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Politiques néolibérales et alternatives syndicales

Résistance radicale et transversale par Christian LavalL’Humanité, 31 janvier 2009.

L’appel des appels” trouve sa force dans la dimension anthropologique qui le sous-tend : ce que les stratégies de pouvoir veulent changer, c’est l’individu et le rapport entre les individus. L’homme économique, c’est ce que le pouvoir entend désormais construire en imposant dans toutes les institutions et au sein de tous les rapports […]

Résistance radicale et transversale

Christian Laval, 29 janvier 2009.

Ce qui émerge aujourd’hui c’est une résistance massive qui correspond à la nature et à
l’ampleur des transformations qui affectent le monde du travail, les institutions jusqu’aux
individus eux-mêmes. "L’appel des appels" trouve sa force dans la dimension
anthropologique qui le sous-tend : ce que les stratégies de pouvoir veulent changer, c’est
l’individu et le rapport entre les individus. L’homme économique, c’est ce que le pouvoir
entend désormais construire en imposant dans toutes les institutions et au sein de tous les
rapports sociaux une même logique normative. Il ne s’agit plus seulement de diminuer les
crédits, de supprimer des postes, d’alléger les coûts de l’État social, encore que cet objectif
soit toujours très présent. Il s’agit de faire fonctionner toutes les institutions, et avec elles, les
sujets qui y oeuvrent, comme s’il s’agissait d’entreprises soumises à des impératifs de
résultats, obéissant à des logiques de performances, si possible chiffrées. Le "management de
la performance" est devenue le nec plus ultra dans tous les secteurs de la société. En
introduisant partout des mécanismes de compétition entre services et entre établissements, en
mettant partout en place des systèmes mesquins d’évaluation, d’incitation financière et de
sanction personnelle, on voudrait que les individus se plient à ce type de relation
concurrentielle, y adhèrent, s’y impliquent, et par là, se transforment de l’intérieur et
transforment par leurs propres conduites le monde social et professionnel.

Si le capitalisme néolibéral est la mise en concurrence exacerbée des capitaux à l’échelle du
monde, la société néolibérale est l’institution de la concurrence comme loi suprême du
fonctionnement de l’humain.
D’où un malaise et une révolte dans toutes les professions qui ont affaire à la relation
humaine, à la condition de l’homme. L’homme n’est pas un "capital humain", il ne peut se
réduire à la logique calculatrice, intéressée, compétitive à laquelle on voudrait le voir obéir
avec son consentement. Devant une telle entreprise de destruction de leurs métiers, de la
signification subjective qu’ils y placent et des valeurs collectives qui les soutiennent, les
professionnels font face collectivement.
La conjoncture se caractérise par la constitution d’une résistance radicale et transversale. Sa
radicalité tient au fait que les politiques menées sont pour les professionnels des remises en
question fondamentales de leur métier. Sa transversalité tient au caractère global et intégratif
de cette logique normative de l’entreprise. Les luttes actuelles dans les domaines de l’école,
de la santé, de la justice, de la recherche, et dans beaucoup d’autres encore, visent d’abord à
bloquer l’extension de cette logique par tous les moyens disponibles : lycées bloqués,
rétention des notes dans les facs, désobéissance de milliers d’instituteurs.

La suite ? Un nouvel avenir s’ouvrira quand, de ces luttes et dans ces luttes, s’inventeront de
nouvelles manières d’être ensemble et un autre sens de la relation humaine.

Christian Laval
Pour L’Humanité, 31 janvier 2009.

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