05-11-2018

 | ON A VU

REVEILLONS-NOUS ! POUR UN MONDE PLUS JUSTE

« Réveillons-nous ! Pour un monde plus juste » est un livre-manifeste. Ses auteurs, Gabriel Langouet et Dominique Groux (1) le revendiquent. Ce livre, ils le placent dans la lignée du manifeste de Stéphane Hessel « Indignez-vous ».
Une note de lecture de François Bouillon ancien président de l’IR-FSU.

Partageant la même ambition d’une prise de conscience, d’un réveil, d’un sursaut, d’un engagement des citoyens, ces deux manifestes, au-delà de la petite différence du caractère plus inclusif du « nous » que du « vous », ont la même volonté de ne pas s’en tenir au constat. Ils proposent des solutions.

Le constat sur les inégalités dans le monde, dans « Réveillons-nous ! Pour un monde plus juste », est en grande partie étayé sur les travaux antérieurs de Gabriel Langouet (2) mais il gagne en acuité, en tranchant, grâce au resserrement de la focale. L’échantillon ce n’est plus les 187 Etats du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) mais une sélection de 20 Etats qui permet de donner encore plus de contraste à leur classification en pays extrêmement riches, très riches, riches d’un côté et pays pauvres, très pauvres et extrêmement pauvres de l’autre. Naturellement, entre ces groupes, dans la réalité de chaque pays, il existe des intermédiaires. Mais pour ne prendre qu’un seul exemple, en 2013, le revenu par habitant au Qatar était de 119000$ par habitant tandis qu’il n’était que 444$ pour les ressortissants de République démocratique du Congo, soit 268 fois moins.

Mais le constat ne s’arrête aux inégalités entre les Etats. Dans ce manifeste sont prises en compte les inégalités à l’intérieur de chacun des 20 Etats à partir des trois dimensions du fameux et robuste Indice de développement humain élaboré par le PNUD (IDH) : le PIB par habitant, l’espérance de vie et la santé, le niveau d’éducation de la population.

OBJECTIVER LES INEGALITES

Toutefois, « Réveillons-nous » va au-delà des indicateurs sociaux et économiques de l’IDH. A partir d’une enquête Gallup de dimension mondiale réalisée en 2013 reprise pour Le PNUD qui croise 12 indicateurs est estimé l’indice de satisfaction de vivre globale dans ces pays. L’échelle retenue va de 0 (insatisfaction maximale) à 10 (satisfaction maximale). Cet indice est évalué entre les différents pays classés en fonction de leur IDH. Sans surprise, dans les pays au développement humain « très élevé » arrivent en tête le Norvège, l’Islande, le Canada. A l’autre extrême des pays au « développent humain faible », arrivent « en queue » de tous les pays : Inde, Haïti, et le Mali.

La richesse de l’analyse ici proposée permet d’évaluer la concordance forte, faible ou atténuée entre le niveau de développement socio-économique (IDH) et le niveau de satisfaction globale de satisfaction dans les 20 pays de l’échantillon.

A ces deux premiers niveaux d’analyse s’ajoute un troisième niveau de l’analyse : la prise en compte de l’évaluation de la démocratie à partir d’un indice de démocratie (ID) créé en 2006 par un groupe de presse britannique « The Economist Group ». Cet indice permet à partir de 60 critères d’évaluer le niveau de démocratie dans 167 pays dont 165 appartiennent à l’ONU. Cette étude a été actualisée, quasiment chaque année, jusqu’en 2016. Elle permet de classer les Etats en démocratie complète (Norvège, Canada, Islande, Allemagne, Maurice, République tchèque, Corée du Sud), en démocratie incomplète (Slovénie, France, Afrique du Sud ; Inde, Brésil voire Roumanie), en régime hybride (Mali, Bhoutan et Haïti), et en Régime autoritaire (Russie, Cuba, Qatar, Chine).

