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G20 : un sommet historique
?
Par Daniel Rallet et Gérard Grosse , de l'Institut
de recherches de la FSU
Le sommet du G20
Nicolas Sarkozy a salué un « sommet historique »,
Barack Obama a parlé dun « tournant »,
Gordon Brown dun « nouvel ordre mondial »,
Angela Merkel dun « compromis historique »,
Dominique Strauss Kahn du « plus grand plan jamais adopté »,
Barroso d'un G20 «plus ambitieux qu'attendu», Dimitri Medevedv
dun « pas en avant ».
1100 milliards de dollars vont être déversés sur
léconomie mondiale via notamment le FMI, une nouvelle régulation
financière est annoncée, et la lutte contre les paradis
fiscaux est déclarée comme une priorité.
De nombreux points de laccord (cf le texte en annexe) consistant
en déclarations dintentions, il est difficile juger sur pièces
puisquil faut attendre les actes. Une première évaluation
de la traduction en actes des décisions du sommet de Londres sera
faite lors dun nouveau sommet en septembre.
Néanmoins il est possible de sinterroger sur la portée
réelle de ce sommet et sur le sens quon peut lui donner.
Des interprétations non pas opposées, mais différentes,
en ont été faites.
Une chose est sûre : le pire nest pas arrivé.
Les puissances occidentales nont pu faire autrement que douvrir
leur club étroit aux nouvelles puissances émergentes. Toutes
ces puissances se sont mises daccord pour éviter le scénario
catastrophe de la guerre des uns contre les autres.
Mais ce cercle élargi reste fort peu démocratique puisquil
exclut la plupart des nations, lONU, le mouvement syndical international,
les ONG,
La question de la légitimité de ceux qui décident
des affaires du monde est la première des questions non posée
à Londres. Il y en a eu dautres, pourtant importantes, qui
ont été contournées.
Sur les sujets abordés, les points de vue peuvent diverger, mais
globalement une semaine après , il apparaît assez clairement
que ce sommet est loin davoir la portée quon lui a
prêté.
LInstitut de Recherche de la FSU vous propose ce petit dossier pour
une première approche.
Laissons de côté lemballement
médiatique, bien que celui-ci soit instructif, pas seulement
de lhabituelle entreprise de désinformation (par exemple
Obama est présenté comme le héros sauveur et « décontracté »,
alors que ce G20 traduit dabord la crise de lhégémonie
américaine), mais surtout de lespoir de la caste au pouvoir
que le monde tel quil est puisse être sauvé au prix
de quelques aménagements.
Je ne crois pas utile dadopter la position symétrique qui
serait davoir une lecture normative de lactualité en
voyant dans chaque fait le signe de la crise fatale du capitalisme, et
dans chaque décision politique le signe dune impuissance
ou dune intentionnalité sans faille des dirigeants.
Ceux-ci sont confrontés à des problèmes concrets,
à linfluence de puissants intérêts et de positions
sociales que les bulles financières ont établis, à
la pression du risque dexplosions sociales, aux contradictions internationales,
et ils procèdent à des arbitrages pris dans leurs schémas
idéologiques, politiques et économiques.
Ces derniers ont peu changé depuis le début de la crise,
ce qui nest pas étonnant vu que ce sont pour lessentiel
les mêmes équipes qui sont en place et que les systèmes
didées se transforment lentement, sauf lorsque la brutalité
des faits impose des renversements radicaux.
Ce qui permet de citer Keynes : La difficulté n'est pas tant
de développer de nouvelles idées que d'échapper aux
anciennes.
Aujourdhui, la principale menace pour les chefs du G20 nest
pas dans des oppositions constituées et dans des mouvements sociaux
organisés qui sont encore limités à quelques pays,
ni dans des contradictions internes aux classes dirigeantes doù
émergeraient des alternatives cherchant des appuis sociaux (comme
lors du New Deal), mais dans le caractère hautement explosif de
la révolte morale et sociale qui couve dans les peuples animés
dun sentiment exacerbé dinjustice.
Pour apprécier la « réussite »
du G20, il faut dabord déterminer de quel point de vue on
se place, et de quelle analyse on part.
Si on pense que la crise actuelle est structurelle et systémique
parce quelle traduit lessoufflement et limpasse dans
laquelle se trouve ce capitalisme qui a puisé son dynamisme du
creusement des inégalités, de sa prétention à
placer le monde entier sous la loi de la concurrence et de la marchandise,
de son indifférence à la mise en cause des équilibres
climatiques et environnementaux, et de sa fuite en avant dans lhyper-développement
de la finance, on peut dire que le G20 napporte presque rien.
