02-09-2019

 | A LA UNE

TEMPS DE TRAVAIL Une autonomie académique dégradée

Le dossier du mensuel du SNESup de juin traite de la question du temps de travail pour les enseignants-chercheurs.
Lors de la récente discussion de la loi de "transformation" - destruction - de la fonction publique à l’Assemblée nationale, Olivier Dussopt, secrétaire d’État à la Fonction publique, déclare qu’il est nécessaire de « clarifier » le temps de travail des enseignants et des chercheurs.
Olivier Dussopt dit « clarifier ». C’est une exigence du SNESUP-FSU depuis longtemps pour revaloriser nos métiers, améliorer nos conditions de travail et l’exer-cice de nos missions.
Nous avons extrait deux articles, le premier de CHRISTINE EISENBEIS et HÉLÈNE GISPERT,FSU, université Paris-Sud.

Quand le temps nous manque : le droit au refus

Lors du colloque du Centre d’Alembert de l’UFR des sciences d’Orsay sur les « Idées d’université par temps de mutation », certains d’entre nous (Hélène Aubry, Philippe Brunet, Christine Eisenbeis, Hélène Gispert, membres du conseil scientifique des programmes du Centre d’Alembert) ont proposé de prendre pour l’année suivante ce thème : « Je n’ai pas le temps ! ». C’est pour l’introduction de ce colloque (www.centre-dalembert.u-psud.fr/2017-quand-le-temps-nous-est-compte-questions-de-temps-dans-le-travail-academique) que nous avons élaboré un questionnaire – une vingtaine de ques-tions –, donné de la main à la main à une cinquantaine de collègues, sans autre prétention que de collecter des paroles de terrain

L’URGENCE COMME CRITÈRE DE PRIORISATION DES TÂCHES

Quantifier son temps de travail ? C’est difficile lorsque le travail est morcelé, lorsqu’il inclut des temps de réflexion, d’écriture, des apparents « temps morts ». Quoi quantifier au juste ? Les chiffres qui ressortent malgré tout sont, pour une proportion importante de chercheurs (C) ou enseignants-chercheurs (EC), bien au-delà de la valeur « légale » de 1 607 heures par an, valeur que 30 % d’entre eux admettent ne pas connaître, les EC se référant plutôt aux 192 heures annuelles d’enseignement. Le débordement est général pour la quasi-totalité des C et EC, sur les soirs, les week-ends, les vacances (mails, écriture, bibliographies, préparation de cours et copies). Mais la régulation est recherchée : « Je prends à présent plaisir à ne pas répondre à des mails envoyés après 18 heures le vendredi, de tels messages n’ayant aucune urgence – mon métier n’est pas de sauver des vies ou de maintenir la sécurité nationale. »
Comment prioriser ? L’urgence, et non l’intérêt du travail, est le critère pour gérer son temps et prioriser, urgence imposée par l’organisation : horaires d’enseignement, date limite de dépôt de dossiers, urgences administratives et leurs logiciels à renseigner, les gens qui dépendent de notre travail (docs, post-docs, stagiaires, étudiants), « l’importance en second, l’urgence d’abord ».

« PAS LE TEMPS DE... »

Le manque de temps nuit à la qualité du travail, pour 70 % des répondants. Le manque de temps nuit au travail collectif : « créer ensemble demande plus de temps », « moins de temps pour filer un coup de main gratuitement à un collègue », « nous ne réfléchissons pas assez à ce que nous faisons en commun »... et rejaillit sur la qualité des relations de travail : « séquences de pression et de surcharges qui affectent les relations avec les collègues et les étudiants »,« tension nerveuse et stress ne sont pas bons pour les relations de travail ».Le manque de temps nuit aussi à la qualité du travail, pour 70 % des répondants. « Les études courtes et ponctuelles sont privilégiées sur celles nécessitant plus de temps », « aliénation du temps à gérer des broutilles », « pas le temps de lire », « manipes faites trop rapidement, pas le temps de refaire des expériences », « pas le temps d’être disponible pour les étudiants ». Comment remédier à ce manque de temps ? Les réponses peuvent être d’ordre collectif : diminuer les charges administratives et les logiciels chronophages, avoir des moyens récurrents pour passer moins de temps à en chercher, freiner la logique d’accumulation de la production scientifique, revoir les systèmes d’évaluation, de publication, de recrutement, « changer la culture du chercheur dévoué corps et âme », « à nous de dire stop. Si on refuse la course, le système ralentira ». Oui, mais comment reprendre le temps de se le dire et d’agir collectivement ?

https://www.snesup.fr/sites/default/files/fichier/75805_snesup_676_dossier_0.pdf

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