07-09-2018

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Université des mouvements sociaux, une réussite à prolonger

Cette année encore « L’université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens » qui s’est tenue à Grenoble du 22 au 26 août a été un succès. Annick Coupé pour ATTAC, Pierre Khalfa pour Copernic, Serge Paillard et Marie Laurence Moros pour la FSU38 en tirent un bilan rapide.
Nous étions 2200 à Grenoble pour l’Université d’été des mouvements sociaux et citoyens, rebelle et solidaire.

Annick Coupé : Rebelles et solidaires sous le soleil de Grenoble !

Nous avions fait le choix de construire une université des mouvements sociaux qui ne soit pas seulement celle d’ATTAC. Cette démarche a été impulsée par ATTAC et le CRID (centre de recherche et d’information pour le développement) et a permis d’impliquer plusieurs dizaines de mouvements, associatifs et syndicats, nationalement et localement.

Le pari de cette co-organisation a fonctionné parce qu’il correspond à un besoin qui s’est largement exprimé dans les couloirs de l’université d’été. Face aux attaques de Macron sur tous les fronts depuis un an, de nombreuses résistances ont eu lieu. Mais les mobilisations sociales ont du mal à marquer des points. Face à cela, aucun mouvement n’a la réponse à lui tout seul.

Macron veut poursuivre et accélérer ses contre-réformes au service d’une minorité, au profit es banques, des multinationales et des riches. Il tourne le dos aux promesses faites pour lutter contre le réchauffement climatique…

Cette université d’été est un espace qui permet de mieux se connaître, se confronter, mettre sur la table les réponses alternatives portées par les uns et les autres. Cela peut être très utile pour construire des alliances et des convergences dans les mois qui viennent.

Au printemps dernier, avec la Marée populaire du 26 mai, proposée par ATTAC et la Fondation Copernic, nous avons montré que les mouvements sociaux étaient capables de prendre des initiatives, de discuter avec des partis politiques sans se faire instrumentaliser. La réussite de l’université d’été confirme que cette démarche est possible.

Les associations et syndicats expriment un besoin de débats de fond qu’ils ne trouvent pas dans les espaces politiques classiques.

Le programme a reflété la diversité des engagements de ces mouvements : crise financière, réchauffement climatique, migrations, féminisme, régression démocratique, enjeux européens, les résistances à Macron, l’antiracisme … Il était construit autour de temps de réflexion avec les forums et les séminaires, de temps tournés vers l’action et les alternatives avec les ateliers. Des méthodes actives d’éducation populaire ont trouvé leur place dans plusieurs activités, contribuant à les rendre dynamiques et motivantes.

Nous avons eu la bonne surprise de voir une large participation de jeunes. Les débats sur l’engagement aujourd’hui confirment qu’on est loin des idées toutes faites et des a priori négatifs. Les jeunes s’engagent, différemment certes, mais avec les mêmes colères. Ils ont davantage l’envie de faire, d’expérimenter, plutôt que de rester dans le discours.

Le succès de cette université a été rendue possible par un « sans faute » dans l’organisation. Un grand merci aux trois salarié.es : Elise, Nikolaz, Luc et à tou.te.s les bénévoles, notamment du CL d’Attac Isère.

Et l’an prochain ? Le dernier jour, à Grenoble la question était sur beaucoup de lèvres ! Nous allons prendre le temps de faire un bilan au sein d’ATTAC et avec les organisations impliquées pour voir quelle suite donner. Fin août 2019, il y aura le G7 à Biarritz : ce peut-être un moment important de mobilisation altermondialiste à intégrer dans notre calendrier et à articuler éventuellement avec un événement de type université d’été des mouvements sociaux… La réflexion est ouverte !

Pierre Khalfa membre du bureau de Copernic

« L’université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens » s’est tenue à Grenoble du 22 au 26 août. Pendant cinq jours, des dizaines d’activités allant du débat théorique, par exemple sur les penseurs critiques, à l’analyse de la situation actuelle ou à des ateliers pratiques. Un succès donc tant par la diversité des thèmes discutés que par le nombre de participant.es, avec une forte présence de jeunes et un équilibre entre femmes et hommes. Il s’agissait cependant d’une assemblée essentiellement « blanche », ce qui pose à nouveau le problème du lien avec les associations issues des quartiers populaires.

Cette université a été organisée à l’initiative d’ATTAC et du CRID et a vu la participation de plus de 200 mouvements de taille et de champs d’intervention très divers (la liste des organisations se trouve ici https://ue2018.org/Avec-qui). A remarquer une présence syndicale non négligeable avec la CGT, la FSU et Solidaires et des responsables de ces organisations qui ont pris part à nombre de débats.

