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Chantier "Nouvelles figures de la performance à l’école" Journée « Inspection » du 24/11/2008

« Nous comptons sur vous pour nous dire quelle est la situation actuelle en France, les évolutions engagées, les problèmes soulevés. »

Ce qui caractérise la situation actuelle en France pour ce qui concerne la place des corps d’inspection dans notre système éducatif repose sur quelques mots :  Illusion  Malentendu  Confusion

 Illusion :

o L’illusion consiste à prendre les représentations usuelles sur les inspecteurs et sur l’inspection pour la réalité. o Ces représentations schématiques et souvent connotées péjorativement imprègnent profondément l’ensemble de la sphère sociale qui s’intéresse plus ou moins au système éducatif français. Sont concernés en premier lieu les enseignants, les parents, mais aussi les responsables politiques du système. o La première illusion consiste à penser qu’il y a un unique type d’inspecteur, quasiment universel. C’est méconnaître l’existence de trois corps bien distincts, tant dans leur identité que dans leurs missions, et dans leur culture générale et professionnelle. C’est aussi méconnaître le fait que ces corps sont aussi traversés de différences identitaires qui se concrétisent par des nuances importantes dans l’appréciation du système scolaire.  On distingue ainsi les corps… • Des IEN, forgé en 1990 à partir de l’assemblage des IDEN du 1er degré, des inspecteurs techniques de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage, et des inspecteurs de l’information et de l’orientation. On en dénombre environ 2000 actuellement. • Des IA-IPR, issus majoritairement du corps des agrégés. On distinguera chez eux les IA-IPR disciplinaires et ceux qui ont pour spécialité l’administration et la vie scolaire. De même, on distinguera ceux qui sont issus directement du monde enseignant et ceux qui sont passés par le corps des IEN et sont en partie issus du premier degré. On en dénombre environ 800 actuellement. Certains d’entre eux assument actuellement les fonctions de DSDEN ou de DSDEN adjoint. • Enfin, il y a les corps des inspections générales : l’IGEN, plus pédagogique et disciplinaire, et l’IGAENR, plus administrative et gestionnaire, sans renoncer à un regard pédagogique. Ces deux corps sont aussi traversés par des origines et des cultures nuancées : ceux qui sont devenus IG par la filière classique de la fonction publique, et ceux qui le sont devenus par la grâce d’une nomination politique directe de l’exécutif. Les IG sont quelques dizaines actuellement (NB : après vérification, j’ai dénombré environ 150 IGEN et 96 IGAENR) . o Ce rapide tableau montre que la deuxième illusion, communément partagée et véhiculée, consiste à croire que les inspecteurs constituent une cohorte pléthorique qui étouffe le monde réel de l’école. En vérité, face à environ 950 000 enseignants (public + privé), on dénombre à peine plus de 3000 inspecteurs, soit un rapport de 1 pour 316, toutes catégories confondues. o Enfin, la troisième illusion consiste à accorder aux inspecteurs LE pouvoir de faire ou défaire le système scolaire ainsi que les carrières des enseignants, voire des chefs d’établissement. En réalité, à l’exception des IA-DSDEN, qui ont fonctionnellement et juridiquement un pouvoir de chef de service (nomination, notation et sanction), les inspecteurs n’ont que le pouvoir de la parole. À aucun moment, ils ne sont en situation de décider. Les décisions appartiennent à la compétence des chefs de services et des politiques de l’exécutif. Un inspecteur, c’est avant tout un professionnel dont on attend deux types de parole : en premier lieu celle qui exprime son avis, en second lieu, celle qui exprime l’information qu’il doit transmettre aux acteurs du système. C’est en cela qu’au cœur des métiers de l’inspection, il y a la notion d’expertise. Quelle que soit sa catégorie, l’inspecteur est avant tout un expert qui est chargé de comprendre et de faire comprendre le système scolaire, en amont et en aval. C’est aussi pour cela que le SNPI-FSU est fondamentalement attaché à cette notion d’expertise qui est l’une des grandes missions des corps d’inspection. Cette expertise implique une distanciation avec la notion de pouvoir, et donc avec le pouvoir. Elle ne peut exister que dans la mesure où elle bénéficie d’un minimum de liberté qui lui garantit sa qualité. o Conséquemment, l’inspecteur ne peut légitimement s’incarner dans le personnage du « petit chef » si souvent invoqué pour le décrier et le disqualifier. Ce personnage est malheureusement un mythe auquel certains inspecteurs peuvent succomber, entraînés par le pouvoir de la parole : c’est ici le risque de l’illusion de toute puissance. Ce que certains appellent le complexe de Dieu. Il faut s’en garder en permanence dans la pratique du métier. On n’est pas inspecteur pour « commander » et « donner des ordres ». On est inspecteur pour porter son regard au cœur des situations afin de comprendre ce qui se passe. Ici, l’œil et l’oreille sont à l’action pour nourrir la réflexion, qui elle-même doit nourrir la parole. L’inspecteur n’est pas un contremaître du système scolaire.  