Avril 2009

 

 

Pour aller plus loin :

Dans les publications de l'Institut :


* Pour s'inscrire à la liste de diffusion de cette lettre, on peut aussi envoyer directement les renseignements suivants à
institut@institut.fsu.fr : Syndicat national , Section dép tale, Nom Prénom, né/e le, sexe, Adresse personnelle,... fixe :..Portable, Mel, Responsabilité syndicale à la FSU, dans le syndicat X…


G20 : un sommet “historique” ?

Par Daniel Rallet et Gérard Grosse , de l'Institut de recherches de la FSU

Le sommet du G20

Nicolas Sarkozy a salué un « sommet historique », Barack Obama a parlé d’un « tournant », Gordon Brown d’un « nouvel ordre mondial », Angela Merkel d’un « compromis historique », Dominique Strauss Kahn du « plus grand plan jamais adopté », Barroso d'un G20 «plus ambitieux qu'attendu», Dimitri Medevedv d’un « pas en avant ».

1100 milliards de dollars vont être déversés sur l’économie mondiale via notamment le FMI, une nouvelle régulation financière est annoncée, et la lutte contre les paradis fiscaux est déclarée comme une priorité.
De nombreux points de l’accord (cf le texte en annexe) consistant en déclarations d’intentions, il est difficile juger sur pièces puisqu’il faut attendre les actes. Une première évaluation de la traduction en actes des décisions du sommet de Londres sera faite lors d’un nouveau sommet en septembre.

Néanmoins il est possible de s’interroger sur la portée réelle de ce sommet et sur le sens qu’on peut lui donner. Des interprétations non pas opposées, mais différentes, en ont été faites.

Une chose est sûre : le pire n’est pas arrivé. Les puissances occidentales n’ont pu faire autrement que d’ouvrir leur club étroit aux nouvelles puissances émergentes. Toutes ces puissances se sont mises d’accord pour éviter le scénario catastrophe de la guerre des uns contre les autres.
Mais ce cercle élargi reste fort peu démocratique puisqu’il exclut la plupart des nations, l’ONU, le mouvement syndical international, les ONG,…

La question de la légitimité de ceux qui décident des affaires du monde est la première des questions non posée à Londres. Il y en a eu d’autres, pourtant importantes, qui ont été contournées.
Sur les sujets abordés, les points de vue peuvent diverger, mais globalement une semaine après , il apparaît assez clairement que ce sommet est loin d’avoir la portée qu’on lui a prêté.


L’Institut de Recherche de la FSU vous propose ce petit dossier pour une première approche.

 

Laissons de côté l’emballement médiatique, bien que celui-ci soit instructif, pas seulement de l’habituelle entreprise de désinformation (par exemple Obama est présenté comme le héros sauveur et « décontracté », alors que ce G20 traduit d’abord la crise de l’hégémonie américaine), mais surtout de l’espoir de la caste au pouvoir que le monde tel qu’il est puisse être sauvé au prix de quelques aménagements.
Je ne crois pas utile d’adopter la position symétrique qui serait d’avoir une lecture normative de l’actualité en voyant dans chaque fait le signe de la crise fatale du capitalisme, et dans chaque décision politique le signe d’une impuissance ou d’une intentionnalité sans faille des dirigeants.
Ceux-ci sont confrontés à des problèmes concrets, à l’influence de puissants intérêts et de positions sociales que les bulles financières ont établis, à la pression du risque d’explosions sociales, aux contradictions internationales, et ils procèdent à des arbitrages pris dans leurs schémas idéologiques, politiques et économiques.
Ces derniers ont peu changé depuis le début de la crise, ce qui n’est pas étonnant vu que ce sont pour l’essentiel les mêmes équipes qui sont en place et que les systèmes d’idées se transforment lentement, sauf lorsque la brutalité des faits impose des renversements radicaux.
Ce qui permet de citer Keynes : La difficulté n'est pas tant de développer de nouvelles idées que d'échapper aux anciennes.
Aujourd’hui, la principale menace pour les chefs du G20 n’est pas dans des oppositions constituées et dans des mouvements sociaux organisés qui sont encore limités à quelques pays, ni dans des contradictions internes aux classes dirigeantes d’où émergeraient des alternatives cherchant des appuis sociaux (comme lors du New Deal), mais dans le caractère hautement explosif de la révolte morale et sociale qui couve dans les peuples animés d’un sentiment exacerbé d’injustice.
Pour apprécier la « réussite » du G20, il faut d’abord déterminer de quel point de vue on se place, et de quelle analyse on part.

