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Travail et syndicalisme

Trois questions à Christine Castejon, analyste du travail. Juin 2008

Pourquoi le travail est-il en train d’émerger comme une question nouvelle de société ?
Que nous disent les chercheurs et les analystes du travail à ce sujet ?
Que pourraient faire des syndicats ?

1. Pourquoi le travail est-il en train d’émerger comme une question nouvelle de société ?
C’est la conjonction, comme toujours, de plusieurs éléments : le plus visible c’est que dans beaucoup d’endroits ce qu’on appelle d’un terme générique la « souffrance au travail » déborde. Des évolutions sont en cours depuis deux décennies dont on n’avait pas pris la mesure. On a vu les transformations techniques, on a parfois cru que cela changeait le travail en le rendant moins physique, plus autonomisant. On ne s’est guère penché sur ce qui évoluait concrètement dans le contenu du travail, sur ce qui a rendu de plus en plus difficile, quelque soit le secteur, de rester « fier de son travail ». Or voilà par exemple une composante essentielle de la santé.
On peut s’étonner que malgré cette réalité, on puisse faire fonctionner un discours sur le « travailler plus » (il faudrait dire en l’occurrence sur le « trimer plus »). Or celui-ci fait fond sur une autre réalité : on ne peut pas réduire le travail unilatéralement à de l’exploitation et à de la souffrance. Se contenter de ce regard c’est se condamner à ne pas comprendre ce qui se joue pour les individus dans le travail.

2. Que nous disent les chercheurs et les analystes du travail à ce sujet ?
Deux approches se disputent l’interprétation du débordement que j’évoquais : l’une considère que les individus ne tiennent pas le coup parce qu’ils sont fragiles, incapables de s’adapter à la « modernisation » ; il faut les écouter, les rassurer, éventuellement les soigner. L’autre considère que si « maladie » il y a, c’est le travail et son organisation qui sont atteints.
Le forum "Changer le travail" s’est inscrit clairement dans la seconde optique. Nous voilà devant une question que le mouvement syndical (mais la recherche en sciences sociales dans ses dominantes non plus) n’a jamais fait sienne, n’a jamais considéré comme un enjeu : que se passe-t-il pour chacun d’entre nous dans l’activité de travail ? C’est là-dessus que travaillent les chercheurs sur le travail, jamais seuls mais avec ceux qui pratiquent le travail.

3. Que pourraient faire des syndicats ?
Le mouvement syndical peut-il entendre qu‘au même titre que les questions de l’emploi, de la déconstruction des protections sociales, des formes renouvelées de l’exploitation, des questions comme celle de l’intensification du travail, des modalités de son contrôle (cf. le rapport Pochard sur les enseignants), de l’élaboration des critères de qualité, méritent des mobilisations ? A qui dirait que les mobilisations sont difficiles depuis un certain temps (quoique les temps changent à nouveau…), j’opposerais bien le pari que ces questions-là sont désormais celles sur lesquelles le mouvement syndical est « attendu ». Ou plutôt celles sur lesquels il surprendrait.

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