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L’école et ses critiques

NOUS ON N’AIME PAS LIRE

I - IDENTIFICATION
Titre : « Nous on n’aime pas lire »
Auteur : Danielle Sallenave
Editeur : Gallimard Genre : témoignage d’une expérience. « Carnet de voyage ».

notes de lecture : NOUS ON N’AIME PAS LIRE
II - CONTENU

Danièle Sallenave raconte son expérience d’écrivain « en résidence » dans le collège de la Marquisanne à Toulon. Elle a participé à une opération nationale montée fin 2007 pour essayer de combler le fossé qui sépare les collégiens des livres. Il s’agit de faire parrainer une classe de troisième d’un collège « ambition réussite » par un écrivain. Les élèves (deux classes de troisième) ont lu un texte de l’auteure (choisi par elle-même et, à leur tour, l’ont retravaillé et construit des saynètes qu’ils ont illustrées et rassemblées dans une brochure. L’expérience s’est déroulée sur trois séances au premier semestre 2008. Après une présentation de l’expérience, l’ouvrage se compose de 37 chapitres très courts aux titres divers : thématique, mot-clé, phrase provocatrice (« Ce que je veux faire ? Pute »). Les citations en exergue des chapitres sont tirées des textes des élèves. Danièle Sallenave présente son texte comme un « carnet de voyage » dans « un pays lointain, un collège, un pays où ne vont pas beaucoup les écrivains en général, mais pas non plus les spécialistes de didactique… » _ Carnet de voyage donc avec ses manques, ses anecdotes, ses réflexions. En dépit d’un apparent désordre, des thèmes récurrents se dégagent : l’interrogation sur l’acte de lire, « pourquoi on n’aime pas lire », en quoi peut être utile le dialogue avec un écrivain vivant le collège « entre enfer et lieu exaltant » l’école sanctuaire Les missions des enseignants : répondre aux besoins d’ordre, d’autorité, d’attention, de soins et assurer la transmission du savoir.

III - COMMENTAIRE

Danièle Sallenave défend la théorie d’une école sanctuaire que doit être le lieu où tout s’apaise, le lieu où le monde ne doit pas faire irruption non qu’elle ignore « la situation économique d’une grande partie de ces jeunes, les difficultés de l’intégration, l’entrée dans l’ère hypertechnique, consumériste de la globalisation ». Elle décrit un environnement hostile, la cité, un monde en lambeaux, des familles impuissantes ou/et défaillantes, à la culture détruite, redétruite, sinistrée. Pour elle, les jeunes n’ont aucun acquis et bien peu s’en sortiront. Elle s’interroge : « Est-ce la faute du collège unique, sans filières ni orientation ? ». Est-ce parce que la scolarité obligatoire est trop longue (Elle s’oppose à l’allongement de la scolarité) ? Elle s’insurge contre l’évolution de l’école qui, dit-elle, dénigre toute transmission du savoir, savoir défini par elle comme les fondamentaux de l’école républicaine. Refus de s’interroger sur les pratiques scolaires, les contenus, la didactique disciplinaire, la construction des savoirs. L’élève est un être abstrait qui peut et doit recevoir tout ce qui était enseigné autrefois à une minorité, à une élite. L’école a connu un âge d’or et pour apporter le meilleur au plus grand nombre, il s’agit d’y retourner. Comme le système ne s’y conforme plus, le niveau baisse. C’est la « Culture » et elle refuse absolument d’y voir les conceptions d’une culture destinée à un certain modèle d’élèves.. Les diatribes contre ceux qui dénoncent la culture de classe de l’école républicaine sont fort nombreuses. Elle s’élève contre l’école, lieu de vie mais pourtant rend hommage à cette école, havre de paix avec des locaux accueillants, une nourriture choisie, des personnels dévoués et attentifs… Le regard que Danièle Sallenave porte sur les jeunes est proche de celui des missionnaires. En témoigne une anecdote lors de son deuxième séjour : elle interpelle un jeune dans la cour : « Jonathan » dit-elle. Ce dernier répond : « Moi c’est Khaled. Ai-je une tête à m’appeler Jonathan ? ». Elle pressent leur vie en dehors du collège, leur enfermement, leur soif de respect, le racisme mais il n’empêche : pour elle, ce sont des adolescents comme les autres ».

Et la lecture ? S’ils lisent peu, c’est parce qu’ils n’ont pas bien appris à lire. _ D’où l’adhésion de l’auteur aux « fondamentaux » et la nécessité des exercices pour acquérir le vocabulaire. Comment donner le goût de lire ? _ L’auteur y répond peu si ce n’est par son expérience et par la notion « d’enseignants passeurs ». Elle récuse la littérature de jeunesse et le recours aux œuvres traduites.

Quelles propositions ? D’après elle, Les pouvoirs publics essaient de tout résoudre par la profusion matérielle dont ils dotent les collèges. « Médiathèques et soutien scolaire, couloirs fraîchement repeints et salles vidéo, enseignement artistique, dévouement des professeurs (sic) » . Et au bout du bout de l’échec : La régression même.

Les solutions : l’apprentissage de la langue. Lire, écrire, observer au cœur des savoirs des enseignants plus nombreux des enseignants mieux formés dans leur discipline pour le secondaire, dans les connaissances de base pour le premier degré Dans tous les cas sans spécialisation excessive. Bref, nostalgie d’une Ecole mythique. Mais même insatisfaisante, l’Ecole est une absolue nécessité pour la société. C’est la conviction profonde de l’auteur, qui effectivement a à la fois un regard en surplomb et en empathie.

Maylène Cahouet

Post-Scriptum
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