Hommage à Pierre Broué

Pierre Broué, historien à l'université de Grenoble, militant trotskiste, syndicaliste FEN et FSU,  décédé à l'âge de 80 ans, a été incinéré à La Tronche (Grenoble) le 30 juillet 2005, en présence  d'une cinquantaine de personnes : ses cinq enfants dont le mathématicien Michel Broué, des militants trotskistes de Paris et de la région grenobloise, et des enseignants syndicalistes.

On trouvera ici les quatre allocutions successivement prononcées à cette occasion :

par Louis Astre, président d'honneur de l'Institut de recherches de la FSU ;

- par deux de ses camarades trotskistes : Jacques Faucher, retraité, ancien secrétaire général de la Fen de l'Hérault en 1958, syndiqué FSU, et René Revol, professeur de chaire supérieure au lycée Daudet de Nîmes, syndiqué Snes, membre du Conseil national du PS, animateur de l'association Pour la République Sociale ;

- par le dernier de ses cinq enfants, professeur, syndiqué au Snes,  Piou.

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Je suis Louis Astre,  fils d’instituteur et d’institutrice de l’Ariège, militant socialiste et  syndicaliste de la fédération de l’éducation nationale, la FEN.

Après la Libération et les FTP de l’Ariège, je suis monté à Toulouse, la capitale du Midi rouge , comme porte serviette d’un responsable socialiste du Comité régional de Libération.

J’ai milité au parti et aux jeunesses SFIO, fait mes études de droit et d’économie. Et découvert Jaurès, Marx et aussi Trotsky.

Ma  sœur était trotskiste. Je suis  resté socialiste, côté gauche.

En 1949, je suis monté à Paris au bureau national du SNES et à la commission administrative nationale de la FEN, en charge de la mobilisation des jeunes. C’est alors, au début des années cinquante, que j’ai connu Pierre quand il milita avec sérieux et ténacité au SNES.  Puis il est parti enseigner à Grenoble.

Je n’étais pas trotskiste mais nos parcours se sont croisés en de nombreuses occasions et  nous avons noué une relation personnelle.

Par la suite, au début des années 197O,  j’ai rencontré l’aîné de ses fils, Michel,  sur le terrain de notre grand  combat commun pour la défense les libertés. Michel est mon ami.

De Pierre j’aimerais faire resurgir deux moments partagés, deux traits caractéristiques, parmi d’autres, de sa personnalité, de sa vie.

L’époque de notre rencontre syndicale comme jeunes militants de la FEN, résolument engagés dans un combat syndical unitaire pour ce que nous qualifions alors d’une formule superbe : l’émancipation des travailleurs.

L’autre moment, bien plus tard dans son parcours, ce fut le premier jour où il put enfin poser le pied sur la terre de l’Union soviétique, un soir d’octobre 1988 à Moscou, quand, plusieurs heures durant, il vécut je crois l’émotion la plus intense de sa vie de militant historien de Trotsky.

Je vais m’en tenir à ce moment d’octobre 1988, si bref et tellement intense.

L’année précédente, en 1987, année du grand lancement de la perestroïka, j’avais participé à la  forte délégation  française de quelques 200 responsables représentatifs de tous les milieux politiques, syndicaux, associatifs et religieux, invités par Gorbatchev à venir le rencontrer à Moscou, à venir découvrir les avancées  potentiellement révolutionnaires de la perestroïka, et en discuter librement et publiquement devant les média avec ses promoteurs, ce qui fut une grande première dans l’URSS de ce temps-là.

L’année suivante je m’apprête à repartir avec une forte délégation de la région parisienne quand je retrouve Pierre au Centre Pompidou, venu présenter sa monumentale biographie de Trotsky.

L’occasion me paraît trop belle pour Pierre. Il doit la saisir, faire le saut et venir avec nous en Union soviétique. Il hésite d’abord, perturbé, mais pas longtemps.

L’époque étant en train de changer, l’ambassade soviétique ne peut me refuser un visa en urgence pour lui.

Quelques jours plus tard, voici Pierre qui vient s’asseoir près de moi dans l’avion, portant sous le bras, bien en vue, son volumineux bouquin rouge au titre géant Trotsky.