Un seul exemple : sur les milliards de dollars qui sont déversés
dans les annonces, les pays les plus pauvres ne reçoivent que des
miettes. Le plan Marshall, cest pour les banques, pas pour les pays
pauvres. Lannulation de la dette, cest la question pour les
banques, pas pour les pays du Sud.
Sur un autre plan, toute idée de taxer les transactions financières
et de contrôler les mouvements de capitaux est complètement
absente. Toute interdiction (des paradis fiscaux, des hedge funds, des
produits dérivés,
) est bannie.
La poursuite de la politique de libéralisation des échanges
et douverture imposée aux pays en voie de développement
dans le cadre de lOMC est recommandée.
Quant à la notion dinégalité, elle est superbement
ignorée dans la déclaration.
Si on envisage maintenant lhypothèse que léconomie
mondiale peut repartir avec les deux remèdes de cheval que sont
le contrôle et la régulation de la finance (ou sa mise au
pas pour les plus radicaux) et des relances budgétaires massives,
on peut discuter de ce quapporte le G20 de ce point de vue.
Dans cette hypothèse, lune des conditions avancées
est quon soit en capacité de prévenir de nouvelles
bulles spéculatives. Lautre condition est que le système
économique est capable de redémarrer tel quil est
avec quelques aménagements.
Même si on ne partage pas la première hypothèse, celle
de la nécessité dune refonte en profondeur des ressorts
économiques, sociaux et politiques, force est dadmettre que
lidée dun nouveau cycle économique à
structures économiques, sociales, écologiques constantes
et avec des acteurs qui maintiennent leurs positions de pouvoir, leurs
façons de penser et dagir, apparaît peu crédible.
Cest pour cela que je ne partage pas lidée dun
sommet historique.
Ce sommet a laissé de côté
les questions les plus importantes
- comment traiter la question des dettes pourries qui empoisonnent les
bilans des banques ?
- quelle ampleur et quelle coordination pour les plans de relance ?
- comment rééquilibrer les flux déchanges mondiaux
et comment revoir la suprématie du dollar pour un autre système
monétaire international ?
Dans la remise en cause de la suprématie de la monnaie américaine,
de Gaulle a été remplacé par les Chinois, le gouverneur
de la Banque de Chine ayant réclamé avant le G20 une « monnaie
de réserve internationale, déconnectée des nations
individuelles »
Il nen a pas été question pendant ce G20, mais il
est vrai que celui-ci a pris une dimension historique en se substituant
au G8, et en accueillant les nouvelles puissances émergentes.
Mais la plupart des nations en sont exclues ce qui explique la
mise à lécart de lONU de ce processus (et de
la commission Stiglitz mandatée par lAG de lONU), du
BIT puisque les questions sociales sont ignorées, ainsi que des
représentants de la société dite civile (syndicats,
ONG).
Linnovation que représente ce sommet est donc toute relative
et inscrite dans le rapport de forces, sans référence aux
valeurs démocratiques.
Or le slogan « la crise cest eux, la solution cest
nous » nest pas un slogan en lair, il traduit une
profonde aspiration chez les peuples du monde entier.
Les chefs du G20 savent quils marchent sur des ufs.Si cette
crise est historique, même au sens réducteur que le capitalisme
se cherche un nouveau modèle, il faut prendre au sérieux
le fait que lhistoire prend son temps.
Nous ne sommes quau début de cette crise et il y aura un
processus complexe fait de contradictions économiques, et surtout
sociales, politiques et internationales, qui font que son issue est par
nature indéterminée.
Ou alors, cest quon se situe dans le temps court dune
récession, ce que fait explicitement la déclaration du G20,
situation qui ne suppose quune direction rationnelle et éclairée
pour en sortir.Ce G20 nest donc quun sommet du début
de lhistoire.
Vers une autre régulation financière ?
Ce sommet se caractérise par des déclarations dintentions
sur un retour à une régulation financière reconnue
comme une nécessité. Ladhésion du camp anglo-saxon
à cette nécessité est présentée comme
une avancée, dans la mesure où Londres et New York ont été
les principaux bénéficiaires de la dérégulation.