Naturellement, chacun, en fonction de ses connaissances, de ses expériences, de ses impressions peut contester la qualification de tel ou tel pays dans l’un des quatre groupes. Mais l’important n’est pas là. Ce qui importe c’est l’articulation entre ces trois niveaux d’analyse (IDH, indice de satisfaction globale, indice de démocratie) : quelles sont les concordances ou les contradictions entre eux pour un pays donné ? Existe-t-il des pays qui ont un haut niveau de développement humain, un haut niveau de satisfaction globale de la part de ses habitants et qui, en même temps, sont des « régimes autoritaires » ? Autrement dit : quelles sont les interactions voire les corrélations, fortes, faibles ou moyennes entre ces trois niveaux d’analyse ?

RESSERER LA FOCALE

En positif ou par défaut, le dernier chapitre de « Réveillons-nous » qui resserre la focale sur trois Etats -Norvège, Maurice, Cuba- donne des éléments de réponse à ces interrogations de fond. Premier de la classe en quelque sorte, la Norvège, dans l’état actuel de la composition socio-culturelle de son peuple, fait des scores de haut niveau sur les trois indicateurs : IDH, Indice de satisfaction globale, indice de démocratie. Très égalitaire, cet Etat ; où les 20% des plus aisés déclarent 56OOO$ alors que 20% des moins favorisés ont un revenu de 34500 $. Il a aussi un bon indice d’égalité entre les sexes (Indice d’Inégalité de Genre-IIG). Ce quatrième indice d’inégalité de genre (IIG) qui complète les trois précédents, étant renseigné pour plusieurs Etats.

L’originalité de Maurice est à la fois d’avoir un bon dynamisme socio-économique et surtout un très bon indice de démocratie qui met ce pays au 21ème range mondial parmi les démocraties complètes. Mais, en temps, les inégalités restent fortes et tout particulièrement les inégalités liées au genre (IIG).

Reste le cas de Cuba. Les auteurs soulignent la très belle progression de cet Etat sur trois des indicateurs principaux de l’IDH : Emploi, éducation, santé. Mais force est de reconnaître qu’ils n’ont pas retrouvé, dans les parties renseignées de l’indice de démocratie, « les liens sociaux, l’environnement, l’engagement civique, l’état de satisfaction, la sécurité, et l’équilibre entre travail et vie ». Autrement dit, un tableau très incomplet.

De même l’absence de renseignements concernant l’indice de satisfaction globale, les amènent à dire que « nous continuons de penser que la participation de la population cubaine à l’enquête Gallup aurait constitué une belle victoire de la démocratie. »

Au total le resserrement de la focale sur ces trois Etats, « observés de près », ouvre une nouvelle manière de voir. Il invite à de nouvelles analyses des indices qui les interrogent sur leurs interactions voire leurs corrélations. Il initie une vision plus globale des inégalités entre les pays et à l’intérieur de chaque pays. Ce « complément d’enquête » peut être poursuivi par chaque lecteur et donne à penser que le travail scientifique doit être poursuivi.

DES REFORMES MACRO-POLITIQUES

Mais, pour l’heure, « Réveillons-nous » propose des voies mobilisatrices pour l’action au niveau mondial surtout. Les objectifs sont à la fois écologiques, sociaux et politiques : Préserver la planète et la biodiversité et assurer son développement durable ; Eradiquer la grande pauvreté ; Donner la priorité au développement humain.

L’angle c’est celui d’une démocratie planétaire dont les leviers seraient : un budget mondial et un impôt mondial sur le capital comme le propose Thomas Piketty ; un fonds de solidarité pour la stabilité, inspiré de Stiglitz ; une taxation systématique des transactions financières et la fin des paradis fiscaux.

Dans ses propositions, au terme de ce parcours, « Réveillons-nous » fait de nouveau entendre la voix du Manifeste, en appelant à la révolte et à l’engagement.

François Bouillon, 4 Octobre 2018

« Réveillons-nous ! Pour un monde plus juste, Gabriel Langouët et Dominique Groux, L’Harmattan, Paris, 2018, Paris

« Les inégalités entre Etats et populations de la planète, trop, c’est trop !

L’Harmattan, Paris, 2011.

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