Comme les deux tiers des soixante membres de la délégation sont de vieux militants communistes de l’association France-Urss, l’un des appendices du parti communiste français, fusent aussitôt nombre de regards stupéfaits et de maugréements assassins.

Cela c’est tout Pierre. Il est ravi du succès de sa petite provocation antistalinienne.  Et moi de même.

L’après-midi nous atterrissons à Moscou. Pierre, trois camarades et moi. On imagine son émotion. Mais le pire, si je puis dire, est à venir pour lui car c’est le Moscou de la perestroïka.

Nous dînons tous les cinq chez Bernard Guetta le correspondant du Monde. Or Guetta nous presse car il nous annonce pour le soir même, la tenue du second meeting public de l’association « Mémorial » qui veut faire la lumière, la vérité sur l’histoire de la Révolution d’Octobre et de ses promoteurs.

Le premier meeting, un mois plus tôt, c’était pour découvrir Lénine. Et ce soir , c’est pour Trotsky. !

Incroyable coïncidence ! Guetta annonce Pierre aux organisateurs ; on nous réserve des places au coin du premier rang. La salle est bondée. Ils sont un millier, jeunes et vieux, certains avec leurs enfants. L’atmosphère dense, fervente, me rappelle un peu Mai 68.

Il y a même un groupe d’opposants qui fait de l’obstruction systématique. Mais le souffle de la démocratie s’impose. Avec une impressionnante dignité, la salle, appelée à rester calme, ne réagit pas à cette violence provocatrice qui finit par s’exténuer d’elle-même.

Et c‘est alors un incroyable échange, à la fois pathétique et euphorisant, entre les gens de la tribune, entre la tribune et la salle, pour tenter de tirer au clair la vérité sur Trotsky, sur sa pensée politique, sur son combat révolutionnaire, son exil, son assassinat.

Tous les cinq, nous assistons le cœur serré, à la fois ébahis, ravis et combien solidaires, à cet évènement unique en ce pays-là, à cet éclat inattendu de liberté, dans une grande et pauvre salle d’un quartier de Moscou.

Ce millier d’hommes et de femmes partant librement en quête de vérité sur le passé de leur peuple, sur sa grande espérance révolutionnaire engloutie dans la monstrueuse tragédie stalinienne. Tous ces gens, après les décennies de censure et d’obscurantisme stalinien, sont affamés d’information sur les évènements politiques comme sur le sort personnel de leurs acteurs, de Trotsky,  ses compagnons, sa famille.

La tribune est présidée par la fille de Jaffé, ce très proche compagnon et ami de Trotsky qui, déporté, se suicidera en 1927.

La présidente, une personne déjà âgée, très respectée par tous, s’emploie activement à faire surgir les questions sur l’histoire et à susciter des réponses de la part de ses voisins de tribune ou de la salle.

Pierre  et nous quatre assistons médusés, et de plus en plus étreints par l’émotion, à cette renaissance collective de tous ces citoyens sortant de l’ombre , tête haute. Mais  des questions restent sans réponse. Ensevelie sous l’obscurantisme stalinien, l’histoire sur ces points, cesse d’émerger.

 Alors, Pierre se lève, son volumineux Trotsky rouge à la main. Il se présente à haute voix comme historien du trotskisme,  va offrir son ouvrage à la présidente, puis entreprend  d’apporter à l’assemblée soudain  silencieuse, les réponses attendues sur la pensée et sur les luttes politiques de Lev Davidovitch, y compris même sur les questions de détail de sa vie personnelle et familiale.

Il précise avec assurance des références, des dates, des lieux, des rapports entre les personnes de l’époque. C’est le silence, puis les applaudissements. Et toujours cette ferveur.

Pierre se retourne vers nous et rejoint son siège, droit, le visage ruisselant de larmes. Aucun de nous ne peut retenir les siennes. Ce fut la première rencontre de Pierre Broué avec le peuple soviétique.

Adieu  Pierre. !

Louis Astre

La Tronche - 30 Juillet 2005

 

Jacques Faucher

30 Juillet 2005

65 ans que nous nous connaissons. Nos mères avaient même fréquenté ensemble cette école supérieure de filles de Privas. 65 ans où nous sommes toujours restés l’un en vue de l’autre. Et tu meurs !