Le point 14 de laccord commence par une phrase humoristique « chacun
est daccord pour considérer que nos systèmes de régulation
domestiques sont solides », mais la suite annonce un objectif
ambitieux : « nous sommes aussi daccord pour établir
une plus grande cohérence et coopération systématique
entre pays, et le cadre de hauts standards internationaux agréés
quun système financier global demande ».
Certains des moyens avancés ces derniers mois pour réguler
la finance figurent dans laccord : contrôler les hedge
funds (seulement ceux qui présentent un risque systémique),
prévenir les effets de levier (seulement ceux qui sont « excessifs »),
superviser les agences de notation (qui devront respecter un code de bonne
conduite), travailler à de nouvelles normes comptables et obtenir
un système unique, amener les banques à se constituer des
matelas de sécurité en période de croissance,
Cependant ces engagements restent vagues et ils devront être
appréciés par rapport aux actes qui seront réellement
mis en uvre. Or, on sait que cette politique se heurtera à
de puissants intérêts que ces gouvernements ont dailleurs
contribué à consolider.
Tout dépendra de la volonté politique qui semble pour le
moment bien hésitante si on prend lexemple du cas le plus
favorable en termes de légitimité politique, celui du président
Obama, qui vient récemment de cautionner un plan de sauvetage des
banques américaines favorable à Wall Street et risqué
pour le contribuable américain.
Ladministration américaine sobstine à refuser
la nationalisation des banques et a mis en place un système qui
permet dacheter aux banques les actifs toxiques à un prix
surélevé en le finançant in fine par des subventions
publiques.
Il y a là un véritable débat
stratégique qui est peu évoqué :
pour atteindre cet objectif de « discipliner » la
finance, doit-on profiter du contexte politique actuel, caractérisé
par un rejet des institutions financières dans lopinion,
et procéder par des mesures simples, rapides et radicales (comme
Roosevelt entre 1933 et 1935) ou indiquer une direction, prendre son temps,
concilier les intérêts, peaufiner des accords ?
La seconde méthode présente le risque de permettre aux acteurs
aujourdhui affaiblis de reconstituer leurs forces, de louvoyer,
dobtenir des demi-mesures.
La première méthode suppose une volonté politique
forte et une base sociale favorable ce qui nest pas la caractéristique
de la plupart des gouvernements actuels !
Certains dirigeants peuvent être tentés de faire le saut
vers plus de régulation par crainte dune explosion sociale
et par lannonce dune déflation, mais ils vont tergiverser
pour ménager des intérêts, et aussi parce que dans
cette finance mondialisée, il est difficile pour des Etats de puissance
moyenne dagir seuls, ce qui pose pour nous la question dun
revirement conséquent de la politique de lUnion européenne.
Une autre difficulté est que les Etats se sont privés des
outils et des équipes qualifiées qui leur permettraient
dexercer cette activité de contrôle.
Lexemple des paradis fiscaux.
Les membres du G 20 sont « daccord pour prendre
des mesures contre les juridictions non coopératives, incluant
les paradis fiscaux.
Nous sommes prêts à déployer des sanctions pour protéger
nos finances publiques et nos systèmes financiers. Lépoque
du secret bancaire est terminée. Nous notons que lOCDE a
publié aujourdhui une liste
de pays déclarés par le global forum contre les standards
internationaux pour léchange dinformations fiscales. »Une
véritable révolution est annoncée : lépoque
du secret bancaire est révolue.
Le moment est favorable : les Etats ont besoin de recettes fiscales
(les pertes fiscales dues aux PF sont évaluées à
100 milliards de $ pour les Etats-Unis, et à 20 milliards d€
pour la France), il est impossible de réguler la finance sans sattaquer
aux PF et il y a une mobilisation citoyenne contre eux.Le G20 a choisi
une solution de demi-mesures.
La première est la moins convaincante, elle consiste à
établir une liste de PF qui sont menacés de sanctions. Sur
la demande du G20, lOCDE a établi trois listes, qui sont
vite apparues comme une farce. Sur la liste blanche, figurent les PF blanchis
parce quils sont à lintérieur des grands Etats
ou parrainés par eux : cela va de la City de Londres au Delaware
(Etats-Unis) en passant par les îles Anglo-normandes, les îles
Vierge, lIrlande, Hong Kong et Macao.