Si on pense que la crise actuelle est structurelle et systémique parce qu’elle traduit l’essoufflement et l’impasse dans laquelle se trouve ce capitalisme qui a puisé son dynamisme du creusement des inégalités, de sa prétention à placer le monde entier sous la loi de la concurrence et de la marchandise, de son indifférence à la mise en cause des équilibres climatiques et environnementaux, et de sa fuite en avant dans l’hyper-développement de la finance, on peut dire que le G20 n’apporte presque rien.
Un seul exemple : sur les milliards de dollars qui sont déversés dans les annonces, les pays les plus pauvres ne reçoivent que des miettes. Le plan Marshall, c’est pour les banques, pas pour les pays pauvres. L’annulation de la dette, c’est la question pour les banques, pas pour les pays du Sud.
Sur un autre plan, toute idée de taxer les transactions financières et de contrôler les mouvements de capitaux est complètement absente. Toute interdiction (des paradis fiscaux, des hedge funds, des produits dérivés,…) est bannie.
La poursuite de la politique de libéralisation des échanges et d’ouverture imposée aux pays en voie de développement dans le cadre de l’OMC est recommandée.
Quant à la notion d’inégalité, elle est superbement ignorée dans la déclaration.
Si on envisage maintenant l’hypothèse que l’économie mondiale peut repartir avec les deux remèdes de cheval que sont le contrôle et la régulation de la finance (ou sa mise au pas pour les plus radicaux) et des relances budgétaires massives, on peut discuter de ce qu’apporte le G20 de ce point de vue.
Dans cette hypothèse, l’une des conditions avancées est qu’on soit en capacité de prévenir de nouvelles bulles spéculatives. L’autre condition est que le système économique est capable de redémarrer tel qu’il est avec quelques aménagements.
Même si on ne partage pas la première hypothèse, celle de la nécessité d’une refonte en profondeur des ressorts économiques, sociaux et politiques, force est d’admettre que l’idée d’un nouveau cycle économique à structures économiques, sociales, écologiques constantes et avec des acteurs qui maintiennent leurs positions de pouvoir, leurs façons de penser et d’agir, apparaît peu crédible.
C’est pour cela que je ne partage pas l’idée d’un sommet historique.

Ce sommet a laissé de côté les questions les plus importantes

- comment traiter la question des dettes pourries qui empoisonnent les bilans des banques ?
- quelle ampleur et quelle coordination pour les plans de relance ?
- comment rééquilibrer les flux d’échanges mondiaux et comment revoir la suprématie du dollar pour un autre système monétaire international ?

Dans la remise en cause de la suprématie de la monnaie américaine, de Gaulle a été remplacé par les Chinois, le gouverneur de la Banque de Chine ayant réclamé avant le G20 une « monnaie de réserve internationale, déconnectée des nations individuelles »
Il n’en a pas été question pendant ce G20, mais il est vrai que celui-ci a pris une dimension historique en se substituant au G8, et en accueillant les nouvelles puissances émergentes.
Mais la plupart des nations en sont exclues ce qui explique la mise à l’écart de l’ONU de ce processus (et de la commission Stiglitz mandatée par l’AG de l’ONU), du BIT puisque les questions sociales sont ignorées, ainsi que des représentants de la société dite civile (syndicats, ONG).

