur associé à l’Observatoire sociologique du changement (OSC, Sciences-Po).
Christophe Ramaux est économiste, maître de conférences au Centre d’économie de la Sorbonne, Université Paris 1.
Evelyne Bechtold-Rognon est professeure agrégée de philosophie et vice-présidente de l’Institut de recherches de la FSU.

prix 8 euros

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