Ta mort ferme l’avenir de tous ceux, ici, auxquels tu servais de repères. Il y a des questions qui resteront pour nous sans réponses parce que tu ne seras plus là. Pour moi en tout cas. L’historien Pierre BROUE, pour nous avant tout le militant, n’avait pas réponse à tout malgré ses certitudes. Il avait toujours raison, évidemment, mais il n’ignorait pas ce qu’il ignorait. Il ne savait pas toujours « ce qu’il fallait faire » même s’il savait ce qui avait été fait. Plus que tout autre il connaissait les malices de l’histoire. D’autres le diront sans doute.

De par mon âge et mes années de collégiens à Privas, je suis un de ceux qui peuvent évoquer nos années de scoutisme laïque. Tu avais quel âge ? 15 , 16 ans et avec toi ton aîné Jean Aymé, le chef Orix, en pleine occupation, vous preniez la responsabilité d’organiser des camps d’une trentaine d’éclaireurs dans les campagnes ardéchoises  - qui n’allaient pas tarder à devenir les maquis ardéchois. Tout cela sans argent, ni de ravitaillement, sans matelas pneumatique ni duvet (des couvertures militaires), sans camping gaz, sans ordinateur ni portable…Tu nous apprenais à nous débrouiller tout seul avec rien, surtout avec ce que tu savais nous faire découvrir en nous mêmes. Tu ne nous organisais pas des activités pré-fabriquées, pré-mâchées, nécessitant des montagnes de matériel. Tu nous faisais vivre, dans l’enthousiasme de nos 12 ans des aventures, proches après tout de celles que tu allais vivre quand militant politique tu affronterai nazis et staliniens.

Je passais l’oral du bac de 1ère en 1946et le hasard a fait nous retrouver :

-         Qu’est ce que tu fais , me demandes-tu.

-         Rien (que répondre d’autre ?) Et toi ?

-         De la politique

Ainsi se révélait l’origine de cette feuille que j’avais reçu par courrier deux ou trois fois  et qui s’appelait La Vérité. Son internationalisme avait emballé mes 17 ans. Imaginez en 1946 une feuille qui ne dégoulinait pas de tricolore et de haine nationaliste, pour laquelle les boches étaient des allemands et les ouvrières qui manifestaient à Nantes pour un ravitaillement meilleur étaient des ménagères affamées et pas instruments hitléro-trotskistes résidus de la collaboration !

Tu m’as convaincu à adhérer au PCI sans grande difficulté. Tu m’avais montré que le communisme n’avait rien de commun avec sa hideuse caricature. Les fils se renouaient avec les idées de l’École émancipée dont les lectures de jeunesse et les conversations familiales m’avaient instruit. Le « père Reynier », professeur à l’École normale de Privas et symbole révolutionnaire de générations d’instituteurs prenait place dans un ensemble où le monde retrouvait ses bases et son sens. Bachelier et trotskiste, à nous deux l’avenir !

J’avais 17 ans, j’en ai 76. Je ne t’ai jamais perdu de vue. Dans les moments de choix, d’hésitations, l’affaire des « droitiers », l’entrisme pabliste, c’est toujours toi qui m’a guidé malgré mon obstination à souvent ergoter.

Tu as été longtemps Scali et encore maintenant c’est souvent ton pseudo que nous utilisons entre anciens. Pour ceux de ma génération qui nous appelions par le nom et pas par le prénom, tu es et reste Broué.

C’est Broué qui est mort après une vie exemplaire de professeur remarquable, capable d’entonner (parfois faux !) un chant révolutionnaire devant ses étudiants médusés et conquis. Un professeur méticuleux, scrupuleux, sévère avec ses étudiants, inflexible avec les étudiants trotskistes. Un historien que chaque ouverture d’archives décuplait les espoirs dans la recherche de la vérité.

Enfin un militant acharné – jusqu’à ses dernières années où tu parvins depuis 1990 à publier 57 numéros trimestriels   de la revue Le Marxisme aujourd’hui, revue pour laquelle beaucoup de ceux qui sont ici peuvent regretter de ne pas avoir fait assez.