L’innovation que représente ce sommet est donc toute relative et inscrite dans le rapport de forces, sans référence aux valeurs démocratiques.
Or le slogan « la crise c’est eux, la solution c’est nous » n’est pas un slogan en l’air, il traduit une profonde aspiration chez les peuples du monde entier.
Les chefs du G20 savent qu’ils marchent sur des œufs.Si cette crise est historique, même au sens réducteur que le capitalisme se cherche un nouveau modèle, il faut prendre au sérieux le fait que l’histoire prend son temps.
Nous ne sommes qu’au début de cette crise et il y aura un processus complexe fait de contradictions économiques, et surtout sociales, politiques et internationales, qui font que son issue est par nature indéterminée.
Ou alors, c’est qu’on se situe dans le temps court d’une récession, ce que fait explicitement la déclaration du G20, situation qui ne suppose qu’une direction rationnelle et éclairée pour en sortir.Ce G20 n’est donc qu’un sommet du début de l’histoire.

Vers une autre régulation financière ?

Ce sommet se caractérise par des déclarations d’intentions sur un retour à une régulation financière reconnue comme une nécessité. L’adhésion du camp anglo-saxon à cette nécessité est présentée comme une avancée, dans la mesure où Londres et New York ont été les principaux bénéficiaires de la dérégulation. Le point 14 de l’accord commence par une phrase humoristique « chacun est d’accord pour considérer que nos systèmes de régulation domestiques sont solides », mais la suite annonce un objectif ambitieux : « nous sommes aussi d’accord pour établir une plus grande cohérence et coopération systématique entre pays, et le cadre de hauts standards internationaux agréés qu’un système financier global demande ».
Certains des moyens avancés ces derniers mois pour réguler la finance figurent dans l’accord : contrôler les hedge funds (seulement ceux qui présentent un risque systémique), prévenir les effets de levier (seulement ceux qui sont « excessifs »), superviser les agences de notation (qui devront respecter un code de bonne conduite), travailler à de nouvelles normes comptables et obtenir un système unique, amener les banques à se constituer des matelas de sécurité en période de croissance, …
Cependant ces engagements restent vagues et ils devront être appréciés par rapport aux actes qui seront réellement mis en œuvre. Or, on sait que cette politique se heurtera à de puissants intérêts que ces gouvernements ont d’ailleurs contribué à consolider.

Tout dépendra de la volonté politique qui semble pour le moment bien hésitante si on prend l’exemple du cas le plus favorable en termes de légitimité politique, celui du président Obama, qui vient récemment de cautionner un plan de sauvetage des banques américaines favorable à Wall Street et risqué pour le contribuable américain.
L’administration américaine s’obstine à refuser la nationalisation des banques et a mis en place un système qui permet d’acheter aux banques les actifs toxiques à un prix surélevé en le finançant in fine par des subventions publiques.
Il y a là un véritable débat stratégique qui est peu évoqué : pour atteindre cet objectif de « discipliner » la finance, doit-on profiter du contexte politique actuel, caractérisé par un rejet des institutions financières dans l’opinion, et procéder par des mesures simples, rapides et radicales (comme Roosevelt entre 1933 et 1935) ou indiquer une direction, prendre son temps, concilier les intérêts, peaufiner des accords ?
La seconde méthode présente le risque de permettre aux acteurs aujourd’hui affaiblis de reconstituer leurs forces, de louvoyer, d’obtenir des demi-mesures.
La première méthode suppose une volonté politique forte et une base sociale favorable ce qui n’est pas la caractéristique de la plupart des gouvernements actuels !

Certains dirigeants peuvent être tentés de faire le saut vers plus de régulation par crainte d’une explosion sociale et par l’annonce d’une déflation, mais ils vont tergiverser pour ménager des intérêts, et aussi parce que dans cette finance mondialisée, il est difficile pour des Etats de puissance moyenne d’agir seuls, ce qui pose pour nous la question d’un revirement conséquent de la politique de l’Union européenne.

