07-09-2021

 | ON A VU

Valérie REY-ROBERT, Dix questions sur le féminisme

130 pages pour faire l’histoire du féminisme, expliquer ses concepts, ses courants, ses controverses et ses combats contre les inégalités et les violences …. Le pari audacieux de Valérie Rey-Robert se traduit par un nouveau « Dix questions sur… », publié chez Libertalia, qui donne les arguments, les chiffres et les éléments essentiels pour lutter contre ceux qui nient les discriminations induites par le genre.

Valérie Rey-Robert avait déjà publié chez Libertalia : Une culture du viol à la française (2020), Le sexisme, une affaire d’hommes (2020). Elle anime le blog « Crêpe Georgette ». Nous l’avons interviewer.

Valérie Rey-Robert, vous reprenez en 4ème de couverture un extrait de l’avant-propos qui affirme qu’il préfère définir le féminisme comme un combat contre les inégalités plutôt que comme un combat pour l’égalité. Pourquoi affirmer qu’un combat pour l’égalité serait : « percevoir le problème à l’envers ? ». N’y a-t-il pas nécessité de lutter conjointement contre les inégalités et pour l’égalité ?

L’idée était de dire qu’on lutte pour l’égalité c’est partir du principe que la normalité c’est l’inégalité. Donc dire qu’on lutte contre les inégalités c’est insister sur le fait que cette situation est anormale.

Il est évidemment trop tôt pour savoir si les chiffres de féminicides de 2020, en baisse par rapport à 2019, témoignent d’une évolution significative mais avez-vous le sentiment que la mise en évidence des violences faites aux femmes par des hommes et les luttes pour les dénoncer sont en train d’engager une prise de conscience favorable à leur diminution ?

Il faut déjà préciser que nous n’avons aucun chiffre sur les féminicides qui concernent l’ensemble des homicides volontaires commis sur des femmes en raison du genre. Nous avons simplement des chiffres sur certains meurtres de femmes au sein du couple. Il est beaucoup trop tôt pour en conclure quoi que ce soit puisque l’année 2020 a été marquée par le début de la pandémie avec un confinement total. Ce dernier a causé l’augmentation des violences faites aux femmes mais peut, paradoxalement, provoquer une diminution des féminicides par conjoint dans la mesure où le meurtrier a beaucoup moins de facilités à fuir après ses actes. Il faudrait atteindre au minimum 5 ans pour voir si nos efforts portent enfin leurs fruits.

Vous montrez la persistance des inégalités qu’il s’agisse de salaire, de conditions de travail, d’accès à l’emploi et aux droits … Quelles actions doit-on privilégier pour construire les rapports de force qui contribueront à mettre un terme à ces inégalités ?

Il faut à tout prix dès le plus jeune âge (et je parle ici dès la naissance des enfants) combattre le sexisme et les stéréotypes de genre. Lorsque nous associons dès la plus tendre enfance, telle qualité aux garçons et pas aux filles, ils s’en imprègnent et finissent par adopter des comportements liés. On sait qu’à force de répéter aux filles qu’elles sont moins bonnes en maths, elles vont se déprécier par exemple.
Il est nécessaire de retravailler les programmes scolaires, l’espace public afin que ceux-ci soient le plus dégenrés possible. A l’heure actuelle, la quasi-totalité des espaces publics de loisir sont des skate parks ou de terrains de foot, qui traditionnellement sont des loisirs plutôt masculins. Même si on peut et on doit souhaiter que les filles s’en emparent davantage, le fait est qu’il faut privilégier des lieux davantage neutres, ou proposant des activités dites féminines afin que les filles ne soient pas écartées de l’espace public.

A l’école plusieurs études montrent combien les stéréotypes de genre perdurent ; les garçons sont plus sollicités par les professeurs pour prendre la parole, on exige plus souvent des filles qu’elles aident leurs camarades garçons, on les dissuade encore d’adopter de filières scientifiques ou techniques.

En termes de salaire, il faudrait multiplier les audits d’entreprise et pénaliser celles qui continuent à ne pas appliquer la loi. Il faut aussi instaurer, comme en Suède, un congé parentalité à prendre obligatoirement pour moitié entre chaque parent pour que, dans les couples hétérosexuels, ce ne soit pas systématiquement la femme qui le prenne ce qui occasionne des carrières morcelées, des retraites incomplètes et une plus grande précarité.

Libertalia, 144 pages, 8€

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