École et grande pauvreté

Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l'Homme sont violés. Gravée dans le marbre du Parvis des Droits de l'Homme, cette phrase est extraite du rapport du Conseil économique et social adopté il y a plus de dix ans et rédigé par le Père Wresinski, de l'Association ATD Quart-Monde.

Pour la première fois, une instance officielle analysait l'ampleur prise par le phénomène de la grande pauvreté et le sortait pour ainsi dire du champ de l'action certes exemplaire mais cependant restrictive de la charité. Posant le problème en termes de droits, il le rattachait à la problématique plus générale des droits de l'Homme qui, principalement depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, avait conduit la Communauté internationale à adopter un ensemble important d'instruments juridiques internationaux. On en retient généralement la Déclaration universelle des droits de l'Homme dont on célèbre cette année le cinquantenaire. Moins connus mais plus précis - et aussi théoriquement plus contraignants - les Pactes de 1966 ont élargi la notion même de droit fondamental en ajoutant aux droits civils et politiques les droits économiques et sociaux. Cela n'a pas été sans mal, comme le montre le fait que notre pays a mis 15 ans à ratifier ces Pactes, en y mettant d'ailleurs des réserves. D'autres, à commencer par les États-Unis, sont restés en chemin !

Renouvelant et dépassant le débat plus ancien - et souvent fortement biaisé - des libertés formelles et des libertés réelles, le rapport du Conseil économique et social a eu des prolongements en France et au plan international. Il continue à inspirer l'action de nombreuses associations.

Une idées forte de ces textes est l'indivisibilité des droits de l'Homme. Nier l'un de ces droits, c'est mettre en cause tous les autres.

Il est dès lors nécessaire de mieux apprécier les conséquences de la grande pauvreté sur l'Éducation. C'est l'objet du débat dont nous rendons compte dans ce numéro des « Cahiers de l'lnstitut ». Nous avons voulu en faire un outil de large information en publiant certains des textes évoqués plus haut. Outre leur intérêt pour une meilleure compréhension de la réalité sociale d'aujourd'hui, ils peuvent aussi constituer la base d'activités pédagogiques autour de la question des droits de l'Homme, c'est-à-dire d'une composante essentielle de l'éducation à la citoyenneté.

Louis WEBER

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