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L’école et ses critiques

RUPTURES SCOLAIRES

Titre : RUPTURES SCOLAIRES
Auteur(s) :Mathias MILLET, Daniel THIN
Éditions : P.U.F.
Année : 2005
ISBN :2 13 054787 7
pp. 312
Genre : Synthèse d’une recherche subventionnée
Auteur : membre laboratoire Groupe de recherche sur la socialisation CNRS Lyon II
Bibliographie : Oui références sociologiques
Profession Age Courant d’opinion

2 CONTENU L’ouvrage propose une analyse sociologique des ruptures scolaires en partant d’un cadre théorique qui permet d’envisager cette question comme le produit des contradictions entre la massification scolaire des années 1970 et le renforcement des inégalités sociales et de la précarité dans la société française. La recherche s’appuie sur une enquête qui rend compte de l’intérêt de l’institution pour : les sorties précoces du système scolaire et les comportements qui perturbent l’ordre scolaire. La notion de ruptures scolaires permet d’envisager les déscolarisations mais aussi les parcours chaotiques d’élèves restant administrativement liés aux établissements ou encore pris en charge dans des dispositifs relais. Les ruptures se jouent à la fois avec les apprentissages scolaires, mais aussi avec les agents de la scolarisation et les règles et normes scolaires. L’hypothèse consiste à prendre en compte les dimensions familiales, juvéniles, scolaires de ruptures ou s’articulent des dimensions biographiques et des dimensions sociales objectives issues d’entretiens ou de dossiers. L’ouvrage est organisé selon une présentation thématique construite à partir d’une typologie des cas illustrée par un exemple de parcours significatif. Cette typologie envisage successivement la question : des familles et de la précarité des conditions de vie des difficultés d’apprentissage scolaire des comportements « a-scolaires » des parcours de relégation à l’intérieur de l’institution du conflit entre scolarisation et sociabilité juvénile. Le tableau montre des familles en difficulté économique et « éducatives » souvent encadrées par les travailleurs sociaux soit du fait de difficultés sociales ou des difficultés scolaires des enfants. Les premières ruptures s’installent souvent à la faveur de l’entrée au collège qui révèle les lacunes dans les apprentissages qui s’épanouissent dans un contexte d’éloignement avec les exigences du fonctionnement scolaire. L’élévation des exigences liée à la baisse de l’encadrement produit une dynamique négative. Ce sont alors les processus de stigmatisation et de ruptures qui commencent à se mettre en place dans un contexte de dévalorisation de soi et conduite aux évitements et à l’absentéisme. Des parcours chaotiques s’installent entre dispositifs spécifiques et conseils de discipline ponctués par des changements d’établissement. La résistance à l’acculturation scolaire passe alors par la banalisation de comportements hors des normes scolaires qui peuvent être majorés par la socialisation avec les pairs dans une dimension de « culture de rue » qui fonctionne comme refuge symbolique. En conclusion, les auteurs identifient que les ruptures scolaires se présentent sous la forme d’une combinatoire, à chaque fois spécifique, entre les dimensions de socialisation familiale et scolaire. Elles passent cependant systématiquement par une carence précoce dans les apprentissages qui fait dire aux auteurs qu’il s’agit d’une forme « d’échec scolaire » des enfants pour la plupart issus de familles précarisées. Loin du fatalisme sociologique, les auteurs identifient des facteurs proprement scolaires aux ruptures : « lectures uniquement comportementale de postures cognitives non-conformes, enfermement d’hostilité circulaire qui conduisent à des « casiers scolaires » qui privilégient la sanction… » Ils proposent de mettre un frein à la logique actuelle de renforcement des dispositifs d’exclusion intérieure « classes et dispositifs relais, apprentissage…etc. » au profit de mesures structurelles réduction du redoublement, faible différenciation entre établissements, maintien d’un tronc commun long…

3 COMMENTAIRES

La contribution relève le difficile défi de dégager les caractères commun des ruptures scolaires référées aux situations sociales des familles tout en donnant un éclairage sur des trajectoires subjectives. La relation dialectique et non inéluctable entre : problèmes sociaux, difficultés du cadre éducatif familial, difficultés d’apprentissage, socialisation juvénile, montre à la fois le poids des caractéristiques structurelles et des combinaisons individuelles des facteurs de rupture. C’est précisément ce qui ouvre des perspectives de lutte contre les ruptures scolaires en combinant, là aussi, mesures structurelles au niveau du système scolaire et modifications d’attitude et de pratique chez les enseignants. Travail sociologique de grande qualité théorique et empirique qui participe de l’enrichissement de la connaissance d’un phénomène social récemment stabilisé comme une réponse des enfants des milieux populaires les plus précaires à la distance d’avec les codes et la culture de l’école.

Philippe MAZEREAU

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