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02-09-2020

 | L’Institut

Quand dire, c’est faire …

La linguistique de la seconde moitié du XXème siècle avait attiré nos attentions sur l’incidence des actes de langage sur la réalité même de ce qu’ils énoncent, de John Searle analysant comment ils fondent les réalités sociales à Judith Butler montrant comment ils construisent les distinctions genrées. Nos sociétés, nos cultures ne se construisent pas par le seul constat déclaratif de leurs réalités. Leurs valeurs communes nécessitent que nous puissions fonder sur des actes de langage les perspectives de nos idéaux. Voilà pourquoi nous déclarons les droits de l’homme et du citoyen et affirmons l’illégalité d’un propos raciste… à cause du pouvoir des mots.

Faut-il croire, de ce fait, que ce discours performatif serait suffisant pour rendre supportable la croissance des injustices ? Doit-on admettre que, puisque les perspectives de la justice sociale sont annoncées par nos gouvernants, le discours critique deviendrait un simple exercice de positionnement protestataire, bloquant les progrès, si infimes soit-ils, que permettrait l’affirmation de cette justice ?

L’affirmation de la volonté d’égalité entre les femmes et les hommes ne cesse d’être proclamée mais les tribunes de ceux-là même qui la proclament restent masculines. Ils se disent attentifs à lutter contre les abus de pouvoir mais se révèlent prêts à leur offrir tant de justifications.

La réforme de la fonction publique annonce les perspectives d’une plus grande efficacité pour l’usager mais la prive des moyens nécessaires au fonctionnement le plus élémentaire et laisse l’offre privée discriminer les accès aux services. Elle proclame donner davantage de droits aux agents pour leur mobilité mais réintroduit des pratiques discrétionnaires pour les affecter.

Des citoyens sont convoqués pour proposer des mesures de lutte contre le réchauffement climatique et pour la transition environnementale, on les félicite, on leur promet que la quasi-totalité de leurs propositions sera retenue mais, le jour même, on déroge à une loi interdisant l’usage d’un dangereux pesticide.

Une rentrée scolaire des plus incertaines, génératrice d’inquiétudes et de doutes, se profile mais le ministre ne cesse d’affirmer sa normalité.

A tant décaler le discours politique des réalités vécues au quotidien, finit par se creuser une crise de confiance des plus inquiétantes pour les valeurs même de notre démocratie. Nous savons qu’elle porte le risque des haines, le ferment des discriminations sexistes ou racistes et le danger des idéologies réactionnaires et totalitaires.

Voilà qui doit nous donner l’énergie renouvelée de la critique.

Celle qui se pense par le débat, qui s’élabore dans l’analyse et la confrontation

Celle qui préfère la complexité dialectique à la simplification doctrinaire.
Celle qui veut construire collectivement l’espoir de lendemains de justice sociale.

Puisse l’Institut de recherches de la FSU, au cours cette nouvelle année de travaux et malgré les difficultés du contexte sanitaire, y contribuer.

Paul Devin
Président de l’IR-FSU

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