Une autre difficulté est que les Etats se sont privés des outils et des équipes qualifiées qui leur permettraient d’exercer cette activité de contrôle.
L’exemple des paradis fiscaux.
Les membres du G 20 sont « d’accord pour prendre des mesures contre les juridictions non coopératives, incluant les paradis fiscaux. Nous sommes prêts à déployer des sanctions pour protéger nos finances publiques et nos systèmes financiers. L’époque du secret bancaire est terminée. Nous notons que l’OCDE a publié aujourd’hui une liste de pays déclarés par le global forum contre les standards internationaux pour l’échange d’informations fiscales. »Une véritable révolution est annoncée : l’époque du secret bancaire est révolue.
Le moment est favorable : les Etats ont besoin de recettes fiscales (les pertes fiscales dues aux PF sont évaluées à 100 milliards de $ pour les Etats-Unis, et à 20 milliards d’€ pour la France), il est impossible de réguler la finance sans s’attaquer aux PF et il y a une mobilisation citoyenne contre eux.Le G20 a choisi une solution de demi-mesures.

La première est la moins convaincante, elle consiste à établir une liste de PF qui sont menacés de sanctions. Sur la demande du G20, l’OCDE a établi trois listes, qui sont vite apparues comme une farce. Sur la liste blanche, figurent les PF blanchis parce qu’ils sont à l’intérieur des grands Etats ou parrainés par eux : cela va de la City de Londres au Delaware (Etats-Unis) en passant par les îles Anglo-normandes, les îles Vierge, l’Irlande, Hong Kong et Macao.

Sur la seconde liste dite grise figurent des pays qui sont des PF patentés, mais qui ont pris des engagements de se conformer aux recommandations de l’OCDE, et sur la troisième liste, la liste noire, figuraient quatre pays qui n’avaient pas vu le coup venir, et qui ont pris depuis des engagements, de sorte qu’une semaine après le G20, la liste noire est déjà vide !L’OCDE a avancé un modèle de convention fiscale entre les PF et les Etats victimes de l’évasion fiscale, qui d’après son article 26 oblige un PF à répondre à la demande d’information sur un compte bancaire faite par une administration fiscale ou judiciaire si celle-ci dispose d’éléments « pertinents ».
En d’autres termes, il faut que l’Etat demandeur sache ce qu’il cherche (qui savait qu’une filiale de l’UIMM avait un compte secret en Suisse ?) et qu’il dispose de preuves dont la « pertinence » est appréciée par le PF. Pour l’administration fiscale demandeuse, c’est un parcours du combattant, avec des délais très longs.On peut considérer cela comme une avancée puisque des pays comme la Suisse ou le Luxembourg qui s’y refusaient jusqu’ici viennent de s’engager à échanger des informations sur cette base.

Mais c’est singulièrement limitatif : par exemple pour répondre aux fortes pressions américaines, la Suisse n’a consenti à fournir des informations que sur 350 comptes, alors que plus de 50 000 Américains détiennent un compte dans les banques suisses.

La vraie transparence consisterait en un échange automatique d’informations qui n’est pas prévu par l’accord du G20.D’autres moyens de contrôle sont envisageables : obliger les multinationales à fournir des comptes par pays et non plus globaux, s’attaquer aux prix de transferts entre filiales de ces multinationales, obliger les banques à indiquer clairement dans leurs comptes la nature et les volumes des transactions avec des PF, imposer à ces banques des contraintes en capital plus élevées pour compenser le risque d’instabilité financière qu’elles génèrent pour l’ensemble du système financier,..La lutte contre les PF ne peut pourtant pas être réduite à la levée du secret bancaire.