Sur la seconde liste dite grise figurent des pays qui sont des PF patentés,
mais qui ont pris des engagements de se conformer aux recommandations
de lOCDE, et sur la troisième liste, la liste noire, figuraient
quatre pays qui navaient pas vu le coup venir, et qui ont pris depuis
des engagements, de sorte quune semaine après le G20, la
liste noire est déjà vide !LOCDE a avancé
un modèle de convention fiscale entre les PF et les Etats victimes
de lévasion fiscale, qui daprès son article
26 oblige un PF à répondre à la demande dinformation
sur un compte bancaire faite par une administration fiscale ou judiciaire
si celle-ci dispose déléments « pertinents ».
En dautres termes, il faut que lEtat demandeur sache ce quil
cherche (qui savait quune filiale de lUIMM avait un compte
secret en Suisse ?) et quil dispose de preuves dont la « pertinence »
est appréciée par le PF. Pour ladministration fiscale
demandeuse, cest un parcours du combattant, avec des délais
très longs.On peut considérer cela comme une avancée
puisque des pays comme la Suisse ou le Luxembourg qui sy refusaient
jusquici viennent de sengager à échanger des
informations sur cette base.
Mais cest singulièrement limitatif : par exemple pour
répondre aux fortes pressions américaines, la Suisse na
consenti à fournir des informations que sur 350 comptes, alors
que plus de 50 000 Américains détiennent un compte dans
les banques suisses.
La vraie transparence consisterait en un échange automatique dinformations
qui nest pas prévu par laccord du G20.Dautres
moyens de contrôle sont envisageables : obliger les multinationales
à fournir des comptes par pays et non plus globaux, sattaquer
aux prix de transferts entre filiales de ces multinationales, obliger
les banques à indiquer clairement dans leurs comptes la nature
et les volumes des transactions avec des PF, imposer à ces banques
des contraintes en capital plus élevées pour compenser le
risque dinstabilité financière quelles génèrent
pour lensemble du système financier,..La lutte contre les
PF ne peut pourtant pas être réduite à la levée
du secret bancaire.
Dautres formes dopacité existent.
Par exemple, les trusts qui dans le droit anglo-saxon permettent
à une personne fortunée de se dessaisir de ses biens au
profit dun trust géré par un trustee. A l'origine,
le trust avait pour but de permettre à ceux qui partaient pour
la Croisade et qui risquaient de ne pas revenir avant leur mort d'éviter
que leurs biens échappent à leurs héritiers, la transmission
successorale exigeant la présence physique.
Aujourdhui, il est à la base de nombreux montages dans les
paradis fiscaux, et permet déchapper à limpôt.
La personne qui sest dessaisie au profit du trust nétant
pas obligée de donner son identité, il ny a même
plus de problème de secret bancaire car la levée de celui-ci
ne pourrait déboucher que sur
la découverte de lanonymat.
Les trusts sont particulièrement développés dans
les îles anglo-normandes qui figurent
dans la liste blanche
de lOCDE.
Dans le Delaware, où 43 % des sociétés cotées
à la Bourse de New York sont domiciliées, il ny a
pas dimpôts sur le bénéfice, ni dobligation
de tenir une comptabilité ( !).
Pour louverture dun compte, la banque centrale ne demande
pas le nom des véritables propriétaires de la société,
et le nom des associés dune entreprise ne figure pas au registre
du commerce.
Il nest pas inutile de rappeler que les salariés de lentreprise
Thomé-Génot (Ardennes) ont en 2004 été victimes
dune escroquerie de la part dun repreneur (Catalina) qui était
une société off-shore installée au Delaware. Le tribunal
de commerce de Charleville a cédé Thomé-Génot
pour un euro à une société dont la seule activité
a été de transférer les actifs de lentreprise
au Delaware.
Le Delaware figure sur la liste blanche en tant que membre des Etats-Unis.Les
Suisses se considèrent comme la cible principale du G20 et interprètent
laccord de Londres comme une tentative des Etats-Unis et du Royaume-Uni
de récupérer dans leurs propres paradis fiscaux des sommes
dont ils estiment avoir besoin.
La Suisse détient 27 % des capitaux placés dans les PF,
Londres et ses dépendances 24 % et les Etats-Unis et leurs annexes
17 %.
Tout dépendra donc de la volonté
politique des Etats.
En choisissant la voie lente et tortueuse de la négociation de
conventions fiscales, le G20 crée une situation où les intérêts
puissants qui sont en jeu (multinationales, institutions financières,
pays ou villes qui vivent de ces activités) peuvent vider lobjectif
de son contenu.
Cela nous ramène au débat stratégique sur la façon
de procéder.