Tu avais des défauts. A ceux qui t’en trouvent mille, j’ajouterai mille un, à ceux qui ne trouvent guère de qualités, je dirai « peut-être » mais il y a une qualité qui doit inspirer le respect à tous, notamment à ceux, intellectuels, tes pairs, qui sont allés à la mangeoire lovés dans le papier glacé des hebdos. Tu ne t’es jamais couché. Tu n’as jamais signé d’articles dans ces revues et magazines qui auraient été si heureux d’accueillir un Broué « repenti », acceptant de trahir ses convictions, ses combats, son passé, les Nin, les Rakhovsky et des milliers d’autres, le sens de sa vie. Cà tu ne l’as jamais fait : tu es un exemple.

Je suis heureux que comme tu me l’as écrit dans la dédicace de ton Trotsky « de l’enfance au soir qui tombe nous avons bien navigué ensemble ».

En hommage à Pierre Broué

« Notre héritage n’est précédé d’aucun testament »

René CHAR

Pierre Broué était mon maître. Son départ ce 26 juillet m’a plongé dans une profonde tristesse, comme si une partie de moi même m’était à jamais arrachée. Nous sommes toute une génération à ressentir aujourd’hui la même douleur. Je l’ai rencontré pour la première fois, comme étudiant de 1ère année à sciences po Grenoble en octobre 1965, il m’a beaucoup appris puis nous avons partagé de nombreux combats communs, sans jamais nous quitter malgré les parcours différents. Chez Pierre, on ne peut pas séparer l’enseignant captivant pendant des heures un amphi bondé, l’historien scrupuleux du mouvement ouvrier et communiste attaché par-dessus tout à la vérité, l’écrivain capable de nous faire comprendre et partager l’expérience historique de combattants ouvriers et socialistes et notamment dans sa biographie de Trotsky, le militant politique et syndical à la fois intransigeant sur les principes et pédagogue considérant que tout être humain est perfectible et peut donc être convaincu, l’internationaliste résolu passionné par les combats du monde entier et toujours prêt à répondre aux sollicitations des quatre coins de la planète.  

Il ne s’agit pas ici de faire sa biographie ou une note nécrologique. Nous ferons bientôt à plusieurs voix ce travail nécessaire. Juste un témoignage en cet instant de deuil.

Engagé dans la résistance à 17 ans ou refusant à la Libération l’hégémonie dictatoriale du stalinisme sur le mouvement ouvrier,  Pierre Broué nous a appris à ne pas céder aux puissants du moment et à résister quoiqu’il en coûte. Et cela allait de pair avec une exigence de vérité : dire la vérité est la première exigence de celui qui veut transformer le monde. Or le stalinisme et tous ceux qui voulaient par réalisme politique s’en accommoder nous demandaient d’accepter le mensonge et la tromperie, les anathèmes et les exclusions contre ceux qui ne pensent pas comme vous. L’une des questions clefs que se posait ma génération était de comprendre comment un des plus formidables élans émancipateurs – celui qui s’est manifesté de Marx à la Révolution russe – avait pu se transformer en URSS en une barbarie ; naturellement, nous refusions de suivre les défenseurs du capitalisme – y compris dans la social-démocratie- pour qui il était fatal que la révolution engendre son contraire et nous n’avions qu’à accepter le capitalisme. Reprendre le flambeau de l’émancipation humaine nécessitait de régler la question de la perversion stalinienne et cela supposait de lier indissolublement la connaissance rigoureuse et la compréhension de l’histoire à l’action militante. Ce flambeau de la vérité historique, Pierre l’a tenu y compris dans les années du libéralisme triomphant : c’est  un capital précieux aujourd’hui où l’action en France comme dans le monde contre la mondialisation capitaliste redonne vigueur et actualité au combat socialiste.

Le premier grand combat que nous ayons partagé avec Pierre est la grève générale de mai 1968 à Grenoble ; au cours de cette expérience exceptionnelle il nous a appris que l’action socialiste ne pouvait être qu’une action de masse et que la transformation sociale ne serait pas l’œuvre d’une minorité agissante mais l’action consciente de millions d’hommes et de femmes mobilisés.  Cette attention au plus grand nombre, cette volonté de préserver l’unité politique et syndicale ont constitué des constantes de son action militante, à des années lumière des réactions sectaires. Je me souviens d’une conversation fin mai où devant notre enthousiasme juvénile croyant que le mouvement social règlerait tout par lui-même, Pierre nous a patiemment expliqué à la lumière de son expérience passée que tout mouvement social ne peut pas réussir sans une perspective de transformation politique – qui pour l’heure faisait défaut. Pour notre génération, cette leçon fut essentielle.