Malentendu o On voit donc que ces illusions communes peuvent nourrir des malentendus majeurs qui faussent la compréhension de la place de l’inspection dans notre système. o Ainsi, le premier malentendu, c’est celui qui porte sur la fonction première de l’inspecteur : « petit chef », voire « juge », ou bien « évaluateur » et « animateur » ? o Actuellement, le pouvoir politique appuie son regard concernant les inspecteurs sur une doctrine exprimée par les deux derniers ministres de l’Éducation nationale à l’ESEN :  Pour De Robien, l’inspecteur est d’abord un cadre au service du ministre qui doit « comprendre, expliquer, appliquer et rendre compte ». Que faut-il comprendre ? Les instructions du ministre (voire des autres ministres). Que faut-il expliquer ? Les instructions du ministre. Que faut-il appliquer ? Les instructions du ministre. De quoi faut-il rendre compte ? De la manière dont ces instructions sont appliquées. La chose est claire. Elle exprime une vision classique dans notre république, souvent inspirée de la tradition bonapartiste. Le cadre est avant tout un outil du ministre pour faire passer sa politique sur le terrain des écoles.  Pour Darcos, le rôle des inspecteurs est essentiel dans la mise en œuvre des réformes qu’il a décidées, car l’Éducation nationale a besoin de cadres pour mener et accompagner le changement. Ces évolutions doivent être pour eux autant d’opportunités de faire évoluer leurs pratiques et leurs carrières. Le ton est plus aimable, mais le projet ne change pas : l’inspecteur doit d’abord être le bras du ministre pour mettre en place sa politique. Ce faisant, les inspecteurs doivent changer leurs pratiques et cela fera évoluer leurs carrières. C’est-à-dire que certains, les plus performants dans ce projet, seront récompensés par une amélioration du revenu. o Dans ces deux cas, l’attente du ministre ne se fait pas d’abord sur la capacité d’expertise, mais bien sur la capacité à faire mettre en œuvre les choix politiques du pouvoir en place. Pour résumer, le ministère attend d’abord de l’inspecteur qu’il soit un contremaître et un VRP au service de l’exécutif. Bref, un « petit chef » qui sait faire passer les consignes. o Or quelles sont les missions fondamentales officielles sur lesquelles se sont inscrits les inspecteurs qui ont majoritairement passé des concours très sélectifs pour y consacrer une nouvelle carrière ? Elles sont inscrites dans le Code de l’éducation et dans les circulaires qui y sont consacrées.  Les deux IG procèdent à des évaluations départementales, académiques, régionales et nationales qui sont transmises aux présidents et aux rapporteurs des commissions chargées des affaires culturelles du Parlement.  En outre, l’IGAENR vérifie l’application par les établissements de la politique mise en œuvre et contrôle le compte d’emploi et les dépenses engagées.  L’IGEN assure auprès du ministre une mission permanente de contrôle, d’étude, d’information, de conseil et d’évaluation.  Tous les inspecteurs évaluent les personnels relevant de leurs champs de compétences respectifs en vue de promouvoir la qualité de la formation continue des adultes et la cohérence globale entre formation initiale et formation continue.  Les IA-IPR et les IEN partagent les mêmes missions qui leur sont propres : • Ils veillent à la mise en œuvre de la politique éducative arrêtée par le ministre chargé de l’éducation.  impulsion • Évaluation, dans l’exercice de leur compétence pédagogique, o du travail individuel et en équipe des enseignants, o des enseignements des disciplines, o des unités d’enseignement, o des procédures et des résultats de la politique éducative, o ils observent directement les actes pédagogiques ! • Ils inspectent et s’assurent du respect des objectifs et des programmes nationaux.  contrôle • Ils animent les formations initiales et continues, aident aux projets d’établissement, évaluent les expériences pédagogiques et concourent à leur généralisation.  