D’autres formes d’opacité existent.
Par exemple, les trusts qui dans le droit anglo-saxon permettent à une personne fortunée de se dessaisir de ses biens au profit d’un trust géré par un trustee. A l'origine, le trust avait pour but de permettre à ceux qui partaient pour la Croisade et qui risquaient de ne pas revenir avant leur mort d'éviter que leurs biens échappent à leurs héritiers, la transmission successorale exigeant la présence physique.
Aujourd’hui, il est à la base de nombreux montages dans les paradis fiscaux, et permet d’échapper à l’impôt. La personne qui s’est dessaisie au profit du trust n’étant pas obligée de donner son identité, il n’y a même plus de problème de secret bancaire car la levée de celui-ci ne pourrait déboucher que sur … la découverte de l’anonymat.
Les trusts sont particulièrement développés dans les îles anglo-normandes qui figurent … dans la liste blanche de l’OCDE.
Dans le Delaware, où 43 % des sociétés cotées à la Bourse de New York sont domiciliées, il n’y a pas d’impôts sur le bénéfice, ni d’obligation de tenir une comptabilité ( !).
Pour l’ouverture d’un compte, la banque centrale ne demande pas le nom des véritables propriétaires de la société, et le nom des associés d’une entreprise ne figure pas au registre du commerce.
Il n’est pas inutile de rappeler que les salariés de l’entreprise Thomé-Génot (Ardennes) ont en 2004 été victimes d’une escroquerie de la part d’un repreneur (Catalina) qui était une société off-shore installée au Delaware. Le tribunal de commerce de Charleville a cédé Thomé-Génot pour un euro à une société dont la seule activité a été de transférer les actifs de l’entreprise au Delaware.
Le Delaware figure sur la liste blanche en tant que membre des Etats-Unis.Les Suisses se considèrent comme la cible principale du G20 et interprètent l’accord de Londres comme une tentative des Etats-Unis et du Royaume-Uni de récupérer dans leurs propres paradis fiscaux des sommes dont ils estiment avoir besoin.
La Suisse détient 27 % des capitaux placés dans les PF, Londres et ses dépendances 24 % et les Etats-Unis et leurs annexes 17 %.

Tout dépendra donc de la volonté politique des Etats.
En choisissant la voie lente et tortueuse de la négociation de conventions fiscales, le G20 crée une situation où les intérêts puissants qui sont en jeu (multinationales, institutions financières, pays ou villes qui vivent de ces activités) peuvent vider l’objectif de son contenu.
Cela nous ramène au débat stratégique sur la façon de procéder.
Une remise en cause radicale des PF est beaucoup plus simple à mettre en œuvre, par la non-reconnaissance des transactions effectuées avec ces pays, ou par le retrait de la licence des banques qui sont en activité dans ces pays, ou par l’échange automatique d’informations.
Mais là encore ce qui manque, c’est la volonté politique.Ce débat autour des PF pose une seconde question de fond : dans quelle mesure la lutte contre les PF est-elle possible dans un système où la liberté de mouvement des capitaux est totale, où l’opacité des marchés et des produits financiers est organisée, où la criminalité financière est étroitement associée à la criminalité maffieuse, où les entreprises et les institutions financières y sont présentes de façon massive pour accroître leur rentabilité et se livrer à des opérations interdites sur leur territoire d’origine ?
Par exemple l’enquête réalisée par Alternatives Economiques montre que toutes les entreprises du CAC 40 sont présentes dans les PF, sans compter les banques françaises, y compris mutualistes, qui y sont particulièrement actives
Une régulation internationale ?