Pendant de longues années nous sommes nombreux à avoir formé à l’action politique et sociale des générations de militants et si dans ce travail d’éducation et d’organisation il reste une leçon que nous n’oublierons jamais c’est bien qu’une organisation politique ne peut pratiquer en son sein des méthodes contraires aux valeurs et aux objectifs qu’elle prône pour la société. Cela l’a amené à s’élever contre tous les comportements bureaucratiques et antidémocratiques, y compris dans les organisations trotskystes. Nous sommes nombreux à nous souvenir de ses colères mémorables contre les « béni oui oui ». Son souci permanent d’éduquer l’amenait à exiger de chacun travail, lecture, réflexion critique, expression libre….Nous ne pouvons que recommander aux lecteurs de ce message qui ne le connaissait pas de se procurer sans tarder ses ouvrages majeurs  sur le Parti Bolchevique, sur la révolution allemande, sur la révolution espagnole, sur les procès de Moscou, sur l’histoire de l’internationale communiste et sa biographie de Trotsky.

Enfin, militant il le fut jusqu’à son dernier souffle – y compris dans des périodes de grand isolement – il ne renonçait jamais et espérait toujours dans la capacité des exploités et des opprimés de s’émanciper, ce qui tranchait avec la fatigue et le scepticisme qui gagnait des plus jeunes. L’attention qu’il portait aux mouvements dans le monde entier en témoigne. Ces derniers mois,  il avait manifesté dés janvier 2005 son appui à notre initiative de mener la campagne du Non avec J.L. Mélenchon et PRS. Et après le tremblement de terre du 29 mai il croyait dans une modification profonde de la situation et nous appelait à ne pas nous laisser impressionner par le bruit des médias dominants mais à nous préparer aux ruptures profondes inévitables qu’allait engendrer ce tournant politique. Dans son dernier appel, début juillet, d’une part il nous invitait  à faire un gros effort de formation théorique, historique, pratique…d’une nouvelle génération pour qu’elle soit capable d’élaborer le programme émancipateur de cette nouvelle période ; d’autre part, il insistait pour que la dimension internationale de notre action soit plus centrale et plus présente, tant Pierre était avant tout un internationaliste.

Mais Pierre ne sera plus là pour nous accompagner. La citation de René Char en exergue, écrite en 1943 dans le maquis du Lubéron, c’est lui qui avait attiré mon attention sur cet aphorisme. Nous avons un héritage à transmettre mais il n’y a pas de mode d’emploi, pas de modèle à copier ; cet héritage c’est à nous de l’investir dans les temps qui viennent. Ce sera notre fidélité.

 

Grabels, le 27 Juillet  2005

René Revol

Le Père

 

Il avait deux familles, en ce jour réunies :

La mienne, et puis celle, des « enfants » de Trotsky.

Et si vous êtes ici aujourd’hui si nombreux,

C’est que c’est comme un père qui fait couler vos yeux.

 

Il était comme un père dont vous portez le deuil

Et vos larmes seront la croix de son cercueil.

Vous n’oublierez jamais sa foi en ses idées

Ni ses rêves en couleur pour tous les opprimés.

 

Son combat politique fut votre éducation

Une voie douloureuse, pavée de trahisons

Mais bordée d’arbres fiers pour mieux défier le ciel

Et colorer de rouge des drapeaux fraternels

 

Il était votre père protégeant son foyer

Ecoutant ses enfants pour mieux les élever

Et s’exposant aux coups pour que vous puissiez croire

A l’Avenir meilleur dans le cours de l’Histoire

 

Il était votre père, parlant de longues heures

Pour convaincre chacun du chemin du bonheur

Il était votre père, vous donnait sans compter

Ses convictions, son temps, des leçons, des idées.

 

Mais à tant vous donner, il en manquait pour d’autres

Et mon père était loin de ressembler au votre

Car au milieu des cris et à grands coups de griffe

Mon père était du votre le parfait négatif.

 

Je vous envie le père que vous avez aimé

J’aurais pu comme vous, alors le respecter

J’aurais aimé le père que vous avez connu

J’aurais aimé ce père que je n’ai jamais eu.

( Piou,  son plus jeune fils, le 30 juillet 2005)