animation pédagogique • Ils participent au recrutement et à la formation des personnels et à l’organisation des examens. • Ils assurent des missions d’expertise dans tous ces domaines. o Si la mise en œuvre de la politique éducative arrêtée par le ministre fait bien partie du domaine de compétence des inspecteurs, ils ont pour vocation à y veiller par des missions clairement définies : évaluation, contrôle, animation pédagogique, recrutement, formation et examens, et enfin expertise. Il s’agit là d’une panoplie complexe et pluridimensionnelle qui ne peut se résumer à une fonction d’agent d’exécution. L’objectif essentiel demeure l’amélioration de la capacité de formation du système scolaire, amélioration qui passe par la promotion des compétences professionnelles des enseignants. o Dans tous leurs domaines d’action, par la nature même de l’objet de leur action professionnelle, les inspecteurs sont forcément conduits…  à faire preuve de discernement, de circonspection, de gestion dialectique,  et à avoir une vision intelligente des systèmes complexes, ainsi que le sens de la relativité des repères. o Le malentendu est donc actuellement fort entre  un exécutif qui attend des inspecteurs une action de relais univoque des choix politiques du moment,  et un engagement professionnel, intellectuel et citoyen sur le long terme, au service d’un métier fondé d’abord • sur la compréhension interactive des enjeux et des actions, • sur la gestion des relations humaines du champ de l’enseignement, • et voué à la promotion de la formation des citoyens tant du point de vue culturel que du point de vue cognitif et social.  Confusion o L’illusion originelle et les malentendus qui se sont engagés sur cette base et sur les choix politiques récents conduisent actuellement à une situation de confusion qui s’entretient d’elle-même. o Ainsi, pour faire adopter ses vues à l’opinion publique, voire aux enseignants, l’exécutif ne craint pas de stigmatiser les inspecteurs en les dénonçant comme des petits chefs qui contrôlent sans intelligence. Récemment, un député proche du ministre donnait une interview à l’AEF pour dénoncer l’interventionnisme stérilisant des inspecteurs qui bride l’initiative et l’innovation des directeurs d’écoles primaires. Le ministre lui-même, s’appuyant sur sa réputation de connaisseur du système, ne répugne pas à utiliser ce genre de propos : « Je connais trop la qualité des enseignants pour maintenir un système d’inspection fondé sur la défiance », avait-il déclaré au mois d’avril 2008. On est là dans le registre de la caricature pour mieux manipuler. o En fait, le ministère utilise l’image des inspecteurs comme une catégorie devenue bouc émissaire responsable de l’immobilisme et du manque d’intelligence du système, tout en voulant faire d’eux les responsables actifs des résultats de la politique qu’il choisit de mettre en œuvre. o Or, toute cette politique s’appuie sur la communication d’une prétendue faillite du système scolaire qui légitime la RGPP dont le seul but est de diminuer les dépenses de l’État dans les services publics. o S’il y a effectivement des points faibles et des résistances dans notre système scolaire, on est loin des chiffres livrés au public et aux parlementaires. Ce faisant, c’est la négation même de l’expertise des corps d’inspection qui se met en œuvre. Actuellement, on assiste à une caporalisation des IA-DSDEN et même des IG. Ces derniers ne livrent pratiquement plus de rapports, car ils sont mis sous le boisseau. Le MEN a même projeté de les écarter de l’évaluation des IEN au profit des seuls recteurs et IA-DSDEN. o Enfin, la communication présidentielle et ministérielle prétend que désormais les enseignants seront évalués sur les résultats de leurs élèves. Dans les faits, rien n’est encore engagé officiellement dans le sens de cette orientation qui se veut nouvelle (une phrase dans l’introduction des nouveaux programmes du primaire, mais qui ne dit rien du « comment » ; elle a au moins le mérite de recentrer l’évaluation sur les acquis et non sur le concept discutable de résultat). o Donc, en ce moment, les inspecteurs n’ont toujours aucune instruction opérationnelle et constructive par rapport à cette nouvelle inspection. On en reste au stade des formules de discours, aux intentions, sans prendre en considération ce qui a déjà été fait et la réalité des pratiques. o À cet égard, la valse-hésitation sur le livret personnel du socle de connaissances et de compétences est significative de la confusion actuelle. o Quid de la notation traditionnelle et du brevet au collège ? Quid du livret scolaire dans le primaire ? o Pour le moment, le ministère a engagé une pression sur les prochaines évaluations CE1 et CM2. Qu’en sortira-t-il ? Personne ne le sait. o Au final, on se trouve dans une triple logique qui détruit plus qu’elle ne construit et suscite l’adhésion, et cela au nom de la lutte contre l’immobilisme :  Exiger, dans la logique de la LOLF des résultats chiffrés, quantifiés.  Diminuer la dépense.  Transformer idéologiquement le système scolaire sur le modèle des services concurrentiels du secteur privé. o On se méprend si l’on pense que la majorité des inspecteurs a vocation à s’engager dans cette alchimie qui n’est jamais discutée avec les partenaires et les experts

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