L’accord prévoit la mise en place d’un Comité de stabilité financière qui doit avoir un rôle de surveillance des risques financiers et macro-économiques, en association avec le FMI, mais dont on ignore les missions et les pouvoirs.
Les difficultés rencontrées au sein de l’Union Européenne pour mettre en place un observatoire des risques systémiques afin d’assurer une surveillance macro-prudentielle (globale) au niveau européen (surveillance qui n’existe pas aujourd’hui) illustrent les obstacles que rencontrera ce Comité de stabilité financière au niveau internationaL
Les Britanniques ne veulent pas d’un observatoire qui serait présidé par la BCE et abandonner leur souveraineté au profit d’une institution qui gère une monnaie qui n’est pas la leur.
Au niveau micro-prudentiel (surveillance de chaque banque), les Britanniques acceptent le principe d’un comité de supervision à l’échelle européenne, mais … refusent qu’il ait des pouvoirs contraignants au niveau national, selon le précepte : « les banques sont globales dans leur vie et nationales dans leur mort ».

Pour le financement international, l’accord recycle des organisations internationales (FMI, Banque mondiale) passablement discréditées.

Le FMI voit ses ressources tripler (un potentiel supplémentaire de crédits de 500 milliards de $ et 250 milliards de droits de tirage spéciaux), la Banque mondiale voit aussi ses capacités financières augmenter de 100 milliards.
On peut noter que ces institutions dominées par les Occidentaux et bien peu démocratiques sont privilégiées par le G20, alors que les institutions financières et régionales du Sud ne sont pas mentionnées.
Certes, des réformes de ces deux institutions sont promises par l’accord, mais il s’agit essentiellement de faire de la place aux grandes puissances émergentes, surtout la Chine qui le réclame avec vigueur.
D’ailleurs sur les 250 premiers milliards de $ de crédits que le FMI pourra offrir, la Chine n’apporte que 50 milliards de $, soit une misère par rapport à l’ampleur de ses réserves de change ce qui montre qu’elle attend de voir si les promesses de réforme du Fonds seront tenues. Elle a par ailleurs obtenu une émission de Droits de tirage spéciaux, sorte de monnaie émise par le FMI, et que les Américains avaient réussi à enterrer depuis les années 70 pour assurer la suprématie incontestée du dollar.
Par sa politique de libéralisation des économies du Sud, la Banque mondiale est largement responsable de la situation dégradée de ces pays.
Le FMI par ses plans d’ajustement strucurel qui en conditionnant ses crédits à des mesures contre-productives et injustes (baisse des dépenses publiques, notamment d’éducation, de santé, libéralisation du secteur financier, baisse des salaires, priorité à l’exportation) s’est discrédité auprès des pays du Sud, surtout après l’humiliation imposée aux pays de l’Est asiatique à la fin des années 90.
En réaction, les pays émergents ont préféré se tourner vers les banques pour obtenir des crédits et ont essayé, surtout en Asie et en Amérique Latine, de développer des systèmes financiers régionaux.
Un test sera de voir si le FMI continue de subordonner ses crédits à des conditions aussi négatives pour les pays demandeurs.
Dans une adresse au président Obama , un collectif d’associations et d’ONG américaines note qu’il y a une contradiction à confier le sauvetage du monde à des institutions comme l’OMC et le FMI qui portent une grande part de responsabilité de la crise actuelle. Elle montre comment la libéralisation des services financiers dans le cadre de l’OMC (cycle de Doha) s’oppose à la possibilité d’un retour à la re-régulation du système financier, surtout pour les pays en développement, et que la proposition américaine de confier le sauvetage des pays pauvres au FMI ne tient pas compte du bilan très négatif de la politique du FMI que ces pays et les experts dressent.
Pourquoi remettre en selle le FMI et la Banque mondiale ?Le G20 est incapable de décider et de coordonner une relance mondiale, les plans de relance restant nationaux. La question des dettes douteuses du système financier étant non résolue, les banques sont hors d’état de répondre aux besoins de financement, leur préoccupation essentielle étant de se sauver elles-mêmes.
Il y a pourtant des besoins de financement. D’abord pour assurer la continuité du commerce mondial qui s’effondre.
Ensuite, les pays de l’Europe de l’Est sont au bord de la banqueroute, et constituent une menace supplémentaire pour le système bancaire, notamment pour les banques européennes particulièrement exposées du fait de leur implantation dans ces pays. Au sein même de la zone euro, des pays comme l’Espagne et surtout l’Irlande dont le déficit public atteint 10 % du PIB, lequel devrait chuter de 7 % en 2009, sont en difficulté.
Pourtant l’Union européenne a refusé un plan global d’aide aux pays de l’Est membres de l’Union.
Le rôle de pompier est dévolu au FMI qui est déjà intervenu en Hongrie et en Lettonie, éventuellement assisté au cas par cas par des Etats de l’UE, surtout les Allemands qui risquent gros en cas de défaillance de ces pays.
Cela illustre une politique d’attente qui consiste à intervenir juste avant la catastrophe plutôt que de se mettre d’accord sur un plan d’ensemble préventif d’aide.
C’est le résultat du mode aujourd’hui dominant dans la construction européenne : chacun pour soi.Dans les pays du Sud, il y a également de gros besoins de financement du fait de l’effondrement des prix des matières premières, de la contraction des exportations lièe à la crise au Nord, et de la difficulté des pays émergents à obtenir des financements auprès des banques aujourd’hui en difficulté. Des défauts de remboursements sont attendus à la suite de celui que vient de manifester l’Equateur.
Conclusion