Une remise en cause radicale des PF est beaucoup plus simple à
mettre en uvre, par la non-reconnaissance des transactions effectuées
avec ces pays, ou par le retrait de la licence des banques qui sont en
activité dans ces pays, ou par léchange automatique
dinformations.
Mais là encore ce qui manque, cest la volonté politique.Ce
débat autour des PF pose une seconde question de fond : dans
quelle mesure la lutte contre les PF est-elle possible dans un système
où la liberté de mouvement des capitaux est totale, où
lopacité des marchés et des produits financiers est
organisée, où la criminalité financière est
étroitement associée à la criminalité maffieuse,
où les entreprises et les institutions financières y sont
présentes de façon massive pour accroître leur rentabilité
et se livrer à des opérations interdites sur leur territoire
dorigine ?
Par exemple lenquête réalisée par Alternatives
Economiques montre que toutes les entreprises du CAC 40 sont présentes
dans les PF, sans compter les banques françaises, y compris mutualistes,
qui y sont particulièrement actives
Une régulation internationale ?
Laccord prévoit la mise en place dun Comité
de stabilité financière qui doit avoir un rôle de
surveillance des risques financiers et macro-économiques, en association
avec le FMI, mais dont on ignore les missions et les pouvoirs.
Les difficultés rencontrées au sein de lUnion Européenne
pour mettre en place un observatoire des risques systémiques afin
dassurer une surveillance macro-prudentielle (globale) au niveau
européen (surveillance qui nexiste pas aujourdhui)
illustrent les obstacles que rencontrera ce Comité de stabilité
financière au niveau internationaL
Les Britanniques ne veulent pas dun observatoire qui serait présidé
par la BCE et abandonner leur souveraineté au profit dune
institution qui gère une monnaie qui nest pas la leur.
Au niveau micro-prudentiel (surveillance de chaque banque), les Britanniques
acceptent le principe dun comité de supervision à
léchelle européenne, mais
refusent quil
ait des pouvoirs contraignants au niveau national, selon le précepte :
« les banques sont globales dans leur vie et nationales
dans leur mort ».
Pour le financement international, laccord
recycle des organisations internationales (FMI, Banque mondiale) passablement
discréditées.
Le FMI voit ses ressources tripler (un potentiel supplémentaire
de crédits de 500 milliards de $ et 250 milliards de droits de
tirage spéciaux), la Banque mondiale voit aussi ses capacités
financières augmenter de 100 milliards.
On peut noter que ces institutions dominées par les Occidentaux
et bien peu démocratiques sont privilégiées par le
G20, alors que les institutions financières et régionales
du Sud ne sont pas mentionnées.
Certes, des réformes de ces deux institutions sont promises par
laccord, mais il sagit essentiellement de faire de la place
aux grandes puissances émergentes, surtout la Chine qui le réclame
avec vigueur.
Dailleurs sur les 250 premiers milliards de $ de crédits
que le FMI pourra offrir, la Chine napporte que 50 milliards de
$, soit une misère par rapport à lampleur de ses réserves
de change ce qui montre quelle attend de voir si les promesses de
réforme du Fonds seront tenues. Elle a par ailleurs obtenu une
émission de Droits de tirage spéciaux, sorte de monnaie
émise par le FMI, et que les Américains avaient réussi
à enterrer depuis les années 70 pour assurer la suprématie
incontestée du dollar.
Par sa politique de libéralisation des économies du Sud,
la Banque mondiale est largement responsable de la situation dégradée
de ces pays.
Le FMI par ses plans dajustement strucurel qui en conditionnant
ses crédits à des mesures contre-productives et injustes
(baisse des dépenses publiques, notamment déducation,
de santé, libéralisation du secteur financier, baisse des
salaires, priorité à lexportation) sest discrédité
auprès des pays du Sud, surtout après lhumiliation
imposée aux pays de lEst asiatique à la fin des années
90.
En réaction, les pays émergents ont préféré
se tourner vers les banques pour obtenir des crédits et ont essayé,
surtout en Asie et en Amérique Latine, de développer des
systèmes financiers régionaux.
Un test sera de voir si le FMI continue de subordonner ses crédits
à des conditions aussi négatives pour les pays demandeurs.
Dans une adresse au président Obama , un
collectif dassociations et dONG américaines note
quil y a une contradiction à confier le sauvetage du monde
à des institutions comme lOMC et le FMI qui portent une grande
part de responsabilité de la crise actuelle. Elle montre comment
la libéralisation des services financiers dans le cadre de lOMC
(cycle de Doha) soppose à la possibilité dun
retour à la re-régulation du système financier, surtout
pour les pays en développement, et que la proposition américaine
de confier le sauvetage des pays pauvres au FMI ne tient pas compte du
bilan très négatif de la politique du FMI que ces pays et
les experts dressent.