Le mode d’organisation de cette université s’est très largement inspiré de celui des forums sociaux. L’essentiel des activités proposées ont été autogérées. Le comité de pilotage national s’est borné à favoriser le rapprochement des activités similaires, non seulement pour des questions liées au nombre de salles, mais surtout pour encourager ainsi le travail en commun entre organisations différentes. Cette horizontalité dans l’élaboration du programme permet de partir des préoccupations des mouvements et de leurs adhérent.es, favorisant ainsi le maximum de participation des personnes présentes à l’université. Seuls les trois ou quatre forums de la fin d’après-midi et les séances d’ouverture et de clôture étaient sous la responsabilité directe du comité de pilotage et reflétaient donc les priorités politiques discutées en commun.

Si des militant.es politiques, par ailleurs souvent membres des mouvements, étaient présents, très peu de responsables politiques ou d’élu-es avaient fait le déplacement ou ont participé aux débats, à la fois pour des raisons pratiques – les universités des partis se tenaient aussi au même moment – mais aussi pour des raisons plus fondamentales. En effet, le rapport aux partis politiques continue de diviser les mouvements, certains étant farouchement hostiles à la présence de responsables politiques. Débat sans fin… Le maire de Grenoble, Eric Piolle (EELV), fortement contesté par une partie des mouvements sociaux militants sur la ville et dont la municipalité a soutenu l’Université d’été, est intervenu lors de séance d’ouverture, un tract le critiquant ayant d’ailleurs été distribué à cette occasion. Il a cependant participé à un débat sur les conséquences des politiques néolibérales où a été discutée la pression qui s’exerçait sur les collectivités locales.

Fort du succès, se pose maintenant la question de la suite. Au-delà même de savoir si une nouvelle université d’été du même type verra le jour l’année prochaine, il faudrait discuter pour savoir si cette initiative va être le point de départ d’un travail en commun prolongé entre les mouvements qui en ont été parties prenantes ou si chacun va retourner simplement à ses activités habituelles. Les forums sociaux mondiaux ont dépéri du fait d’être restés un simple espace de débat et le Forum social européen est mort de n’avoir pas pu intégrer en son sein les questions de stratégie et de n’avoir pas été capable de se fixer des objectifs d’action communs. Il est probablement trop tôt pour répondre à ces questions. Il n’empêche qu’elles se posent.

Serge Paillard et Marie-Laurence Moros reviennent sur l’investissement de la SD38 dans l’université d’été et le mouvement social :

La Fsu ayant décidé de participer activement à l’Université d’été solidaire et rebelle la section départementale de l’Isère (SD38) s’est impliquée fortement dans l’organisation de l’événement.

Participation en amont au COPIL (comité de pilotage) local, prêt de matériel ..., dans la déclaration liminaire à la plénière d’ouverture de l’Ue, dans les liens avec le national, dans la Co-organisation d’un module avec la CGT 38 et Solidaires 38, le collectif pour la gratuité des transports publics dans l’agglomération grenobloise et le collectif départemental Poste Isère sur "la métropolisation au service de qui ?"

Les débats très riches axés autour de 3 thèmes (lien recherche-industrie-formation, transports et services publics) ont montré les effets de la métropolisation en action : concentration de l’activité économique qui creuse les inégalités entre la métropole « innovante » et le reste des territoires et au sein même de la métropole au détriment des classes populaires.

La tenue d’un stand, floqué du sigle de la FSU, au sein du village associatif, immanquable pour tous les participants qui entraient et sortaient des bâtiments !
fut l’occasion d’échanges avec des gens très divers, de tous les âges, d’horizons géographiques, professionnels, associatifs multiples : souvent découverte de la FSU et de ses syndicats, leurs champs d’intervention à partir de brochures, 4 pages (ceux sur les retraites étaient très « prisés ») etc.

Ce stand a permis à l’Institut de Recherche de la FSU de présenter et vendre ses ouvrages dans l’ambiance conviviale du village associatif : « communication » vraiment intéressante au plan militant et humain.

Les militants qui le souhaitaient ont pu participer à des modules, ateliers ou forums pour se former sur des thèmes qui peuvent être réinvestis dans l’activité syndicale, pour échanger, se confronter, construire des convergences … De la frustration aussi car il y avait obligation de faire des choix dans un « menu » extraordinairement appétissant de sujets.

Malgré une participation relativement faible des militants et syndiqués locaux, la FSU 38 se félicite de la visibilité qu’elle a pu avoir sur cet évènement et remercie tous les militants qui ont accepté de consacrer une partie de leurs temps libre à cette université d’été.

Il nous reste à trouver comment réinvestir largement auprès des syndiqués, des citoyens, ce qui a été « agité » pendant cette université d’été solidaire et rebelle ?

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