Le rapport de la commission Stiglitz (mise en place par l’ONU) préconise des réformes qui « ne peuvent pas être seulement cosmétiques, et qui doivent aller au-delà du secteur financier ».
En particulier la commission recommande la création d’un Conseil de Coordination de l’économie mondiale pour coordonner la politique économique, d’une Autorité de Réglementation financière mondiale (sans réglementation mondiale des activités financières, c’est la course au moins disant et aux pratiques spéculatives), et même d’une Autorité mondiale de la compétition, « car les marchés sont d’envergure mondiale »
L’autre recommandation importante de la commission concerne la création d’un nouveau système mondial de réserves, car le dollar est instable et très menacé par l’éventualité d’une vente massive des dollars détenus par les Chinois et par la politique inflationniste de la Fed (banque centrale américaine ).
La commission insiste sur l’aberration d’un système qui conduit des pays pauvres à prêter les milliards de $ aux Etats-Unis (et à un taux aujourd’hui proche de zéro !) alors qu’ils ont des besoins immenses chez eux.
Ces propositions, qui paraîtront peu réalistes au vu des rapports de force, ont le mérite de poser un problème de fond : peut-on avoir une économie mondialisée sans avoir un « gouvernement  mondial » et des objectifs politiques démocratiquement décidés ? La faillite d’un gouvernement mondial dominé par une superpuissance, ou quelques puissances, a le mérite de remettre ces questions dans l’agenda public.

Pour terminer, une citation de Walden Bello, de « Focus on the Global South » sur ce G20.
« L’état actuel de l’économie mondiale évoque la situation d’un sous-marin allemand poursuivi par les destroyers britanniques pendant la seconde guerre mondiale. Il descend rapidement vers les profondeurs et l’équipage ne sait pas quand il touchera le fond. Quand il est couché sur le plancher de l’océan, la grande question est : l’équipage sera-t-il capable de faire remonter le sous-marin en pompant l’air compressé dans les ballasts sévèrement endommagés . Ou est-ce que le U-Boat va rester sur le fond, son équipage condamné à contempler un sort pire que la mort subite? »

L’équipage du G20, effrayé par l’éventualité d’une mort lente, a décidé de remonter à la surface avec un sous-marin sérieusement endommagé et qu’il a essayé de réparer sommairement.

Daniel Rallet, 8 avril 2009

Nos propositions de lecture sur notre site

Téléchargement de cette lettre en pdf

Accès aux archives de la Lettre de l'institut (depuis 2007), au format htm via la page de: présentation de la lettre...

Retour à l'accueil du site institut.fsu.fr