Pourquoi remettre en selle le FMI et la Banque mondiale ?Le G20 est
incapable de décider et de coordonner une relance mondiale, les
plans de relance restant nationaux. La question des dettes douteuses du
système financier étant non résolue, les banques
sont hors détat de répondre aux besoins de financement,
leur préoccupation essentielle étant de se sauver elles-mêmes.
Il y a pourtant des besoins de financement. Dabord pour assurer
la continuité du commerce mondial qui seffondre.
Ensuite, les pays de lEurope de lEst sont au bord de la banqueroute,
et constituent une menace supplémentaire pour le système
bancaire, notamment pour les banques européennes particulièrement
exposées du fait de leur implantation dans ces pays. Au sein même
de la zone euro, des pays comme lEspagne et surtout lIrlande
dont le déficit public atteint 10 % du PIB, lequel devrait chuter
de 7 % en 2009, sont en difficulté.
Pourtant lUnion européenne a refusé un plan global
daide aux pays de lEst membres de lUnion.
Le rôle de pompier est dévolu au FMI qui est déjà
intervenu en Hongrie et en Lettonie, éventuellement assisté
au cas par cas par des Etats de lUE, surtout les Allemands qui risquent
gros en cas de défaillance de ces pays.
Cela illustre une politique dattente qui consiste à intervenir
juste avant la catastrophe plutôt que de se mettre daccord
sur un plan densemble préventif daide.
Cest le résultat du mode aujourdhui dominant dans la
construction européenne : chacun pour soi.Dans les pays du
Sud, il y a également de gros besoins de financement du fait de
leffondrement des prix des matières premières, de
la contraction des exportations lièe à la crise au Nord,
et de la difficulté des pays émergents à obtenir
des financements auprès des banques aujourdhui en difficulté.
Des défauts de remboursements sont attendus à la suite de
celui que vient de manifester lEquateur.
Conclusion
Le rapport de la commission Stiglitz (mise en place par lONU) préconise
des réformes qui « ne peuvent pas être seulement
cosmétiques, et qui doivent aller au-delà du secteur financier ».
En particulier la commission recommande la création dun Conseil
de Coordination de léconomie mondiale pour coordonner la
politique économique, dune Autorité de Réglementation
financière mondiale (sans réglementation mondiale des activités
financières, cest la course au moins disant et aux pratiques
spéculatives), et même dune Autorité mondiale
de la compétition, « car les marchés sont denvergure
mondiale »
Lautre recommandation importante de la commission concerne la création
dun nouveau système mondial de réserves, car le dollar
est instable et très menacé par léventualité
dune vente massive des dollars détenus par les Chinois et
par la politique inflationniste de la Fed (banque centrale américaine ).
La commission insiste sur laberration dun système qui
conduit des pays pauvres à prêter les milliards de $ aux
Etats-Unis (et à un taux aujourdhui proche de zéro !)
alors quils ont des besoins immenses chez eux.
Ces propositions, qui paraîtront peu réalistes au vu des
rapports de force, ont le mérite de poser un problème de
fond : peut-on avoir une économie mondialisée sans
avoir un « gouvernement mondial » et
des objectifs politiques démocratiquement décidés
? La faillite dun gouvernement mondial dominé par une superpuissance,
ou quelques puissances, a le mérite de remettre ces questions dans
lagenda public.
Pour terminer, une citation de Walden Bello, de « Focus on
the Global South » sur ce G20.
« Létat actuel de léconomie mondiale
évoque la situation dun sous-marin allemand poursuivi par
les destroyers britanniques pendant la seconde guerre mondiale. Il descend
rapidement vers les profondeurs et léquipage ne sait pas
quand il touchera le fond. Quand il est couché sur le plancher
de locéan, la grande question est : léquipage
sera-t-il capable de faire remonter le sous-marin en pompant lair
compressé dans les ballasts sévèrement endommagés .
Ou est-ce que le U-Boat va rester sur le fond, son équipage condamné
à contempler un sort pire que la mort subite? »
Léquipage du G20, effrayé par léventualité
dune mort lente, a décidé de remonter à la
surface avec un sous-marin sérieusement endommagé et quil
a essayé de réparer sommairement.
Daniel Rallet, 8 avril 2009
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